Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Journée missionnaire sur Haïti en compagnie de Thierry Muhlbach, 17 avril 2011

Photos de la journée    

L'île de Haïti fut la première colonie française à avoir obtenu son indépendance, la première à s'être libérée du joug du colonisateur grâce à ses propres forces. Mais son histoire est tragiquement marquée par les faillites politiques (dictatures et coups d'état), diplomatiques, sociales, économiques... Lorsqu'en 1804, elle obtient son indépendance par la lutte et plus tard par le droit, elle dut payer en retour 150 millions de francs or, ce qui l'épuisa beaucoup économiquement. Aujourd'hui, l'environnement de l'île se dégrade considérablement, non seulement à cause des catastrophes naturelles qui se succèdent, mais aussi à cause d'un déboisement massif et de l'absence d'un plan d'aménagement du territoire. Les ressources de l'île sont pauvres, il n'y a pas de pétrole, juste un peu d'agriculture. Haïti souffre par-dessus tout de l'absence d'État, ses élites négligeant ce qui relève de l'intérêt national ou du bien public. Quant à la dette publique, il existe une sorte de retenue culpabilisée de la part des pays riches qui hésitent à mettre la pression pour exiger son remboursement, de peur que des millions d'Haïtiens ne migrent dans d'autres pays. Mais cette dette n'a pas été remise.

Au fur et à mesure de cette histoire douloureuse, l'âme des Haïtiens s'est façonnée. À force de devoir constamment gérer la dette, la misère, les catastrophes naturelles, la corruption, les Haïtiens ont développé une vitalité extraordinaire qui peut même surprendre. Ils ne sont ni défaitistes, ni hargneux, ni révoltés. Ainsi, dans l'île il y a peu de mouvements de rue, sauf en cas de fautes graves commises à leur encontre lorsqu'elles ne sont pas reconnues par ceux qui les ont commises. Ce peuple est imprégné de culture chrétienne, chez eux on trouve des références bibliques ou des allusions à Dieu partout, dans la rue, sur les bus... Ils prient ouvertement et leur foi profonde est certainement à l'origine de cet incroyable courage dans "les galères" : Pour un Haïtien, Papa Bon Dye est foncièrement bon (Bernard Collignon).


Un immense travail reste à faire pour reconstruire le pays, et les traces du dernier séisme de 2010 sont loin d'être effacées. On estime ainsi qu'il faudra dix années pour débarrasser l'île de tous les gravats. Autre exemple aux Gonaïves, la route qui y conduit depuis la capitale demeure quasiment impraticable. Les travaux de remise en état sont donc très lents et bien sûr toute la vie des Haïtiens s'en trouve perturbée, difficile et très compliquée.

Mais pourquoi les moyens sont-ils aussi réduits alors qu'après le tremblement de terre, le monde entier a recueilli des sommes faramineuses pour aider le pays ?
Dans le pays il n'existait aucune structure adaptée pour les aider à utiliser cet argent ; celui-ci est donc resté bloqué dans des banques américaines, pour l'instant il est en grande partie inutilisable. Les ONG furent nombreuses à intervenir dans l'île. Mais elles amenaient avec elles leur propre personnel, leurs médecins européens payés au tarif européen, si bien que les médecins haïtiens ont dû migrer à l'étranger ; puis ce personnel médical des ONG a quitté le pays, laissant un grand vide qui n'a pas été comblé. L'une des raisons en est que les médecins haïtiens partis ne sont pas revenus à cause de l'instabilité règnent dans le pays.

Ces quelques exemples indiquent bien les limites d'une aide "coup de cœur" qui intervient à coup de projecteurs médiatiques, une aide qui ne dure que le temps d'une campagne de solidarité, ne s'inscrivant pas dans la durée et ne tenant pas compte des besoins réels des Haïtiens. Certains vont même plutôt jusqu'à chercher à faire du business. Ce mode de fonctionnement ne correspond pas à un véritable partenariat.

Le protestantisme français a choisi de s'impliquer différemment dans ce pays. Déjà engagé en Haïti depuis une trentaine d'années notamment dans le domaine de la formation, après le séisme de 2010 il lui a suffi de réactiver ce partenariat. Il s'agit d'un partenariat d'Église à Église, de la Fédération protestante de France (FPF) avec la Fédération protestante en Haïti (FPH). Cette dernière, de grande diversité théologique, joue un rôle fondamental dans la société civile, elle rend de multiples services à la place de l'État et s'engage dans diverses actions sociales au service de la population la plus démunie (secteur scolaire). Pour qu'elle puisse être une force d'action et un interlocuteur privilégié et légitime dans la société haïtienne, la FPF l'encourage à développer tout l'aspect institutionnel afin qu'elle se structure malgré l'instabilité politique ; ainsi, la FPF finance le payement de chefs de projets et l'équipement en matériel de bureau et de communication ; mais elle ne les finance jamais avec l'argent des dons.

La FPF ne souhaite pas agir comme si elle n'était qu'une présence extérieure imposant ses vues, ni en se contentant d'une simple assistance ne répondant qu'à des besoins techniques. Faisant le choix d'une véritable collaboration, elle veut associer les Haïtiens à la reconstruction du pays et pense qu'il faut s'appuyer sur les forces vives existant. Elle choisit d'accompagner et de soutenir les projets qui sont mis en œuvre dans une perspective d'autonomisation (apprendre à pêcher plutôt que simplement donner du poisson). Ce sont donc les Haïtiens qui proposent des choses, et non pas les européens qui disent "il vous faut cela", même si la FPF prend sa part au choix des projets elle soutiendra. Haïtiens et Français se retrouvent donc engagés ensemble sur des projets concrets. La FPF essaye d'injecter certaines impulsions qui lui tiennent à cœur, par exemple la parité filles/garçons dans la scolarisation.

Dans cette forme d'aide non ponctuelle, la qualité de la relation est importante, et le soutien s'inscrit dans une dynamique de relations fraternelles. Les échanges circulent dans les deux sens et chacun est le témoin que l'Église devient universelle. Ce partenariat sur le long terme est aussi une forme d'aide plus longue, plus difficile, plus exigeante, mais oh combien plus solide et plus efficace.

C'est pourquoi le service de la mission est préférable à l'aide directe. L'idée forte, c'est qu'il faut se méfier de tout ce qui peut se rapprocher de près ou de loin du colonialisme : mes forces viennent en complément des faiblesses des autres, et les forces des autres viennent en complément de mes faiblesses. Il faut croiser les regards et il n'est jamais salutaire qu'une ou deux personnes décident seules de tout, surtout quand de grosses sommes d'argent sont en cause. De plus l'aide directe comporte toujours le risque que des préférences s'établissent, un village plutôt qu'un autre, un orphelinat plutôt qu'un autre...

Pour entraider, il faut bien sûr être rempli d'un grand amour et d'un grand désir de solidarité mais aussi d'une grande vigilance. Il faut garder un regard critique car dans TOUS les pays on trouve des gens fiables et des gens qui trompent leur monde. Or le protestantisme français a des relais sur place et on est donc certain que l'argent n'est ni gaspillé ni détourné. Claude Baty, le président de la FPF, s'est engagé personnellement à ce que soient vérifiés et l'emploi des fonds et le respect de ce partenariat. Envoyé par le Défap pour deux années, le pasteur Philippe Verseils est chargé d'accompagner les partenaires de la mise en œuvre des projets de solidarité. Il suit la réalisation des projets et assure la transmission de l'information aux protestants de France.

Le soutien aux écoles est un domaine important du travail. La plupart des établissements scolaires sont privés puisque l'État est quasiment absent et si les familles ne peuvent pas payer, les enfants ne sont pas scolarisés. Grâce aux fonds d'urgence reçus de la Plate-forme Haïti, un certain nombre d'établissements ont pu être aidés pour la reconstruction de structures provisoires ou pour la distribution de bourses servant à payer les frais (scolarité, matériel ). Plusieurs projets d'aide aux orphelinats (prévention du choléra, nourriture, soins et scolarisation des enfants en attendant de reconstruire des abris durables) sont en cours. La FPH aide aussi des étudiants dont le cursus universitaire a été interrompu à cause du séisme. D'autres projets sont en gestation : développer un département Théologie, créer une aumônerie protestante des prisons, construire un village communautaire. Les Églises d'Alsace-Moselle ont participé à l'agrandissement d'un hôpital dans le nord du pays et se sont engagées à soutenir la création d'un poulailler communautaire aux Gonaïves afin d'améliorer l'alimentation des familles.
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