Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

La bibliothèque de Nag Hammadi
Gnosticisme


Gnose est la transcription du terme grec qui désigne la connaissance.


Les chercheurs modernes désignent par "gnosticisme" le courant théologique et philosophique, marginal et influent qui, dans un contexte de foisonnement et de fermentation religieuses, s'est développé dans l'Empire romain parmi les cercles ésotériques chrétiens du 2e siècle après JC jusqu'au 4e siècle. À l'époque il n'était pas une hérésie au vrai sens du terme puisqu'une hérésie se définit par son écart par rapport à un dogme. Or à l'époque il n'y avait pas de dogme, le christianisme non uniforme était extrêmement divers et chacun comprenait le message en fonction de sa culture et de son éducation. Ce mouvement gnostique était très complexe car il existait un grand nombre de groupes gnostiques avec des points de vue différents, si bien que certains chercheurs pensent qu'on ne peut pas parler du gnosticisme comme d'une seule et même doctrine.

C'est la découverte en 1945 en Haute Égypte d'une cinquantaine de manuscrits coptes désignés par "bibliothèque de Nag Hammadi" (dont l'évangile de Thomas), qui a permis de saisir un pan entier de cette forme du christianisme primitif mal connue, en donnant des témoignages directs. Le canon biblique du Nouveau testament, pourtant représentatif de la variété du courant chrétien, ne comporte en effet aucun texte gnostique. Ce sont aussi les textes très polémiques écrits par les Pères de l'Église à l'encontre de ce courant, qui ont permis de le connaître (sources indirectes).

Ce mouvement syncrétique aux racines juives mais aussi platoniciennes et païennes et qui s'inspirait également des religions à mystères, n'a pas de fondateur ; il n'est lié ni à un peuple, ni à un écrit (on dispose d'une infini de textes gnostiques) ni à un canon. Il n'a sans doute jamais existé comme mouvement unifié et les chercheurs modernes ne pensent pas qu'il ait été une religion. Il est donc très difficile à définir sinon par une pensée spécifique et par des points communs aux différents groupes.

Le courant gnostique proposait une compréhension personnelle de l'ordre de l'univers et cherchait à définir les rapports entre les hommes et Dieu. Pour cela, il utilisait souvent une mythologie complexe à la terminologie obscure. Il "démonisait" la Création en affirmant que le monde était imparfait par nature, que l'existence matérielle était cause de souffrance et que l'auteur de la Création était forcément mauvais. Pour eux, le Dieu qui avait créé le monde devait nécessairement se dissocier du Dieu véritable et transcendant. Ils pensaient que d'une manière ou d'une autre l'être humain, entravé par sa condition humaine et vivant dans le monde matériel mauvais, était pourtant originaire du Dieu vrai (dualité de la nature humaine). Le but de l'existence était alors de s'échapper au monde matériel, de se libérer des contraintes de la chair et d'échapper à l'histoire. Cette nostalgie d'un autre monde était alimentée par la tradition platonicienne. D'autre part l'Empire romain étant immense, c'était un monde sur lequel on n'avait pas l'impression de pouvoir agir, et cela renforçait l'idée d'un autre lieu de référence que celui où l'on vivait. Les gnostiques refusaient donc l'idée d'un Royaume terrestre. En cela ils se différenciaient nettement du courant apocalyptique pour qui le Créateur était le seul vrai Dieu, la corruption du monde venant du Diable. Les apocalyptiques croyaient possible la transformation du monde matériel et comptaient sur l'intervention de Dieu pour que le monde devienne la bonne Création de Dieu, son Royaume.

Pour le courant gnostique, l'homme devait libérer l'âme de sa prison corporelle. Le salut s'obtenait par la connaissance de réalités divines cachées et c'est la connaissance approfondie de l'homme qui pouvait conduire à ces révélations. Le gnostique expliquait sa différence par rapport aux autres en affirmant qu'il y avait en lui une particule spirituelle divine qui le rendait consubstantiel à la divinité elle-même, étincelle divine dont la plupart des humains n'ont pas conscience. C'est cette connaissance libératrice qui devait permettre au gnostique sa remontée vers Dieu (souvent grâce à des rites religieux) et lui donner le salut car à partir du moment où il avait conscience de posséder "un brin d'Esprit", il pouvait reconnaître que cet esprit survivrait à sa mort et donc il était sauvé. Dans cette perspective, le salut ne venait pas de la mort et de la résurrection de Jésus, seules la vérité et la véritable connaissance menaient au salut. On appelait "gnostiques" ceux qui prétendaient détenir cette connaissance réputée "supérieure" à celle des autres, et qui eux-mêmes catégorisaient les personnes en trois groupes selon leur degré de connaissance. Ils posaient un sérieux problème aux Pères de l'Église car même si la personne gnostique pouvait être d'accord avec les croyances d'un autre chrétien, elle prétendait posséder la véritable connaissance et avoir une interprétation secrète de ce savoir (Révélation intérieure). Ceux qui prônaient ces doctrines se réclamaient de connaissances réservées et se présentaient comme des élus.

La plupart des gnostiques se considéraient comme des chrétiens. Tout en continuant à participer à la grande communauté chrétienne, ils se réunissaient sans doute aussi en groupes restreints pour suivre des enseignements secrets et rituels. Ils refusaient d'assimiler le Dieu de l'Ancien testament au Dieu du Nouveau testament et développaient une interprétation très personnelle du ministère de Jésus : selon eux, cet envoyé du Père devait libérer les âmes emprisonnées dans les corps en leur apportant une connaissance salvatrice venue d'en haut. Jésus n'était pas mort sur la croix, mais monté vers le royaume divin d'où il était venu. Les gnostiques ne s'intéressaient qu'à la divinité de Jésus et s'éloignaient de l'idée d'un Dieu s'incarnant.

La Gnose -c'est avec ce terme très polémique que les Pères de l'Église désignaient ce courant- eut une grande influence et en raison de ses orientations intellectuelles, il attirait de nombreuses personnes cultivées. Les historiens actuels soulignent que même si les interprétations des gnostiques se sont révélées erronées, les gnostiques, en véritables théologiens, (Valentius qui fonda les écoles d'Alexandrie, Marcion, Bardasane) eurent le mérite d'accomplir un travail de rationalisation et un effort intellectuel, repensant les évangiles et les épîtres dans les termes de la culture de leur temps. Il est apparu que c'était la bonne façon de penser la nouveauté religieuse qu'était le christianisme.

Mais les mouvements gnostiques, qui se répandaient un peu partout, (Syrie, Proche Orient, Palestine, Égypte, Occident) représentaient un risque énorme pour l'Église car ils mettaient en danger ses structures de base : Si j'ai en moi un fragment de Dieu, je suis sauvé et je n'ai plus besoin de l'Église, ni de sacrement. Il n'y avait plus nécessitéd'une hiérarchie ecclésiale, ni d'un enseignement. Les Pères de l'Église (Irénée, Hippolyte, Tertullien) ont combattu avec virulence la vision gnostique pessimiste qui préconisait le détachement à l'égard des choses du Monde et de l'histoire. Ils ont beaucoup écrit contre les sectes gnostiques, les accusant de ne pas être fidèles à l'enseignement des apôtres et de causer la perte d'un grand nombre en les détournant de Dieu. Ils blâmaient leur lecture très allégorique des Écritures qui supprimait la portée historique des écrits bibliques. Ils leur reprochaient aussi leur rejet de la Loi (une mauvaise Loi selon les gnostiques qui l'attribuaient au Dieu Créateur). Ce rejet impliquait une coupure très forte avec le judaïsme, et par conséquent il remettait en cause la continuité que les Pères s'appliquaient à maintenir entre les deux testaments.

Au fur et à mesure que la théologie chrétienne orthodoxe se développait, les enseignements du courant gnostique perdirent de leur influence. Mais surtout les condamnations et persécutions de plus en plus dures de la part des Églises chrétiennes obligèrent les groupes gnostiques à se cacher et à disparaître. Certains aspects de la vision du monde gnostique ont périodiquement réapparus sous de nombreuses formes (manichéisme, hérésies médiévales, mystique juive médiévale connue sous le nom de cabale, alchimie de la Renaissance, existentialisme, nihilisme...)

Pour aller plus loin : L'Apocalypse, une série de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, (épisode 6), Arte Vidéo, 2008
(Une partie de ce travail s'appuie sur ce document)
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