Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz
Henti Matisse : Nu Bleu 2

Chair

Le sens du mot

Vient du latin carnis.
En hébreu : basar. Contrairement au grec, la langue hébraïque ne fait pas de distinction entre la chair et le corps et le même mot désigne ces deux réalités.
En grec : sarx (corps = sôma).

Aujourd'hui nous restreignons le sens du mot d'une façon malencontreuse qui laisse entendre que le corporel, le charnel, le sexuel, sont par essence du côté du mal. Pensons par exemple à l'expression " péché de chair". Mais d'une certaine manière ceci contredit les Écritures dans lesquelles la signification du mot est beaucoup plus riche, variant notamment selon les auteurs et les époques.

"Chair" n'égale pas charnel...

 Henri Matisse : IcarusL'expression "toute chair" (Lc 3/6) qui se trouve aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau testament veut dire en priorité "tout être vivant", corps et âme. Bien plus qu'une simple partie de moi-même, elle désigne la personne, l'homme (la femme) en entier placé dans sa condition d'humain, "le vif de la vie" selon Richard Bennahmias. Le terme peut aussi traduire l'idée de l'humanité dans son ensemble. Quand il est dit par exemple que toute chair verra le salut de Dieu, cela révèle que le salut de Dieu s'adresse à tout être humain. La chair ne possède ici aucune connotation négative et c'est seulement dans les textes plus tardifs sous l'influence de l'hellénisme, que l'opposition entre chair et esprit apparaîtra. La philosophie grecque (Platon) discréditait en effet le corps charnel qu'elle considérait comme une prison asservissante pour l'âme, prison dont il lui fallait se libérer.

La chair est faible !...

Selon l'une de ses autres significations, la chair symbolise plus particulièrement la faiblesse et la fragilité. Quand Ésaïe (40/6) dit : "Toute chair est comme l'herbe des champs", il veut souligner une dimension essentielle de la vie humaine : tout homme est fragile, faible, précaire, vulnérable. Et quand Jean affirme à propos de Christ que la Parole s'est faite chair, il veut dire que la Parole, en se faisant homme fragile, ébranlable et mortel, a quelque chose à dire de cette condition humaine.
Dans un sens très proche, la chair exprime la propension humaine au péché, l'incapacité de l'homme à résister à la tentation et au mal. Et les faiblesses de la chair ne se limitent pas aux seules faiblesses du corps charnel, ce sont aussi celles de l'esprit (l'orgueil...).

Chair et Esprit, deux manières de vivre...

Autre sens encore, très présent dans le Nouveau testament et qui imprègne la pensée de Paul, la chair désigne une manière de vivre contraire à l'Esprit, une façon de vivre "selon le monde" : Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l'Esprit moissonnera de l'Esprit la vie éternelle (Galates 6/8 ; et aussi Rm 8, 6 et 13).

Paul est juif, il ne s'approprie pas les catégories de la pensée grecque et ne fait que les utiliser habilement pour exprimer tout autre chose. Dans sa théologie en effet, l'opposition chair/esprit ne coïncide pas avec l'opposition corporel/mental, ces deux termes sont situés hors d'une perspective dualiste et pour Paul la chair ne correspond pas au palpable et l'Esprit à l'impalpable. Tous deux sont sur le même plan, tous deux désignent l'homme en entier, corps et âme. La chair correspond à l'humain prisonnier de lui-même, captif de ses esclavages, de ses peurs et de son orgueil, l'humain qui ne recherche que son seul intérêt et qui se préfère aux autres et à Dieu. C'est l'homme ancien dont parle l'apôtre dans ses lettres aux Romains, aux Colossiens et aux Ephésiens. Quant à l'Esprit, il désigne l'homme libéré de son péché et possédé par l'Esprit de Dieu, animé par un esprit d'amour qui le pousse vers l'autre. Vivre selon l'Esprit, c'est être libéré de son moi lorsque ce moi est une prison ; c'est ne plus se préoccuper de soi-même et se tourner vers l'autre, ne plus s'épuiser à se faire valoir. C'est l'homme nouveau.

La résurrection de la chair

Cette expression contenue dans le Credo embarrasse bien des chrétiens et certains la remplacent par "la résurrection des morts ou des corps". Le pasteur Alphonse Maillot (Le Credo, une foi pour l'an 2000) fait très justement remarquer que la première formule n'a pas de sens puisque ce sont forcément les morts qui ressuscitent. Quant à l'expression " résurrection des corps ", elle laisse entendre à tort que dans la personne humaine il y a une séparation entre un corps qui aurait besoin de ressusciter tandis qu'une autre partie immortelle traverserait la mort sans dommage et poursuivrait tout naturellement une vie éternelle. Or justement, les Pères de l'Église voulurent lutter contre cette idée antique de la différence de sort pour l'âme et le corps. L'expression "résurrection de la chair" exprime la certitude que nous ne sommes pas que des êtres spirituel et qu'à la résurrection, tout homme sera mystérieusement présent dans son intégralité, avec son passé, sa vie, toute son histoire. Selon la promesse exprimée dans le Credo, Dieu récupérera l'existence et l'histoire de chacun.

"Rien de véritablement évangélique ne se dit et ne se fait dans le mépris de notre condition humaine."Laurent Gagnebin
Retour vers Lexico-théo
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr