Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Débats dans la paroisse sur la possibilité de bénir les couples mariés de même sexe,
février à avril 2014

L'assemblée de l'Union du 28 et 29 juin portera entre autre sur la question de la bénédiction de couples mariés de même sexe. Pour préparer cette échéance, le Conseil Plénier souhaite ouvrir largement le débat et invite les différents lieux d'Églises à se saisir de cette question, à échanger et à débattre tout en veillant au respect de tous.

Discussion en séance de Conseil presbytéral

Il est rappelé que l'on ne parle pas d'un geste qui conduit au mariage, le mariage est un acte civil qui n'a pas besoin du champ religieux.

De toute façon, c'est quelque chose que la loi autorise. La société a évolué dans le sens d'un mariage des couples de même sexe, c'est inévitable et si l'Église ne se tient pas aux côtés de ces couples-là pour les accompagner, elle passera à côté et les choses se feront de toute façon, et sans elle. Il vaut mieux que l'Église soit présente dans le monde.

Il faudrait décider au cas par cas, discuter avec chaque couple, voir si la bénédiction est pertinente pour eux et donc ne pas prendre une décision de principe sur la possibilité de bénir ; oui mais comment décider, sur quels critères ? De quel droit ? Et pourquoi pour ces couples-là et pas les couples hétérosexuels ?

L'Église n'est pas propriétaire de la bénédiction de Dieu, ce n'est pas à elle de dire "là on peut bénir telle personne, et là non" selon que les personnes répondent ou non à nos critères normatifs. En fait ce n'est pas une question théologique fondamentale pour l'Église, mais une question humaine. Or, qui suis-je pour décider de ce qui est bon ou mauvais ?

L'union de personnes de sexes différents diffère de l'union de personnes de même sexe ; ne pourrait-on pas poser un geste différent pour éviter la confusion ? Mais comment est-ce possible ? Ou bien on bénit ou bien on ne bénit pas, il n'y a pas de demi mesure.

Quel est le sens de la bénédiction ? Cautionner cette union ? Une bénédiction, ce n'est pas un geste anodin, cela engage toute la personne qui bénit. Les pasteurs sont en capacité d'accompagner ces couples-là aussi, leur formation est suffisante.
Si le pasteur est résolument opposé à cette bénédiction, il devrait y avoir une clause restrictive, accordant à ce pasteur la possibilité d'orienter le couple vers un collègue ; mais n'est-ce pas un risque ? Cette possibilité existait pour les baptêmes d'enfants dont certains pasteurs pouvaient se dispenser par choix, mais cela a posé des problèmes, les pasteurs opposés au baptême d'enfants ne jouant pas le jeu, n'orientant pas vers un collègue, faisant pression, etc...

Bible
Ce débat risque de provoquer de graves déchirures, des divisions au sein de nos Églises. C'est une bombe à retardement.
L'union de personne de même sexe pose la question de la possibilité d'engendrer. Or le texte biblique de la création comporte l'injonction divine "croissez et multipliez".
Oui mais l'idée de croître renferme t-elle nécessairement l'idée d'engendrer ? Croître, cela ne peut-il pas aussi signifier grandir, s'épanouir ? Par ailleurs ce texte date de l'Exil, à un moment où il était vital pour le peuple, de s'agrandir et donc de faire des enfants.

Il s'agit de savoir si le projet de vie que l'on bénit est conforme à la volonté de Dieu telle qu'elle est dite dans la Bible. Il ne faut pas oublier que la Bible est une parole inspirée de Dieu, elle a un caractère normatif. Si l'on ne tient pas compte de ce qui est écrit, on est complice d'un processus qui est déjà bien entamé, à savoir que l'on a tendance à négliger la Bible, à lui donner moins d'importance pour nos vies ; on affaiblit la Parole de Dieu. C'est d'ailleurs la première fois que la Bible n'est plus l'ouvrage de référence avec lequel on se confronte pour discuter d'une problématique.
Or donc, la bible interdit les relations homosexuelles, elles sont contre nature même si c'est une déviance qu'il est quasiment impossible de rectifier ; l'hétérosexualité est le seul cadre légitime de la sexualité, pour preuve, notre constitution biologique en homme et en femme ; Toutefois, l'accueil des personnes homosexuelles reste une évidence : il ne faut pas juger, rejeter, stigmatiser ; témoignage indirect d'une femme homosexuelle en couple, qui fréquente une Église, qui y est accueillie mais qui ne demandera pas la bénédiction de son couple car d'une certaine manière elle ne se sent pas légitimée à le vouloir. Et elle vit très bien ainsi.

Mais peut-on vraiment accueillir inconditionnellement sans bénir ? Est-ce vraiment accueillir ? Il est également rappelé que l'homosexualité n'est plus considérée par l'OMS, comme une maladie. Et puis, comment lire la Bible, avec quelles clés de lecture ? On ne peut la recevoir de manière monolithique, en un seul bloc, il faut l'interpréter, actualiser, travailler les textes, tenir compte des contextes historiques dans lesquels ils ont été écrits. Autrement, il faudrait appliquer dans leur intégralité tous les interdits du Lévitique, isoler une femme qui a ses règles, ne pas s'habiller avec des vêtements mélangeant des fibres, lapider la personne adultère...

Par ailleurs aux temps bibliques, l'homosexualitè ne prenait pas place dans une relation d'amour stable de couple. C'était assimilé à des relations violentes. D'ailleurs il apparaîtrait que le terme "homosexualité" n'existait même pas dans la langue de l'époque. De plus on note que le sujet est très peu abordé dans les Écritures, en comparaison de toutes les exhortations à la justice et à l'amour.

Il faut revenir aux fondamentaux qui doivent nous guider dans notre réflexion : Qu'est-ce qui est au centre de ma foi ? Qu'est-ce qui est prédominant pour moi ? C'est l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Grâce et accueil sont centraux, il y a accueil inconditionnel, indépendamment de ce qui caractérise la personne et donc indépendamment de son orientation sexuelle. Jésus fréquentait toutes sortes de gens, sans trier.
Et donc, si je lis la Bible avec cette clé de lecture-là, "Aimez vous les uns les autres", est-ce que cela n'amène pas à une compréhension particulière de la question de cette bénédiction ?

Question de l'identité et de l'altérité
C'est au centre du débat et la question n'est pas si simple que cela, il existe des nuances et des finesses, ce n'est pas ou tout noir ou tout blanc. Par exemple il y a des couples fusionnels qui fonctionnent très bien, pourtant la différence sexuée n'est pas structurante de manière significative pour leur couple ; pareil pour la question de la parentalité, il y a des femmes qui élèvent seules leurs enfants, sans référence paternelle classique ; La référence masculine ou féminine peut toujours être portée par une personne extérieure au couple parental (instituteur, grands-parents, etc). De même, on peut être Père (fonction symbolique) indépendamment du fait d'avoir engendré (réalité biologique).

La différence des sexes n'est donc peut-être plus la voie royale de l'altérité, il existe d'autres manières d'organiser cette altérité. On est à une période charnière où certaines de nos références et de nos constructions symboliques qui construisaient et organisaient notre monde, sont bouleversées et ébranlées. Cela nous oblige à des remises en question très difficiles qui nous bousculent.

Discussion dans le groupe "Café-partage"

Je ne suis pas contre. Si les gens s'aiment d'amour, s'il y a un vrai sentiment, si cet amour est reconnu par la société civile (mariage) et par l'Église (bénédiction), cela peut même favoriser la stabilité du couple. L'Église ne réprouve pas l'amour.

Mais les réticences de certains peuvent se comprendre, ils sont choqués ; c'est parfois une question d'âge.

Mais il y a la question des enfants. Comment comprendre "croissez et multipliez" ? De manière littérale (enfanter) ou de manière métaphorique (grandir parce qu'un champ de possibles nous est ouvert ?

Les réticences possibles de certains pasteurs pour bénir se comprennent aussi, c'est pourquoi il faudrait leur donner la possibilité de ne pas bénir, comme on a pu donner la permission de ne pas baptiser les enfants. Mais il faudrait encadrer une telle possibilité pour éviter les dérives.

Cela a toujours existé, mais c'était caché. Alors qu'est-ce que cela change que de bénir ?
Ces couples-là devraient rester cachés, les voir, c'est choquant, on ne voit plus que cela sur les écrans. Ils s'exhibent même (Gay Pride).
Cette manière de se montrer et de faire la fête joyeusement n'est-elle pas est une sorte de réaction au rejet dont ils ont été (et sont encore) victimes, une militance, une forme de revendication festive aussi, en réponse à l'humiliation et aux souffrances et difficultés rencontrées ? Car pour quelqu'un qui se découvre attiré par des personnes de même sexe, c'est un sacré drame, il y a le rejet des autres, la peur de leur regard, les interrogations sur sa propre identité sexuelle, les tentatives de lutter contre des tendances culpabilisées... Ce n'est pas un chemin facile.

Attention aussi à la médiatisation qui démultiplie les choses.
Il nous faut être extrêmement attentifs à des représentations quasiment inconscientes : homosexuel/hétérosexuel = mauvais/bon ; ces représentations sont inexactes.

D'un côté il y a nos idées et nos jugements bien tranchés, nos belles théories, et puis de l'autre il y a l'humain : on ne peut pas rejeter les personnes homosexuelles ; cas d'un jeune homme ayant découvert son homosexualité et qui la dévoile à ses parents en leur demandant "est-ce que vous continuerez à m'aimer ?" Personne n'est à l'abri, on peut tous être confronté à cette question par une personne qui nous est proche, par un enfant, un petit fils ou petite fille qu'il nous est impossible de rejeter. Comment réagirions-nous ?

De toute façon, qui sommes-nous pour juger ? Comment discerner si un amour est durable,sérieux ? De quel droit puis-je affirmer que cet amour n'est pas permis ?

Un geste ecclésial différent que pour un mariage hétérosexuel serait comme "une sous-bénédiction", ce serait une autre forme de rejet, juste une tolérance un peu méprisante.

Avec le groupe "Étude Biblique"

Que dit la Bible sur la question ? Il y a tout de même le texte sur Sodome et Gomorrhe, le terme de sodomite vint de là.

Lévitique 18 : C'est un texte qui donne un code moral éthique destiné à éviter le désordre, à organiser le chaos en séparant les choses comme dans le texte de la création. Il s'agit d'établir et de construire un ordre, et à l'intérieur de cet ordre l'homme jouit d'une liberté. Pourquoi se référer aujourd'hui à un texte si ancien écrit à une époque particulière dans un contexte particulier ? Parce que cela résonne encore pour nous.

Dans ce texte, c'est le manque d'hospitalité et d'accueil qui est condamné, valeurs hautement valorisées à l'époque. Le terme "connaître" est ambigu dans la phrase, mais il est clairement établi dans la suite du texte, qu'il s'agit bien de relations homosexuelles. On peut se demander ... Une ville peut-elle être entièrement homosexuelle ? C'est improbable ; de plus les relations dont il s'agit sont de l'ordre du viol, de la brutalité ; c'est cela qui compte et qui est condamné ; cela n'a rien à voir avec notre question où il s'agit de couples désirant sincèrement construire un projet durable basé sur l'amour, et demandant simplement à vivre sous le regard de Dieu. C'est totalement différent. On ne peut utiliser ce texte pour notre question d'aujourd'hui

Il faut distinguer l'esprit de la lettre et éviter le littéralisme. Le problème quand on lit ces textes, c'est qu'on les lit avec nos "propres lunettes", nos représentations, nos présupposés de base (par ex, homosexualité = dépravation). J'y trouve que ce que j'espère y trouver ; il y a alors là une forme d'instrumentalisation des textes, je les utilise comme cela m'arrange. Il ne s'agit plus d'une parole qui vient de l'extérieur.

Il nous faut aussi composer avec tout ce que dans notre enfance, on nous a transmis, appris, et qui s'est cristallisé dans nos constructions mentales d'adultes. C'est très difficile de les remettre en cause ; par exemple on nous a donné une certaine idée de ce qui est bien et ce qui est mal et on se rend compte que ce n'est plus adapté au monde d'aujourd'hui ; il faut faire évoluer nos idées, nos représentations  il faut du temps.
La Bible, c'est 2000 ans de remises en question, quand on croit être arrivé au bout, il y a encore des remises en question ! C'est cela qui est extraordinaire. C'est une forme de conversion à chaque fois, changer les valeurs, voir autrement les choses.

Bénir, c'est quelque chose de sérieux, qui engage ; c'est dire la présence de Dieu dans un événement. Alternative bénir/maudire : Si je refuse de bénir, est-ce que je maudis ? En tout cas, au lieu d'accueillir et d'accompagner, je rejette dehors et c'est une forme de malédiction.

L'Église doit être dans le monde. Si elle refuse de bénir ces unions, elle se met à part et n'accompagne pas les évolutions du monde. Mais l'Église peut aussi avoir vocation à apporter une autre parole, mettre en garde ...
Le tollé soulevé par cette question peut être comparé au chahut provoqué à l'époque avec la question des femmes pasteurs dont plus personne ne conteste la légitimité aujourd'hui.

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