Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Journée de formation avec Michel Bertrand, avril 2013

Lieux et modalités de l'autorité dans les Églises de la Réforme

Échos de la conférence


















Échos de la conférence

Le but de cette journée de formation était de rassembler autour d'un même thème, des personnes ayant toutes sortes d'implications dans l'Église. Durant la conférence très interactive du matin, Michel Bertrand répondit bien volontiers à nos questions et des échanges circulaires liés à nos propres expérience, vécus ou situations particulières purent avoir lieu. Puis l'après-midi, un travail en petits groupes permit d'aborder le thème de l'autorité à partir de la place que les participants occupent ou souhaiteraient occuper dans l'Église.

Trois remarques préalables sur l'autorité, d'un point de vue général :

1.    Il convient de distinguer autorité et pouvoir : Le pouvoir relève de la contrainte et de la coercition même si parfois il peut y avoir séduction (les plus grands tyrans sont ceux qui ont su se faire aimer), tandis que l'autorité est un pouvoir reconnu comme légitime par celles et ceux auprès de qui il s'exerce. L'autorité n'est jamais auto fondée, elle a quelque chose à voir avec l'altérité. Le pouvoir arrache l'obéissance et y contraint, l'autorité suscite l'obéissance. Mais ces deux notions restent si imbriquées qu'il est parfois difficile de les démêler. Ainsi il n'existe pas de pouvoirs sans autorité, ni d'autorités sans pouvoirs.

2.    Le terme "autorité" vient d'un verbe latin qui signifie augmenter, accroître. On peut donc dire que l'autorité, c'est ce qui fait progresser l'autre, ce qui l'autorise et l'incite à être "auteur" (c'est la même racine) de sa propre vie. La vraie autorité crée du neuf dans le monde, preuve en est que l'on dit d'un travail vraiment nouveau et reconnu "qu'il fait autorité". Exercer une autorité ce n'est donc pas seulement gérer et organiser, c'est aussi et surtout mettre en œuvre les potentialités de chacun(e).

3.    L'autorité n'est pas une question centrale dans les Églises de la Réforme puisque pour elles toute autorité se fonde sur le Christ qui seul est Seigneur. Calvin situait l'autorité de l'Église en position seconde, ce qui ne veut pas dire secondaire. Mais L'Église ne peut jamais contraindre le croyant en lui imposant ce qu'est la vraie foi, sinon elle est une secte. La foi exprimée par l'Église n'est pas la foi exprimée des croyants. Pourtant ce renvoi exclusif à l'autorité première du Christ ne dispense pas de s'interroger sur les modalités concrètes de l'autorité qui s'exerce dans les différents niveaux de l'Église. Car le déplacement de la question de l'autorité sur Dieu ou sur le Christ peut parfois servir à justifier ou à masquer dans l'institution, un autoritarisme caché et insidieux.

Michel Bertrand déploie sa réflexion selon cinq points.

1.   L'autorité des Écritures.

C'est l'un des grands principes défendus par la Réforme. L'Écriture précède l'Église, elle seule a autorité en matière de foi puisque c'est elle qui nous conduit au Christ. L'autorité ultime reste toujours le Christ qui est la vérité et le sens des textes bibliques. "Enlève le Christ des Écritures, que pourras-tu y trouver d'autre ?", disait Luther.

Calvin parlait de la Bible comme d'un livre "dicté" et il ne concevait pas d'écart entre Parole de Dieu et texte biblique. Mais Calvin évitait aussi le danger du fondamentalisme en mettant en avant plusieurs antidotes, dont la place accordée au témoignage intérieur du Saint Esprit qui permet d'ouvrir un espace pour la pluralité.
C'est encore plus manifeste chez Luther, fervent défenseur de la démarche d'interprétation des écrits (herméneutique). Ce principe qui ouvre à une pluralité possible de compréhensions de textes bibliques et qui évite le fondamentalisme, ne signifie pas que chacun puisse faire dire ce qu'il veut au texte biblique. Le canon biblique finalement répond à ces deux exigences : il a proposé une pluralité de textes, mais il a posé des limites en ne gardant pas tout. Ces régulations sont très importantes, l'une d'entre elles existe dans l'autorité spécifique liée au ministère de la Parole :

2.    L'autorité des ministres de la Parole.

Il y a, dans les Églises de la Réforme, une autorité particulière reconnue au ministère du théologien (pasteur ou docteur) dont le rôle est de nourrir l'interprétation du texte biblique par une étude rigoureuse (herméneutique) et en même temps d'en poser les limites, tout en étant aidé du Saint-Esprit. "La Bible n'est pas un nez de cire qu'on peut tordre à sa guise", disait Calvin...". Cette autorité particulière se manifeste avant tout dans la prédication qui toujours, renvoie à l'autorité du Christ. Cependant, les pasteurs n'ont pas le monopole de la Parole et le ministère de la parole n'est donc pas le seul lieu où peut se manifester l'autorité du Christ. En effet, ce ministère se déploie à travers l'ensemble de la vie communautaire, dans l'intimité d'une visite, dans une parole publique...
Du côté du pasteur, il existe toujours le risque d'une dérive vers des abus d'autorité personnelle, la parole du prédicateur n'est pas parole d'évangile. Encore donc une autorité qu'il convient de réguler par d'autres lieux :

3.    Une autorité partagée

L'autorité est l'affaire de chaque croyant et ne peut être confisquée par d'autres instances. C'est pourquoi les Églises de la Réforme considèèrent que le magistère est disséminé dans l'ensemble du peuple de Dieu et que l'autorité de l'Église est confiée à l'ensemble de la communauté. C'est le principe du sacerdoce universel selon lequel chaque fidèle est prêtre, c'est-à-dire intermédiaire entre Dieu et la Parole. Chaque chrétien, à l'image du Christ, rend Dieu présent au monde par ses paroles et ses actes, et présente le monde à Dieu dans la louange et l'intercession. Souvent ce principe théologique est mal compris et il faut lever et clarifier trois malentendus à son propos :
  • Le sacerdoce universel n'est de l'individualisme et si parfois on s'est servi de lui pour justifier l'individualisme, c'est bien à tort. Au contraire, il crée un lien très fort entre les personnes de la communauté et ouvre un espace pour la rencontre, le soutien, les débats : "Je rencontre le Christ dans mon frère et en Christ seulement je l'entends. (...) Dans la communauté, l'un devient le Christ pour l'autre. Les membres ne sont pas détachés les uns des autres", affirmait Dietrich Bonhoeffer. Selon ce principe de sacerdoce universel, la parole est donnée au plus grand nombre.


  • Le sacerdoce universel n'instaure pas la démocratie dans l'Église et ne relève pas d'un droit de l'individu.


  • Le sacerdoce universel ne concerne pas la théologie des ministères et ne crée pas une indifférenciation des fonctions (tout se vaut), c'est pourquoi il y a des ministres. Le ministre a reçu une double vocation, l'une intime et secrète et l'autre publique et externe (reconnaissance du ministère par l'Église). Ce ministre qui possède une spécificité ne fonctionne pas tout seul, car il s'établit entre le ministre et la communauté locale un accord, une corrélation, la reconnaissance mutuelle de chaque vocation spécifique qui ne l'oublions jamais, trouve sa source dans l'obéissance commune au Christ.
    La vocation de la communauté est l'annonce de l'Évangile au monde, il n'y en n'a pas d'autre. Et c'est à travers le ministère du Conseil presbytéral que s'articuleront la mission de la communauté et le ministère de la parole. Tous les risques existent : le pasteur peut être considéré comme l'agent de l'Église locale ou comme son employé, cléricalisme du côté du pasteur, subordination, soumission, sujétion, mainmise sur l'autre ... Le meilleur antidote à ces risques multiples de dérives, c'est la reconnaissance mutuelle. Mais il faut bien dire que les situations actuelles d'urgence ne favorisent pas cette manière de vivre (pénurie de pasteurs, multiplications des paroisse en situation de vacances pastorales, risque de précipitations dans le choix d'un pasteur après une longue vacance.

4.    L'autorité de la tradition.

Attention, la tradition ici n'a rien à voir avec les habitudes ( on a toujours fait comme cela, pourquoi changer"), ce poison des communautés qui ne s'accorde pas avec l'Évangile qui lui, proclame "toute chose nouvelle".
Pour Calvin, il convient de reconnaître l'autorité des textes des anciens conciles (textes théologiques, catéchismes, déclarations de foi, accumulation des décisions synodales...) puisqu'ils sont fidèles à la seule autorité du Christ. Ces textes de la tradition disent de façon globalisante et cohérente, quelle est la foi de l'Église. Leur autorité permet de dire la norme et de poser des limites à la diversité, ils sont donc une force de régulation très importante.

5.    Les médiations institutionnelles.

La foi n'est plus considérée comme une affaire uniquement individuelle et privée, elle comporte aussi une dimension collective et publique. Des lieux de régulations institutionnelles deviennent donc indispensables pour empêcher qu'une personne ou un groupe prennent le pouvoir. Afin de structurer la vie commune, les Églises de la Réforme sont édifiées selon un dispositif qui n'est ni une pyramide, ni un système hiérarchique mais plutôt un système circulaire, le système presbytérien-synodal. Les lieux d'exercice de l'autorité partagée (Conseil presbytéral, consistoire, synode) n'y sont pas simplement des instances administratives mais de véritables lieux de confiance où se déploient des rencontres, des débats théologiques, des délibérations communes... Ce système permet que soient articulés le local et le national.
  • le presbytérien (du grec presbutéros = ancien)
    Cet aspect insiste sur l'échelon local : l'Église locale a la capacité et la responsabilité de se gouverner elle-même par les "anciens", les conseillers presbytéraux. Dans les Églises gouvernées par le régime presbytérien synodal, le conseil presbytéal a des responsabilités très développées. Il exerce un ministère collégial dont fait partie de pasteur. À noter que lorsque le conseil presbytéral siège, le pasteur continue à être celui qui exerce un ministère particulier.

  • le synodal (étymologie= route commune)
    Le synode, est constitué des délégués des Églises locales, pasteurs et non pasteurs. Les délégués ne détiennent pas un mandat impératif, ce qui signifie qu'ils ne sont pas appelés à voter conformément aux consignes de vote que le conseil ou tout autre assemblée lui aurait données. Ils écoutent soigneusement la parole des autres dans l'Église, mais c'est fondamentalement à Jésus-Christ qu'ils ont à obéir dans l'exercice de leurs responsabilités. Les délégués doivent voter selon leurs convictions qui évoluent, mûrissent, progressent ou changent notamment grâce aux discussions, échanges, débats internes auxquels ils participent. Ainsi, s'ils sont bien délégués par la base, les choix qu'ils font ne sont pas soumis à l'approbation de la base. Les délégués au synode rendent compte à leur Église locale des décisions prises, de la nature des débat...

  • des niveaux d'autorité diversifiés
    Les décisions prises par un synode après délibérations, n'ont pas toutes la même portée ni la même autorité. Certaines (liturgie, expression de la foi, gouvernement de l'Église...) s'imposent aux pasteurs et aux Églises locales sans toutefois pouvoir être imposées aux individus. D'autres comme les vœux, n'engagent que l'assemblée synodale qui les a votés. Il peut s'agir de sujets qui n'étaient pas à l'ordre du jour, qui par exemple ont pu surgir lors d'un débat, ou encore de sujets à propos d'une question d'actualité.
Conclusion

Ce qui caractérise fondamentalement l'autorité, c'est qu'elle est reconnue et donc légitime. Puisqu'elle n'a pas d'emprise sur l'autre, elle se doit de rester fragile. Ainsi quand on habite un lieu d'exercice de l'autorité, il nous faut absolument et toujours garder en tête la question de notre légitimité, ne pas craindre de l'interroger car cela nous empêche de dériver vers des formes d'autoritarisme abusif. L'autorité a également quelque chose à voir avec l'altérité : on reconnaît que l'on peut recevoir quelque chose d'un autre. Mais pour que cela fonctionne, la confiance est indispensable car l'autorité jamais ne se décrète.

Dans les Églises de la Réforme il y a un dispositif complexe de la gestion de l'autorité : autorité des Écritures, autorité de la prédication et des ministres qui en sont chargés, autorité de la tradition, autorité partagée du peuple de l'Église, autorité des instances de gouvernement de l'Église. Le lieu de l'autorité ce n'est pas seulement le texte biblique en tant que tel, ni le seul pasteur, ni la seule Déclaration de foi, ni la seule communauté, ni le seul synode, mais c'est une interrelation, une interaction, une correction, une régulation entre ces diverses modalités dans la reconnaissance mutuelle de l'autorité confiée à chacun. Ces lieux de régulations s'interpellent, se corrigent, débattent sous la seule autorité du Christ. Cette organisation est complexe, fragile, vulnérable, lourde de tensions mais source de richesse. C'est cette multiplicité qui précisément garantit que personne, aucun individu ni aucune instance ecclésiale, ne peut se prétendre maître de l'autorité du Christ, se l'approprier ou en disposer dans l'Église. L'autorité dans l'Église est une autorité de type coopérative qui implique une forme de réciprocité. Elle s'exerce toujours de manière dérivée par rapport à l'autorité du Christ à laquelle elle ne peut que renvoyer. L'autorité du Christ est une autorité paradoxale qui se manifestera dans l'abaissement du Serviteur et dans la faiblesse.                     Retour vers chantiers de réflexion
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