Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Hippert : La femme adultère
Jugement de Dieu

Si le juge était juste, peut-être que le criminel ne serait pas coupable. Fiodor Dostoïevsi, Les Frères Karamazov

Le mot...

Jugement vient du latin judicamentum. La forme verbale judicare est composée de jus: droit et dicare: dire.
En grec, jugement se dit Krisis et la signification du mot est très intéressante : au départ, le sens est séparer, distinguer, choisir, décider, trancher. Et par la suite : juger, résoudre, interpréter. À la croisée du jugement et de la déision, la Krisis c'est donc le moment décisif où se joue la guérison ou son contraire, la crise salutaire ou la catastrophe.

Les concepts de jugement divin et de jugement dernier ont souvent été utilisés pour nourrir une pastorale de la peur (l'expression est de l'historien Jean Delumeau). On agitait la menace d'une damnation éternelle dans un enfer où Dieu infligerait de terribles sanctions pour punir les mauvais comportements, on essayait de moraliser la société, on voulait faire réfléchir le pécheur pour qu'il se tourne vers Dieu, et... on oubliait de parler de l'amour de Dieu.
Puisque l'usage de ces notions a été tellement pervertie, plus tard s'est déployée une prédication soft qui pour plaire et rassurer, ne parlait plus du tout de jugement : à la fin des temps, tout le monde était sauvé par la miséricorde infinie de Dieu, un papa-gâteau qui pardonnera de toute façon toutes les fautes. Mais une telle doctrine est destructurante et intenable. Comment imaginer que Dieu accepte et valide tout, ne fasse aucune différence entre le bien et le mal, place l'opprimé et son oppresseur sur le même plan et garde pour l'éternité la violence, l'injustice, le mal ? Et comment un tel Dieu pourrait-il dire le sens de l'histoire humaine ? Si on abandonne la notion de jugement, de quelle manière pourrions-nous déchiffrer les Écritures là où il y a bel et bien des bons et des mauvais, des sauvés et d'autres qui ne le sont pas, des tris, bref, un enjeu de salut ?
Il nous faut bien admettre cette tension entre jugement et grâce manifestée en Jésus Christ...

Une Bonne Nouvelle ce jugement là ?

Et que peut-il signifier au juste dans nos vies ?
  • L'idée de jugement divin dit d'abord que Dieu peut se mettre en colère contre un monde barbare, qu'il ne ferme pas les yeux sur le mal, la souffrance et l'injustice puisque ceux-ci au bout du compte ne l'emporteront pas...au paradis ! Le jugement dernier annonce la destruction définitive du mal et signifie que l'histoire humaine a bien un sens. " Le bon juge condamne le crime sans condamner le criminel" (Sénèque).
  • Cet événement énonce aussi avec force que nous les humains, nous pouvons distinguer et choisir entre le bien et le mal, nous sommes des êtres libres et responsables dont les actes ont une portée sur la vie. On ne peut pas plaider pour la liberté de l'homme et oublier que le corollaire de celle-ci est la responsabilité de l'homme, nous devrons rendre des comptes par rapport à ce que nous avons fait de cette liberté.
  • Vallotton : JobD'après Raphaël Picon, sur un plan plus existentiel le jugement dernier peut désigner un moment décisif de nos vies où nous comprenons l'erreur que nous avons faite, " cet instant fatidique où nous prenons la pleine mesure d'une faute commise ". Plus rien ne sera désormais comme avant, et cette expérience, éprouvante parfois, cette crise, est le passage obligé vers une réconciliation avec soi-même qui seule peut nous remettre debout. C'est le sens de la Krisis grecque.
  • Ce jugement dit dernier n'est pas forcément dernier sur un plan chronologique (ce serait le dernier dans le temps), mais plutôt dans son aspect de jugement suprême. Il est celui qui énonce sans recours possible la vérité absolue de ce que nous sommes, Dieu sonde les cœurs et les reins clame le psalmiste (Ps 7/10 ). Cela signifie que nous n'aurons pas le dernier mot sur nous-mêmes et sur les autres. Nous jugeons quant à nous de façon lacunaire et approximative, et personne ne peut se trouver réduit, pris dans les filets des opinions humaines portées sur lui puisque c'est Dieu qui dira le dernier mot. (Raphaël Picon)
  • " Ne jugez point afin de n'être point jugés car on vous jugera comme vous avez jugé, et l'on se servira pour vous de la mesure dont vous mesurez les autres ". (Mt 7/1 et 2)

Alors, qu'est-ce qui se joue dans le jugement divin ?

Paradis et délices contre enfer et damnations éternelles ? Non, répondent aujourd'hui bon nombre de théologiens, il ne s'agit pas de cela. D'abord, parce que Jésus donne très peu d'indications sur cette question, inutile donc de spéculer ! Ensuite, Jésus montre très clairement que c'est notre présent qui est en jeu, et que notre vie se joue ici-bas sur terre. Et surtout, parce que le bon et le mauvais, le bon grain et l'ivraie de la parabole de Matthieu 12, sont entremêlés en chacun-e de nous, et que le tri ne se fera qu'entre ces deux dimensions portées par chacun-e de nous. Les images utilisées par les Écritures pour parler du jugement se réfèrent plutôt à la notion de purification de la personne, bien plus qu'à l'idée d'un classement, une sélection entre les individus qui seraient classés de façon réductrice en totalement bons ou totalement mauvais :
  • Le jugement est parfois comparé à un pressoir qui recueille le jus du raisin et élimine ce qui ne vaut plus rien (la peau et les branches du raisin) : Saisissez la faucille, Car la moisson est mûre! Venez, foulez, Car le pressoir est plein, Les cuves regorgent ! Car grande est leur méchanceté (Joël 3/13)
  • Il agit parfois comme le feu qui purifie : " Il y a en nous des choses à brûler, à éliminer, à purifier, et d'autres à ranimer pour qu'elles réchauffent. Dans ce chapitre 12 de l'évangile de Luc, c'est un peu le purificateur qui débarrasse toute vie, toute action humaine, de ses oripeaux de mensonges, de ses calculs égoïstes... " (extrait d'une prédication).
  • Il peut aussi intervenir comme l'opération de vannage du blé qui retire l'inutile paille : Il a son van a la main ; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point. (Luc 3/17)
" Ainsi, la limite entre ce qui est sauvé et ce qui est perdu, ne passe pas entre les hommes pour les séparer les uns des autres, mais en chacun de nous. " (Louis Pernot).
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