Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Vallotton : La prédication de Pierre
Église

Le mot...

Église est dérivé du verbe grec ekkalèô qui signifie convoquer, appeler, et qui a donné Ekklesia. Dans les États grecs, on appelait ainsi l'assemblée des citoyens qui décidaient des affaires publiques dans la cité. Ce terme Ekklèsia a été largement utilisé dans le premier Testament (Septante) pour traduire l'hébreu qâhâl qui signifie "convocation", convocation du peuple à se rassembler sur ordre de Yahvé.
Le mot Église emprunté au monde grec a été préféré à " synagogue ", sans doute pour distinguer la communauté chrétienne de la communauté juive. Aujourd'hui l'Église avec une majuscule désigne la communauté des chrétiens, et aussi l'institution et ses représentants. Tandis que l'église avec une minuscule désigne l'édifice destiné au culte.

Un peu d'histoire

Les premières communautés chrétiennes telles qu'elles sont décrites dans les Actes des Apôtres, (chap 2/42) développèrent tout particulièrement l'enseignement de la parole de Dieu. Il s'y pratiquait le partage, la solidarité, la prière et le repas communautaire. L'Église c'était avant tout l'événement de la parole de Dieu annoncée aux humains et reçue par eux. Elle ne désignait jamais un bâtiment car les premiers chrétiens n'avaient pas d'édifice spécifiquement destiné au culte, ils se réunissaient dans des maisons particulières.
Puis après la première génération de chrétiens, l'Église primitive s'est progressivement organisée, elle a construit des structures, énoncé des confessions de foi, établi des ministères officiels pour maintenir l'unité entre les différentes communautés locales (apôtres, prophètes, docteurs, évêques, diacres, veuves). Elle s'est peu à peu institutionnalisée.

Si les Réformateurs ont considéré la prédication et les sacrements (sainte cène et baptême) comme les marques authentiques de l'Église, ils ont eux aussi mis en avant un préalable théologique qui se fonde sur les Écritures : Dieu seul suscite l'Église, même quand des humains en sont les constructeurs. Elle est avant tout pensée comme une invitation, un appel (on retrouve l'idée de convocation) que Dieu adresse aux humains et qui les rassemble. Autrement dit, l'Église n'existe que quand et là où la parole de Dieu est annoncée et reçue, ou encore : il y a Église partout où l'Évangile se fait entendre et se partage, quelqu'en soient les diverses formes possibles.

Pour les Réformés, ce n'est pas l'Église qui sauve ou qui médiatise le salut. Et la prédication, au lieu d'être celle de l'Église, est avant tout celle de l'Évangile. Cette façon réformée de concevoir l'Église en lui attribuant un rôle second par rapport à la parole et à la grâce de Dieu est tout à fait originale.

Pourquoi ne pas simplement croire tout seul en Jésus et tenter de bien vivre sa vie ?

Paul déjà répond à cette question. La vie libérée offerte en Jésus Christ reste un idéal irréalisable pour une personne isolée car celle-ci ne dispose pas à elle seule de la force de l'Esprit. Le croyant doit aller chercher l'Esprit saint là où il intervient abondamment, c'est-à-dire dans la communauté des frères et sœurs, et en particulier dans son culte.
On n'est donc pas croyant tout seul. D'ailleurs dans les évangiles Jésus Christ réssuscité ne se manifeste jamais à des personnes isolées, mais toujours lorsque plusieurs personnes sont réunies. Les liens de foi qui unissent ceux qui croient en Jésus Christ tracent un réseau dans l'espace et dans le temps. Ce réseau est un "nous" construit à partir des "je" qui la compose, notre foi y est mutuellement soutenue par celle des autres. L'Église est ainsi nécessaire en tant que communauté qui permet à chacun(e) de se sentir pleinement reconnu(e) sans condition et accepté(e) par Dieu.

Église visible...
Visible, l'Église est représentée par ses membres vivants unis par l'amour fraternel qui est le fruit de leur foi. Jésus déclarait qu'on reconnaîtrait ses disciples à l'amour qu'ils auraient les uns pour les autres. Temples, cultes, communautés, rites et symboles divers, histoires, organisation institutionnelle font aussi partie de cette visibilité qui la fait humaine, diverse, faillible et imparfaite.

Société humaine et réalité vivante...
L'Église évolue, se développe et se diversifie. Si la confiance en Jésus Christ garantit sa cohésion, les croyances par lesquelles cette confiance s'expriment progressent, varient selon les circonstances, les temps, les lieux... Elle n'existe pas pour elle-même et n'est qu'une structure provisoire. La pratique de l'Évangile sur laquelle elle se fonde est une mise en mouvement et donc forcément une source de transformation.

...et diverse Dans le protestantisme, on parle souvent des Églises. Ce pluriel témoigne que la communauté spirituelle, d'une part fondamentalement unie sur les questions de la grâce première et de l'importance primordiale de la parole, est dans le même temps traversée par des courants très divers. L'Église protestante, c'est comme une grande famille répartie dans des maisons différentes. Valoriser cette pluralité dans l'unité, c'est se nourrir de la forte conviction que Dieu ne se réduit pas à ce qu'on peut dire ou croire de lui, il nous échappe toujours. La diversité des pratiques, des organisations institutionnelles, des structures, des confessions de foi, des célébrations est aussi une façon de se prémunir contre toute forme d'arbitraire théologique.

Église invisible aussi
Invisible dans sa réalité profonde, elle regroupe sans distinction tous les enfants de Dieu tous déjà rachetés auprès du Seigneur, dans un réseau qui est appelé à s'étendre jusqu'aux limites de l'espace et du temps.
La reconnaître invisible c'est concevoir qu'elle nous échappe. Opérer un tri est impossible, on ne peut pas placer une limite qui discriminerait en les séparant, les "vrais croyants" et les présumés infidèles. On ne doit pas localiser l'Église, la réduire à sa visibilité institutionnelle, tracer ses frontières, dire où elle n'est pas. Zwingli affirmait déjà en son temps que les yeux des hommes ne discernent pas ceux qui croient. De toute façon, le peuple de Dieu n'a pas vocation à exclure mais à accueillir.
L'Église est donc une (au-delà de ses diversités), universelle, (elle dépasse toutes les frontières) et seule connue de Dieu. Cette notion d'invisibilité de l'Église trouve son fondement dans l'idée primordiale d'un Dieu libre et souverain qui se révèle où, quand et à qui il veut.

Sa vocation ? Offrir du sens dans la rencontre...
A travers son culte, sa prédication, ses engagements et son enseignement, l'Église rend l'Évangile signifiant et montre combien la Bonne Nouvelle est une parole pour nous, aujourd'hui. Proclamant l'Évangile, elle rend compte de ce qu'il a de nouveau et de capital pour la vie des humains. Elle enseigne la réalité de la grâce de Dieu et proclame le salut pour tous.


Laurent Schlumberger (Sur le seuil, Ed Olivetan) affirme que l'Église demeure bien trop souvent une tribu fermée et réservée à ses membres patentés, alors qu'en raison de sa nature missionnaire elle devrait s'ouvrir et comprendre qu'elle n'existe que pour ceux qui n'y sont pas. L'Église n'est vraiment à sa place que sur le seuil, entre les frontières où peuvent se passer les événements de rencontres.


" Notre premier travail n'est pas de nous regrouper par affinités, par espèces, par classes, par goûts, par races, ou par situations, mais de tirer ensemble, tous ensemble le filet du Royaume. Et de nous souvenir que le seul regroupement indiscutable, sans équivoque, restera celui du culte. Une fois cela bien admis, on peut faire les groupes que l'on veut. " Alphonse Maillot.

Pour aller plus loin...

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