Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Apocryphe de Jean
Apocryphes


Du grec apokryphos, qui signifie "caché, secret". Ce terme aurait d'abord été employé par les milieux gnostiques pour désigner une doctrine secrète.
Les livres apocryphes, tout en présentant une certaine parenté avec les livres canoniques du Nouveau ou de l'Ancien testament, ont été écartés de la liste des textes bibliques fixée par l'Église. Ils n'ont pas été retenus au cours de ce processus long et progressif qu'a été la formation d'un canon officiel, car il y avait simultanément un doute sur leur authenticité et un doute sur leur inspiration divine.
Ces textes, extrêmement nombreux et différents quant à leur contenu et leur forme littéraire, ont souvent été mal conservés et leur reconstitution pose problème aux historiens.

Un peu d'histoire...
À l'époque de la Réforme au XVIe siècle, la tradition protestante s'est attachée à fixer le contenu du canon des Écritures, et c'est ainsi que la Confession de foi de La Rochelle énumère la liste des livres bibliques considérés comme base de la foi. Lors du concile de Trente en 1546, le catholicisme avait secondairement intégré dans les Écritures (la Vulgate), des livres qu'il qualifia de "deutérocanoniques" par opposition aux livres dits "protocanoniques" qui eux appartiennent au canon hébraïque et n'ont jamais été contestés. Ces livres grecs du Premier testament dits deutérocanoniques n'ont pas été retenus par les Réformateurs qui les ont considérés comme apocryphes pour deux raisons : ils ne figuraient pas dans le canon de la Bible hébraïque, et n'avaient pas été reçus dans l'Église ancienne par tous. Luther, même s'il reconnaissait à ces livres quelque utilité pour l'édification personnelle, pensait qu'ils ne devaient pas être "regardés comme ayant la même valeur que la Sainte Écriture". Les Réformateurs les ont intégrés dans leurs éditions de la Bible jusqu'au 19e siècle en les plaçant en annexe à la fin de l'Ancien testament (Bible Ostervald), puis ces textes disparurent peu à peu des éditions françaises protestantes entre 1826 et 1909. Les traductions œcuméniques (TOB) les ont retenus et les regroupent de façon distincte après les autres écrits.

Les protestants désignent donc sous le nom d'apocryphes de l'Ancien testament, les livres qui se trouvent dans la Vulgate mais qui sont absents de la Bible hébraïque, et que le catholicisme appelle deutérocanoniques. Et à ceux que le catholicisme nomme "apocryphes" de l'Ancien testament, les protestants donnent le nom de "pseudépigraphes".

Dans la littérature apocryphe de l'Ancien testament, on trouve des textes très divers (à peu près 54), dont certains ont eu une vraie autorité dans les hauts lieux religieux de leur temps. Quelques-uns d'entre eux visent à recomposer les mythes fondateurs (Le Livre des Jubilés), d'autres recourent à la poésie religieuse (Psaumes de Salomon) ou font partie de la littérature de la Sagesse (testament de Job), d'autres encore cherchent à mettre en évidence un événement particulier de l'histoire biblique en paraphrasant les écrits canoniques (le testament de Moïse) ; enfin, nombreux sont ceux qui relèvent du type apocalyptique (Livres d'Hénoch, Apocalypse d'Esdras), évoquant le Dieu souverain qui viendra juger le monde.
Manuscrits de Nag Hammadi


Quant aux apocryphes chrétiens, ils témoignent de la vitalité des communautés chrétiennes naissantes qui les ont produites. Selon Jean-Marc Prieur, (Professeur d'Histoire de l'Antiquité chrétienne) et d'autres chercheurs, il est incorrect de les regrouper sous l'appellation "Apocryphes du Nouveau testament" car jamais un recueil des écrits apocryphes chrétiens n'a été adjoint au Nouveau testament.
Leur période de production la plus intéressante et la plus originale se situe surtout dans les trois premiers siècles après JC, ceux écrits plus tard portant déjà en eux les traces des tentatives d'uniformisation. Certains de ces textes s'appuient sur des traditions bien différentes des évangiles de Matthieu et Luc. Leur rapport avec les textes bibliques du Nouveau testament est plus ou moins lâche, plus ou moins ténu.

Cette littérature comprend notamment
  • les Agrapha ("choses non écrites") qui relatent des paroles attribuées à Jésus lesquelles ne sont pas contenues dans les Évangiles du canon.
  • les évangiles de l'enfance de Jésus qui ont influencé des traditions populaires (notamment le mythe de la grotte) à tel point que certaines fêtes liturgiques y ont trouvé leur substance (les fêtes d'Anne, mére de Marie, ou des apôtres).
  • des enseignements gnostiques.
  • et de multiples textes apocalyptiques.
Nombreux sont ceux qui ont représenté une riche source d'inspiration aux artistes du Moyen-âge et de la Renaissance. Par exemple Dante s'inspirera de l'évangile de Nicodème qui relate la descente de Jésus aux Enfers ; et le Protévangile de Jacques qui narre les enfances de Marie puis de Jésus a été est une source importante de l'iconographie.

Il est malaisé de suivre et d'exploiter ces récits apocryphes car ils ne forment pas un ensemble homogène et ont vu le jour de manière très indépendante. L'un des risques majeur consiste à les déformer ou même, les détourner. Ainsi l'existence de ces ouvrages apocryphes a été médiatiquement exploitée dans l'idée que ces derniers divulgueraient des secrets sur la vie cachée de Jésus, révélant des scoops propres à défrayer la chronique et à ébranler les bases du christianisme. Par exemple Le roman Da Vinci Code fait dire beaucoup de choses à l'évangile selon Philippe découvert en 1945 ; il s'appuie sur certains passages ("Le Seigneur aimait Myriam -c'est-à-dire Marie Madeleine- plus que tous les disciples et il l'embrassait souvent sur la bouche.") pour alimenter l'idée que Jésus aurait eu une compagne. Ce genre de conclusion témoigne surtout d'une méconnaissance des apocryphes car l'évangile de Philippe, daté du milieu du 2e siècle après JC, est un écrit gnostique qui révèle surtout un enseignement secret et ésotérique auquel il faut attribuer un sens plus spirituel qu'historique. (La Gnose est un courant chrétien qui fait dépendre le salut d'une connaissance spécifique réservée à des élus)

Une autre difficulté vient de ce que la littérature apocryphe a été longtemps "en évolution" puisque certains des apocryphes chrétiens ont été amplement revus et corrigés : les textes qui servaient aux théologiens de l'Antiquité et du Moyen-Âge pour diffuser la foi, ont été recopiés de manuscrit en manuscrit, ce qui leur a permis de survivre au temps ; mais leurs copistes, pour les adapter à l'époque du moment, en ont supprimé ce qu'ils jugeaient inintéressant ou trop choquant, rajoutant sans doute ce qui leur semblait manquer, réécrivant certains passages, amplifiant les faits ... Ces apocryphes ont donc été transformés à tel point qu'il est malaisé de les reconstituer dans leur forme primitive et originale. Ainsi, l'évangile de Nicodème écrit durant le 4e siècle a été transmis dans quelques 550 manuscrits depuis le 5e siècle jusqu'au début du 20e siècle. Et il aura fallu vingt-cinq années de travail pour qu'une dizaine de chercheurs puisse avoir une idée de la forme originelle de cet évangile apocryphe et du milieu dans lequel il a été primitivement rédigé. Égypte : Découverte de trois manuscrits Coptes en 1945

Une difficulté supplémentaire réside dans les problèmes de traduction : Souvent rédigés en grec, les textes ont été traduits en latin et aussi dans des langues orientales variées (syriaque, arménien, slave, copte), puis en vieil irlandais... En passant d'une langue à l'autre, ils ont pu subir des transformations. Parfois, un texte peut en même temps avoir été perdu dans sa langue d'origine, et conservé dans une ou plusieurs autres traductions.
Certains des textes ont été complètement perdus et on n'en connaît que le titre (l'évangile des douze apôtres), ou on n'en dispose que des fragments extrêmement réduits (l'évangile des nazaréens), tout au plus quelques lignes inutilisables. Ces écrits ont sans doute disparu en même temps que les communautés qui s'y référaient ont perdu de leur influence. D'autres, à peu près 14, sont partiellement conservés dans des fragments substantiels. L'existence de quelques-uns était connue car des auteurs chrétiens les mentionnaient, mais il n'ont été découverts que très tardivement, au 20e siècle (évangile selon Thomas).


Certains apocryphes chrétiens ont pu être conservés dans leur intégrité, grâce au statut de textes quasiment canoniques dont ils bénéficiaient dans des Églises situées à la périphérie du monde chrétien ; ceux-ci offrent une chance d'ouverture aux traditions chrétiennes autres que latines et grecques (Lettres apocryphes de Paul avec les Corinthiens dans la Bible des Arméniens).

Les Évangiles apocryphes ont été longtemps considérés par certains comme des textes inintéressants, voire même dangereux, et la recherche universitaire ne s'est véritablement emparée de ces écrits qu'à partir des années 1960. Ceux qui ont été retrouvés ces dernières années ont suscité un intérêt certain et justifié car ils apportent des renseignements précieux sur les milieux qui les ont vu naître et sur le contexte historique de la rédaction des œuvres canoniques. Repères dans le lent processus de la formation de la doctrine chrétienne et témoins d'une théologie en voie de formation, ils permettent de mieux connaître les mouvements religieux dissidents du judaïsme et du christianisme anciens. Par exemple, l'évangile apocryphe de Judas, dont la découverte fut rendue publique en 2006, est inutilisable pour reconstituer la vie de Jésus ou la trahison de Judas ; mais il apporte des matériaux très utiles aux spécialistes de la gnose chrétienne, sur ces formes ésotériques du christianisme qui ont été très influentes dans les premiers siècles ; il permet aussi de mieux situer les communautés gnostiques parmi les autres courants des origines.


Les évangiles apocryphes démontrent la prodigieuse diversité du christianisme des origines et témoignent que circulaient alors des représentations de Jésus qui sont très "inhabituelles" au regard des quatre évangiles canoniques. Ce foisonnement d'interprétations si diverses prouve que l'unité des chrétiens n'a pas vraiment existé dans les faits, il y eut dans les communautés du christianisme des premiers siècles une grande créativité dans la transmission de l'Évangile et une remarquable pluralité de façons de confesser la foi en Christ.

France Quéré : "le véritable service de la foi exige de la pensée qu'elle s'échappe, en rebelle et en artiste."

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