Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Journée sur les aumôneries, février 2011

Photos de la journée    Prédication

Présentation de l'Aumônerie des Hôpitaux de Metz

Depuis après-guerre, un pasteur de Temple-Neuf est aumônier des Hôpitaux et ce n'est que depuis 2000 que le Conseil de l'Union a la responsabilité du poste. Sans doute à cause de cette histoire un peu singulière, ce service d'aumônerie de Metz présente quelques particularités :
  • Alors qu'à Strasbourg on compte un aumônier pour un, deux ou trois établissements, à Metz l'aumônier des hôpitaux intervient dans treize établissements.
  • Les aumôneries de Metz ont le droit à la gestion locale.
  • L'aumônier est constamment en lien avec les patients et les résidents de maison de retraite, leur famille, les paroissiens, et les acteurs de la vie civile.
  • Les aumôneries de Metz desservent la Vacquinière, maison de retraite autrefois protestante.

Présentation de l'Aumônerie de l'hôpital Bel Air à Thionville

Dans ses différents ministères, le pasteur Anne Lise Salque a toujours eu cette dominante des visites aux plus petits. C'est un ministère d'ouverture, d'écoute inconditionnelle et de rencontre de l'autre quel qu'il soit, quelles que soient sa religion et sa pathologie. Anne Lise se définit comme le témoin de toutes les questions (qu'est ce que j'ai fait au bon Dieu) et de toutes les révoltes (pourquoi moi !) qui peuvent agiter les personnes hospitalisées. Il s'agit d'offrir un "être avec" que le personnel soignant n'a plus le temps de proposer. Anne Lise évoque également la difficile expérience de l'impuissance totale de l'aumônier, expérience avec laquelle il faut apprendre à vivre.

À l'hôpital, selon le service visité, le suivi de la personne est plus ou moins durable. Ainsi le suivi en service de médecine polyvalente ou de neurologie est plus long que dans le service de gynécologie. Mais la richesse des rencontres n'a rien à voir avec la longueur du suivi, et parfois une seule visite peut être suffisante pour soutenir et assister. Parfois c'est le retour à la maison qui pose problème, le malade est angoissé par cette idée du retour et là encore la visite peut aider à formuler cette inquiétude et à la vivre.

L'aumônier ou les visiteurs accompagnent souvent des situations choquantes et problématiques, c'est pourquoi une formation est nécessaire pour les aider à vivre ces rencontres humaines. De toute les manières, rendre visite à quelqu'un pour faire un bout de chemin avec lui et pour offrir de son temps est un engagement difficile. Des cycles de formation de visiteurs bénévoles sont organisés à l'EPRA pour réfléchir à toutes ces questions.

De son côté, tout aumônier bénéficie de l'accompagnement d'un Conseil qui se réunit trois à quatre fois par an. Les personnes qui en font partie (professionnels issus du monde de la Santé pour l'hôpital) ont été sollicitées par l'aumônier et apportent leur sensibilité et leur regard pour contribuer au développement du travail de l'aumônier. Ce Conseil est un lieu d'écoute et de réflexion pour aider l'aumônier à développer sa mission spécifique. C'est aussi un lieu de partage des difficultés rencontrées, et un soutien spirituel.

Pour vivre cet accompagnement et entrer en dialogue avec la personne rencontrée, Anne Lise Salque explique qu'il est salutaire de faire reposer la visite sur la notion d'humanitude qui préconise de déployer la relation d'aide selon quatre piliers :
  • Le regard qui s'échange face à face, les yeux dans les yeux et à hauteur du visage.
  • La parole qui annonce et explique.
  • Le toucher, qui d'utilitaire se transforme en "toucher tendresse" (offrir sa main).
  • La verticalité où on quitte le lit pour vivre le plus possible debout.
La prise en compte de ces éléments (adaptée bien sûr selon la situation des personnes visitées) permet de lever les obstacles qui souvent à notre insu font obstruction à l'expression et la transmission de la parole.

Comment l'aumônier protestant est-il informé de l'hospitalisation de tel ou tel malade à visiter ? Christiane Puzenat explique qu'avec la loi "informatique et libertés", on ne demande plus aux malades d'indiquer quelle est leur religion, si bien que la seule façon pour que la personne malade soit visitée, c'est que l'entourage (famille, amis) la signale à l'aumônier. Si celui-ci n'est pas uniquement là pour soutenir les personnes protestantes, la nécessité d'une présence protestante est incontestable car par rapport aux associations laïques, un tel aumônier a une façon tout à fait singulière d'être avec le malade, de témoigner de l'Évangile, d'offrir une dimension spirituelle...
À une époque où on a tendance à laisser de côté le religieux et à brouiller les repères, il est donc très important que l'entourage de la personne hospitalisée porte ce souci de signalement, afin que cette présence protestante ne disparaisse pas des milieux hospitaliers.

Mais il n'est pas question d'évangéliser ou de convertir, précise Christiane Puzenat. Dans la visite, Dieu est le tiers invisible entre le visiteur et le visité et il n'est pas forcément utile de parler de Dieu. La dimension spirituelle s'incarne dans l'attitude du visiteur et dans ce tissage de liens entre transcendance et humanité. Elle constitue une ouverture possible pour le visité. Elle se développe aussi à partir de tous ces questionnements sur la vie, sur le sens de la vie, questionnements qui se posent souvent de façon plus aigue lors d'une hospitalisation.

Présentation de l'Aumônerie des Prisons par le pasteur Christiane Puzenat.

L'administration pénitentiaire qui gère la prison est rattachée au ministère de la justice. C'est une institution très structurée et laïque, mais elle est tenue, par la loi de 1905, de permettre aux détenus d'exercer le culte de leur choix. D'où l'organisation d'aumôneries catholique, protestante et musulmane à l'intérieur de la prison.
Dans le nord-est de la France l'aumônerie des prisons est subdivisée en trois régions : La Franche Conté, L'Alsace, et la Lorraine (+ Vosges). Le siège de l'aumônerie de Metz est situé à l'EPRA . Ce service d'aumônerie propose très régulièrement aux aumôniers des prisons, de participer à des groupes de parole afin qu'ils puissent partager leurs expériences, leurs questions, leurs doutes...

Le Centre pénitentiaire est un endroit très dur où on côtoie une grande misère humaine, un lieu également agité par les questions terribles du péché, la loi, le pardon, la culpabilité, les victimes. Il ne faut pas confondre les actes fautifs et la personne qui les a commises et ne pas prétendre vouloir s'occuper en même temps des victimes et des détenus. Quelque chose de cette misère humaine rencontrée parmi les détenus est profondément touchant, et c'est quelque chose en rapport avec "le plus petit des petits", celui qui n'a jamais rien eu pour lui. Et développer une relation de proximité derrière les barreaux, apporter un peu de paix et de sérénité aux détenus tout en s'en remettant aussi à Dieu, communiquer le message d'amour de l'Évangile aux plus fragiles, tout cela relève de notre responsabilité de chrétiens.

L'aumônier rencontre les personnes dans leur cellule, c'est un privilège dont même les avocats ne bénéficient pas. Il s'explique en partie par la loi de 1905 qui, en établissant la séparation de l'Église et de l'État, interdisait la présence de l'Église dans les institutions publiques : Or dans certains lieux (prisons, hôpitaux, Maisons de retraite, campements militaires) et du fait d'une impossibilité de certaines personnes de se rendre à un lieu de culte, l'État se devait d'honorer l'obligation républicaine de permettre aux citoyens la libre pratique de leur religion. L'autorisation officielle de créer des aumôneries sur place fut alors promulguée.

Cette rencontre directe avec le détenu n'est bien sûr pas sans risque mais on note qu'avec l'aumônier, il n'y a en général pas de problème. L'aumônier de prison est parfaitement reconnu et accepté, c'est comme un code culturel qui existe de façon tacite à l'intérieur de la prison. Les demandes de visite se font grâce à un système de "petits papiers" mais peuvent aussi être formulées de manière informelle. La confidentialité de la rencontre (et de la correspondance par écrit) est entièrement assurée, l'aumônier respecte scrupuleusement le secret de ce qui lui est confié.

Lorsqu'un détenu que l'aumônier a prévu de visiter est dans un état d'agitation extrême (colère, souffrance aïgue, bouffées délirantes...), le gardien de prison empêche la visite de se dérouler afin de protéger l'aumônier. De nombreux détenus ne supportant pas l'enfermement ni la violence en tombent malades, ils souffrent de maux physiques ou psychiques. Ainsi, par désespoir ils peuvent se taper littéralement la tête contre les murs, hurler et exercer des violences sur eux-mêmes ; ils souffrent de maux d'estomac et de complications des troubles digestifs, l'équilibre est perturbé (certains détenus titubent), leur vue baisse considérablement car le champ visuel est continuellement brisé par la présence de murs, grillages... La prison éveille et exacerbe bon nombre de maladies de toutes sortes. De plus les pathologies sont de plus en plus lourdes car les hôpitaux psychiatriques gardent de moins en moins leurs malades fermés pendant des temps longs.

L'historien des prisons disait récemment que pour 5% des détenus, trop dangereux, il n'y a pas d'autre solution que la prison. Donc pour les autres 95% une autre solution est possible. Mais voilà, la Pénitentiaire est une grosse institution, qui ne peut pas tourner à vide, il lui faut des détenus. Les prisons restent donc bien pleines, tous genres mélangés.

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