Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Cohen: la femme adultère
Justifier, la justification, justice

Le mot...

Dérivé du latin justitia qui vient de justus : conforme au droit, lui-même provenant de jus/juris: le droit.
En grec justification = dikaioô, justice = dikaiosynè.
En hébreu : tsedaqah.
Étymologiquement, justifier c'est " faire (facere) juste " ; c'est rendre juste ou conforme à une norme quelque chose qui est injuste ou en écart par rapport à cette norme. En parlant des personnes, c'est mettre hors d'inculpation.
En imprimerie, on justifie une ligne en la mettant à la longueur requise au moyen des " blancs ", pour la rendre conforme au modèle voulu.

Le principe de la justification a occupé une place très importante dans la prédication de Luther. Ce moine a affirmé que malgré sa condition de pécheur impardonnable, l'humain est sauvé par la seule grâce de Dieu, par le moyen de la foi ; La justice de Dieu est tout le contraire d'un système de rétribution qui récompense ou punit selon les mérites, et dans lequel l'humain pourrait faire quelque chose pour gagner son salut.

Comment l'être humain peut-il se tenir debout dans la vie face à Dieu, face aux autres et face à lui-même, dans une juste relation et à une légitime place ? Comment et où peut-il trouver son identité et sa dignité de personne humaine ? Ces questions peuvent étonner, ou paraître illégitimes et absurdes car certaines manières de comprendre l'histoire biblique laissent croire que parler de Dieu, cela équivaudrait forcément à écraser l'homme. Encourager l'homme debout, ce serait forcément chasser Dieu de notre vie. Penser cela, c'est concevoir les relations entre Dieu et l'homme comme une sorte de jeu d'oppositions, de contrepoids : Dieu ou l'humain, quand l'un pèse cela ferait diminuer le poids de l'autre, quand l'un entre en ligne de compte, l'autre ne pourrait que disparaître.

Pourtant Les Évangiles nous racontent une toute autre histoire, une histoire traversée par les interpellations et les paroles de Jésus Christ qui sans cesse remettent l'humain debout et lui redonnent sa dignité : " Va et ne pêche plus. Lève-toi et marche. Va tes péchés te sont pardonnés. Viens et suis-moi ".... Ces rencontres bouleversantes en Christ nous font découvrir que Dieu le Père nous accueille et nous aime de manière inconditionnelle, il nous donne une identité de fils et de filles de Dieu.

Que dit ce principe de justification ?

C'est Dieu qui justifie. Dieu dit quelque chose à mon sujet. Alors qu'un juge humain appliquant la justice humaine inculperait le coupable et justifierait l'innocent, Dieu, parce qu'il est juste et qu'il tient ses promesses, déclare que le pécheur n'est pas coupable ; et cet acte de me justifier restaure ma dignité, en quelque sorte je suis re-ajusté (au sens de la ligne en imprimerie) dans une juste relation avec lui, dans une relation d'amour et de confiance dont Dieu en Jésus Christ a seul pris l'initiative.
"Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie. " (Rm 8/33)
"Puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu qui va justifier les circoncis par la foi et les incirconcis par la foi." (Rm 3/30)

Aux yeux de Dieu je suis justifié-e sans référence à mes œuvres et en dehors de toute comparaison avec autrui.

La justice chez les Grecs fonctionnait autour du principe : À chacun-e son dû selon ses qualités ; chacun avait ce qu'il méritait, l'ordre régnait et la justice était respectée. Le monde environnant, perse, égyptien ou juif, fonctionnait de la même manière.
Ainsi le pharisien en Luc 18, tout scrupuleux qu'il est de respecter la loi et les pratiques religieuses, se tient debout dans le temple, bien assuré, pour prier ; il pense être irréprochable et méritant ; il peut se tenir bien droit devant Dieu, sans trouble, complaisant envers lui-même car satisfait ne pas être comme le reste des hommes. Mais la Justice de Dieu ne fonctionne pas comme cela, elle n'obéit pas aux règles de la réciprocité, au contraire elle renverse complètement ces façons de penser. La parabole raconte que c'est le collecteur d'impôts qui sera justifié, celui qui n'ose pas lever les yeux vers le ciel, celui qui dans la prière reconnaît ses insuffisances, qui demande pardon, qui compte sur la bienveillance de Dieu et s'appuie sur elle. Il peut se tenir debout, en confiance devant Dieu, sans avoir à prouver quoique ce soit car il est sans condition au bénéfice de la Justice de Dieu.
Le pharisien se croit justifé sur le dos des autres (Alphonse Maillot), justifié par comparaison méprisante avec le péager, par disqualification des autres. L'histoire montre qu'il a tort...
Cette parabole, comme tant d'autres, redit comment nous sommes appelés à naître à une manière nouvelle d'exister parce que le Christ nous met en chemin vers la juste relation avec Dieu.
C'est un renversement complet qui remplace la recherche des vertus humaines par la seule acceptation reconnaissante d'une grâce. Ce message nous libère car l'être humain n'a plus besoin de mériter son droit à l'existence ou de fonder son identité par des performances, des compétitions et des réussites en tout genre.

Je suis justifié-e par le moyen de la foi

" Sachez-le donc, frères, c'est grâce à lui (le Christ) que vous vient l'annonce du pardon des péchés, et cette justification que vous n'avez pas pu trouver dans la loi de Moïse, c'est en lui qu'elle est pleinement accordée à tout homme qui croit. (Actes 13/38 et 39)

L'attitude du collecteur d'impôts témoigne qu'il faut seulement croire et se repentir pour être au bénéfice de la Justice de Dieu. Les deux vont ensemble. Personne n'est justifié avant d'avoir cru, et croire, cela équivaut à être justifié tout de suite. Ainsi, le salut nous est donné dans cette attitude, lorsque nous nous tournons vers Dieu dans la foi et dans la quête de son amour. " Justifié par le moyen de la foi " : La foi est ici à entendre comme l'expérience vive d'être rencontré par le Dieu de Jésus Christ qui en a l'initiative ; elle n'est pas un moyen ou une disposition interne relevant des œuvres qu'il nous faudrait acquérir pour recevoir la grâce.
La séparation des justes et de ceux qui ne le sont pas qu'évoquent bien des textes bibliques, pourrait alors bien être celle qui distingue ceux qui acceptent et ceux qui ne reconnaissent pas la justice de Dieu, au sens de la foi.

La justice de Dieu ainsi comprise est bien déroutante, elle fonctionne selon une autre logique que celle des humains et renvoie souverainement à Dieu et non à l'homme.
L'idée que nous sommes sauvés à notre insu (la justice de Dieu est passive disait Luther), se heurte à nos résistances profondes. Nous qui aimons tant maîtriser les événements et organiser nous-mêmes nos propres systèmes, nous ne sommes pas toujours prêts à recevoir ce " quelque chose qui nous dépasse ".
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