Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Les Apôtres Philippe, Mathias, Jacques, André, Thomas et Paul. Peinture du 12ème siècleApôtres

Le mot...
" Apôtre " est issu du latin apostolus qui est transcrit du grec apostolo, lui-même traduisant l'hébreu shaliah. Le préfixe apo marque l'éloignement et la racine stel / stol signifie " envoyer ". Étymologiquement, ce mot signifie "celui qui a été envoyé au loin".

... et son sens
Lorsqu'on examine comment les auteurs du Nouveau testament utilisent les termes, on s'aperçoit que " disciple " n'est employé que dans les évangiles, tandis que le mot " apôtre ", rarement utilisé dans les évangiles (seulement 10 fois), apparaît beaucoup plus dans les épîtres de Paul ainsi que dans les autres écrits du Nouveau testament qui racontent l'émergence de l'Église primitive. Cet usage donne un premier éclairage sur le sens des mots : disciple met l'accent sur le fait de suivre l'homme Jésus pour l'écouter et s'enrichir de son enseignement (c'était courant à l'époque, et Jean Baptiste eut lui aussi ses disciples), tandis que apôtre souligne le fait d'être envoyé par le Christ dans le monde pour accomplir une mission spéciale : témoigner de la Bonne Nouvelle et la répandre.

Au commencement il y eut des disciples...
Jésus entendait par "disciple" toute personne désireuse de le suivre. Sur les routes, les disciples accompagnaient Jésus qui s'adressait à eux directement, les interpellait, leur posait des questions dans le but de les enseigner comme le fait tout maître. Disciple en grec se dit mathêtês qui vient de manthanô signifiant " apprendre ". Certains disciples semblent avoir eu plus d'importance que d'autres car les évangélistes les citent souvent et racontent comment ils furent choisis par Jésus d'une façon singulière. Par là même les évangélistes voulurent probablement marquer que ces hommes occupaient une place à part auprès de Jésus. Ils souhaitèrent aussi indiquer combien ces disciples ont pesé plus tard dans la vie de la toute jeune Église.

et le cercle des Douze
Jésus appela donc à sa suite douze hommes, choisis et établis par lui entre tous les autres parmi un groupe de disciples beaucoup plus large. Ces Douze vivront avec le Maître dans une très grande proximité, et celui-ci leur transmettra une autorité et une puissance toutes particulières.
Le chiffre de douze n'est pas anodin et comporte une forte signification symbolique. Rappelant les douze tribus d'Israël, il désigne la totalité du peuple enfin rassemblé. Il rend compte d'une continuité entre l'Ancien et le Nouveau testament et d'un lien très étroit entre l'histoire du peuple d'Israël et la venue de Jésus, entre l'ancienne et la nouvelle alliance.

Puis, des apôtres...
L'évangile de Luc (et aussi l'Église) reconnaît comme " apôtres " ces Douze-là qui ont la spécificité d'avoir connu Jésus de son vivant et surtout qui peuvent témoigner de sa résurrection. Agissant avec l'autorité particulière qu'ils ont reçue de celui qui les a envoyés, le Christ, ils sont chargés d'annoncer l'Évangile de la grâce au monde entier, chargés de pardonner les péchés (Jn 20/23), guérir, communiquer le Saint-Esprit (Ac 8/18), ordonner les diacres (Ac 6/6)... Ils prirent vraisemblablement l'initiative de mettre en place la commémoration de la mort et la résurrection du Christ dans la sainte cène. Comme l'Église croissait et commençait à diffuser plus largement son message à l'étranger, les apôtres portèrent aussi de plus en plus d'attention aux groupes épars des croyants (Ac 8/14 ; 9/32). Leur mission comportait de toute façon une dimension missionnaire itinérante car elle ne s'exerçait pas sur un territoire précisément circonscrit et s'inscrivait dans l'universel.
Il relevait donc de la responsabilité des apôtres d'édifier les communautés en leur servant de guide et de garantir l'unité de l'Église. Ainsi au moment du conflit à Antioche à propos de la circoncision (la question était de savoir si pour être sauvés, les païens devaient se faire circoncire selon la loi de Moîse, Paul affirmant que seule la grâce suffisait), Paul, Barnabas et d'autres encore monteront à Jérusalem pour trouver et entendre les apôtres et les anciens à propos de ce différend. (Ac 15/2).

... et le cercle des Douze est dépassé
La charge d'envoyé ne s'est pas restreinte au cercle rapproché des Douze (même si ceux-ci continueront à être distingués de tous les autres par l'Église et par Paul aussi) et les écrits du Nouveau testament étendent ce titre à de nombreuses personnes (Barnabé, Sylvain, Thimothée, Andronicus...) qui sont très tôt envoyées en mission pour annoncer l'Évangile aux nations (Ac 14/1). Dans le même ordre d'idées, nous savons que lorsque l'évangéliste Luc relate l'envoi des disciples en mission, il choisit un tout autre chiffre et parle déjà de 72 disciples. Le mot apôtre désigne là de façon plus générale un des ministères de l'Église primitive. D'ailleurs selon certains spécialistes, la mention d'apôtres extérieurs au groupe des Douze permet même de penser que l'identification des apôtres au groupe des Douze serait une création relativement tardive.

Le ministère apostolique n'était sans doute pas non plus uniquement destiné aux hommes, puisque dans ses lettres (Rom 16/7) Paul salue l'apôtre Junia qui semble être une femme. D'après le professeur de Nouveau testament Elian Cuvillier, le prénom aurait été masculinisé dans la transmission des textes car les copistes médiévaux ne s'imaginaient pas que Paul puisse décerner le titre d'apôtre à une femme. On peut aussi ici évoquer Marie-Madeleine, car même si elle n'est pas reconnue en tant qu'apôtre, elle en présente toutes les caractéristiques : elle a suivi Jésus, a été le premier témoin de sa résurrection et vraisemblablement joua ensuite un rôle important dans certaines communautés chrétiennes.

Paul, un apôtre à part...
Paul s'applique à lui-même le titre d'apôtre (1 Co 15/ 5-8), parce que pensait-il, le fait d'avoir vu le Christ ressuscité sur la route de Damas (Ac 9) lui conférait la même autorité que les Douze. Une de ses affirmations les plus constantes fut qu'il ne tenait son Évangile d'aucun homme, mais de la révélation directe de Jésus Christ ressuscité. Il annonça tout particulièrement l'Évangile de la grâce auprès des païens et sa carrière apostolique aurait duré une trentaine d'années.

À propos de la succession apostolique. L'Église catholique considère que l'apôtre Pierre, devenu le premier évêque de Rome, a été doté par le Christ de l'autorité suprême et que les évêques romains qui ont suivi, ont hérité légitimement de cette même autorité souveraine. Celle-ci aurait été transmise à d'autres successeurs encore, et ainsi de suite jusqu'à nos jours et sans discontinuité. La succession apostolique est fondée sur cette croyance et c'est cette succession qui garantirait l'authenticité de l'Église. C'est par elle que l'Église catholique romaine prétend détenir l'unique autorité pour établir la doctrine et interpréter correctement les Écritures, et qu'elle soutient avoir un chef infaillible (le pape) dont toute la lignée remonterait jusqu'à l'apôtre Pierre.

La tradition réformée quant à elle considère que ce concept de succession apostolique n'est pas fondée car elle n'apparaît nulle part dans les Écritures. Elle reconnaît que l'apôtre Pierre a joué un rôle proéminent (il fut souvent présenté comme une sorte de porte-parole dans le groupe de Douze), mais les Écritures ne le désignent pas comme étant celui qui disposait d'un commandement particulier par rapport aux autres apôtres. Et de toute façon cela ne signifierait pas que ses successeurs soient les héritiers de l'autorité suprême. Pour les Réformés, c'est l'alignement sur l'enseignement des Écritures qui est le facteur déterminant pour l'authenticité d'une Église. L'autorité apostolique est transmise à travers les écrits des apôtres et pas par la succession apostolique.
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