Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

La diversité théologique dans le protestantisme d'hier et d'aujourd'hui

Table Ronde organisée par l'Oratoire du Louvre

Cette table ronde est animée par Jean Luc Mouton et le théme de la diversité est rendu présent par la diversité même des intervenants.

Hubert Bost, historien et directeur d'étude à l'École Pratique des Hautes Études porte un regard d'historien sur cette grande diversité du protestantisme, sans se prononcer sur l'aspect positif ou non de cette pluralité des formes d'expression théologiques et ecclésiales. Il rappelle que depuis longtemps les historiens ne parlent plus de "la" Réforme, mais "des" réformes car ce temps a commencé bien avant le 16e siècle et bien avant Luther. La chrétienté désirait se réformer, de nombreux courants précoces témoignent de cela. Ce changement de perspective est important car il nous amène à penser autrement qu'en classifiant les mouvements en " bons " ou " mauvais " selon leur identité confessionnelle.
On a tendance à considérer tous les "isme" (pentecôtisme, catholicisme...) comme des objets finis, or l'histoire montre de nombreux tâtonnements, réajustements, interpénétrations. Si bien que les frontières n'ont pas toujours été si clairement définies que cela, et que les lignes de fracture ont mis en fait très longtemps à se dessiner. Nos conceptions modernes ne sont donc pas toujours justes et les frontières bougent selon nos propres critères. Sur de nombreuses questions (le rapport à l'Écriture, les sacrements...) les lignes de frontière entre les différents courants sont souvent ailleurs que là où on a l'habitude de les tracer. Les frontières ecclésiastiques sont d'autant plus poreuses aujourd'hui que les idées et les personnes circulent bien plus facilement.
Si la question de la diversité est originelle dans le protestantisme, il faut aussi se poser la question de la variation doctrinale.

Marc Pernot, pasteur à l'Oratoire du Louvre explique ce qu'est la tradition libérale. Le libéralisme est lui-même un mouvement très divers ; on peut plutôt parler de méthode, une méthode qui consiste à ne pas sacraliser le dogme, à mettre la raison au service de la foi et à accepter les différences de conceptions mais sans ériger ces différences en système obligatoire. Chacun a le droit d'être chrétien comme bon lui semble.

André Gounelle, professeur honoraire à la faculté de théologie protestante de Montpellier : Le mot "libéralisme" mérite une petite explication : il a d'abord surgi du domaine politique pour désigner la pensée affirmant que l'État doit être au service des citoyens et non le contraire. Puis il a été appliqué au domaine religieux. Mais aujourd'hui en politique le terme désigne tout autre chose et il y a un grand risque de confusion.
Le libéralisme émerge au tournant du 18e siècle et est la conséquence d'une triple révolution : dans le rapport au texte biblique (qui ne tombe pas du ciel directement), dans la conception du dogme (la doctrine n'exprime qu'une manière de croire, elle est révisable) et dans l'effondrement de l'idée d'une cité dominée par les chrétiens.
Le libéralisme n'est pas toujours bien accepté, "ça grince un peu" car il prend certaines libertés avec certaines thèses.

Aujourd'hui le protestantisme change profondément. Le protestantisme historique (dans les pays comme l'Allemagne, la Suède, la France) est en perte de vitesse et le protestantisme se développe dans de nouvelles régions où il n'existait quasiment pas, en Corée par exemple. Ce nouveau protestantisme-là n'a pas acquis tout ce que le protestantisme historique avait acquis, si bien qu'il développe parfois une ferveur bien trop fanatique qui ne lui suffira pas. Par ailleurs il a tendance à oublier que seul Dieu est Dieu, que ni l'Église, ni la Bible ni le sacrement ne sont Dieu.

Claude Baty, Président de la FPF fait remarquer que le terme "évangélique" ne veut plus dire grand-chose car il est trop employé. M. Baty évoque, pour le courant évangélique, deux univers de référence : d'une part celui qui plonge ses racines dans la Réforme et le 19e siècle, et d'autre part l'explosion d'un nouveau protestantisme qui est peu conscient parfois de ses origines.
En France, être évangélique c'est se référer d'abord au 19e siècle : pour être membre de l'Église il faut proférer personnellement sa foi ; on voit donc plutôt des mouvements de communautés qui sont professants. Mais il y a un risque de repliement pouvant aller jusqu'à vivre hors du monde pour certains mouvements. Les choses ont bougè au début du 20e siècle avec le pentecôtisme, mais c'est une partie du monde évangélique qui a du mal à se reconnaître dans le protestantisme (surtout les mouvements charismatiques.)


La situation est donc très compliquée, avec un fonctionnement en réseaux : des mouvements recrutent dans toutes les Églises et se servent d'attachements qui ne sont pas forcément évangéliques ; et donc le qualificatif de "évangélique" est complexe. Quelques points définissant les mouvements évangéliques, ce sont des questions de choix éthiques (par ex, pour caricaturer, le rejet de l'avortement), un lien particulier à l'Église, et l'importance de l'engagement personnel et du témoignage.

Jean-François Collange, président de l'union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine explique ce qu'est le luthérianisme. Au moment de la Réforme, les Réformateurs ont voulu revenir à l'essentiel, la justification par la foi. Comment, aujourd'hui, balbutier ces vérités essentielles dans un langage actuel ?

Discussion et échanges  Comment les Églises ont-elles fait leur unité ?
M. Bost : Cette question a toujours été au cœur des préoccupations des hommes d'Église et les réponses ont été différentes. On est sans cesse à la croisée de deux critères : le premier c'est la raison (réfléchir à sa foi) et le second c'est l'émotion. Le curseur bouge tout le temps entre ces deux choses. Il bouge aussi entre l'expérience personnelle et la nécessité de la traduire dans une communauté ; pour certains, il y a d'abord mon expérience personnelle qui s'exprime ensuite en Église.

M.Baty : Comment faire pour vivre l'unité dans la diversité ? Il faut croire en Dieu. c'est Dieu qui s'occupe de cela, et ainsi nous sommes dégagés de cette question-là. Cela permet alors d'être en relation les uns avec les autres. De ce point de vue, on vit en ce moment une période heureuse riche en dialogues et discussions entre des gens de traditions ecclésiales très différentes. Les choses bougent, quand on peut se rencontrer on évite les caricatures. Il faut faire attention au fantasme d'unité des Églises. Par exemple, la FFP n'est pas une Église !

M. Gounelle : N'oublions pas la porosité des frontières. Ainsi, le mouvement du Réveil et celui du libéralisme se doivent beaucoup et ils doivent beaucoup au romantisme.
L'unité institutionnelle ne doit pas être notre problème. Une telle unité, c'est comme s'il n'y avait qu'un seul journal dans un pays. Il est vital d'avoir des réseaux où on peut se parler, échanger et même se critiquer.
Retour vers À lire sur la toile
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr