Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

L'Église, une communauté-frontière


Dans la première partie de son ouvrage, l'auteur décrit remarquablement l'évolution de notre société. Les Églises se vident mais le "religieux" se porte bien. Autrement dit, la pratique du culte est en baisse et parallèlement nous vivons un éclatement des croyances.
Chacun bricole son croire à partir des expériences qui sont les siennes. La foi et son contenu se sont individualisés et les croyances tendent à devenir équivalentes. La communication fait le tour du monde sans limites en quelques minutes. Les dieux du sport ont le vent en poupe...
La transmission est en panne ; les générations n'héritent d'aucune pratique des générations précédentes. Comment transmettre une foi ancestrale dans une société où la durée n'a plus de valeur, seul compte l'instant présent ?
Enfin, l'Église (lieu de rassemblement de ceux qui sont "appelés", que l'on peut distinguer du bâtiment qui chez nous est souvent nommé temple) est introuvable dans notre société. Elle se centre sur elle-même pour préserver son identité. D'ailleurs les Églises, personne ne les cherche car la foi est affaire d'individus.

A partir de là, nous constatons que notre Église n'est pas seule à vivre ces temps contrastés. Toutes les associations de personnes vivent cette même réalité. Il n'y a pas que les Églises à être introuvables mais c'est le propre de la plupart des lieux communautaires ; l'individualisme génère la dispersion, même dans les familles.
Nous sommes interrogés par le terme "Église", au singulier ou au pluriel ? Quelle est sa spécificité ou son message original aujourd'hui ? Est-ce juste pour être ensemble que nous sommes en Église ? Lieu de rencontre ? Ceux qui sont en Église ont parfois l'impression d'être ceux qui sont montrés du doigt dans notre société. L'Église est pourtant le seul lieu qui ne cède pas à la logique marchande.
Nous sommes lucides sur la logique institutionnelle. Pourquoi génère-t-elle incessament des dérives tout au long de l'histoire ? Qu'est-ce qui a fait que les Églises sont devenues des institutions lourdes et perçues comme marchandes ?
Quels rapports les protestants entretiennent-ils encore avec l'Écriture ? Quelle est la pertinence de l'évangile dans notre monde ?
L'Église est-elle vraiment introuvable ? lance quelqu'un. Et puis le débat revient sur les croyances bricolées...
L'évangile est là pour nous faire douter, dit l'un d'entre nous...

Une deuxième séance fut consacrée à la "proclamation de l'évangile" dans notre contexte. Avec Laurent Schlumberger nous redécouvrons l'importance de l'écoute de l'autre et du texte dans un premier temps. Notre sensibilité ne nous pousse pas à vouloir "gagner" encore moins convertir ou "sauver" l'autre.
Nous aimons plutôt témoigner de la grâce que nous avons reçue. Mais comment transmettre ce don si précieux ? Faut-il reinvestir le débat entre science et foi qui pose problème dans notre société ? Ou celui du don et de la dette ?

Au fond qu'avons-nous à transmettre ? J.D. Causse dit ceci :Ce que nous transmettons nous échappe en partie et il y a aussi de l'intransmissible, (...) nous devons à nos enfants de leur transmettre ce qui permet de nous quitter, pour qu'ils puissent exister à une place singulière...
Cette prise de conscience nous invite à renoncer à exister à travers nos enfants. Ainsi les enfants peuvent entrer dans leur propre histoire.
Pour nous, il reste à témoigner de la confiance que nous recevons de Dieu pour traverser la vie avec courage et passion. En témoigner joyeusement !
Le débat n'est pas clos. Au contraire, il s'ouvre massivement à nous ...et à vous !

Autour de la lecture de la troisième partie du livre de Schlumberger, le CP a entendu l'interpellation d'une alternative possible entre un protestantisme historique, qui nuance les convictions, dialogue avec la culture, appuie la réflexion mais s'adresse souvent à des initiés, et un protestantisme de type "évangélique" qui se nourrit de pensée sommaire, de convictions carrées, qui suspecte la culture, valorise l'expérience mais connaît un rapport à des autorités ombrageuses.
Une troisième voie qui "traduirait nos convictions dans des formes renouvelées" pourrait se dessiner ... Mais la communication reste une interrogation : comment partager nos richesses sans les réduire ? Quels outils de communication utiliser pour mettre en valeur tout ce qui se vit autour de la grâce, la foi, l'Écriture...
Nous sommes souvent devenus une Église de membres : comment devenir une Église qui s'adresse essentiellement à ceux et celles qui n'y sont pas ?
En s'adressant "aux lointains", en nous décentrant, en occupant le seuil, nous retrouverions notre véritable vocation d'une Église qui assume sa mission. La rencontre sous de multiples formes est une chance à saisir... en même temps, la véritable rencontre n'est pas maîtrisable par nous...
Pasteure Danièle Becker-Morel

Laurent Schlumberger. Sur le seuil. Olivétan, 2005, 108 p.

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