Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Loi

Le mot...

Du latin legem (dont le premier e est long), mot que les étymologistes latins rattachent à ligare (avec un i bref) et traduisent par "ce qui lie". Dans ce cas, la lettre "e" de legem se serait transformée en un "i", mais on en ignore la raison. Quant à situer l'origine à partir de legere (premier e bref), le changement de "e" bref en "e" long pose problème aussi. L'origine du mot est donc quelque peu incertaine.
L'hébreu torah qui est traduit par loi, provient d'une racine dont la signification est " instruire, enseigner ".

Le mot "loi" évoque tout naturellement pour nous un concept abstrait, juridique ou philosophique qui se caractérise par son côté obligatoire et contraignant (lois naturelles auxquelles personne n'échappe, nul n'est censé ignorer la loi, etc...).
Pourtant la torah, formée par les 5 premiers livres bibliques qui constituent eux-mêmes le Pentateuque, résonne tout différemment.

Dès l'origine, loi, alliance et libération se déclinent ensemble.

  • Le Pentateuque désigne primitivement l'enseignement du prêtre ou du père de famille au sujet de ce qui est vrai, juste et bon, et dans tous les cas, sa finalité c'est la vie et le "vivre ensemble": choisis la vie, afin que tu vives.(Deutéronomet 30/19.)
    La torah est bien plus qu'une liste de préceptes particuliers à suivre rigidement, bien plus qu'une chartre écrite. C'est un texte identitaire et vital (ta loi est au fond de mes entrailles, dit le psalmiste au Psaume 40/9) qui offre le contenu de ce qui doit être enseigné et transmis de génération en génération.

  • Kees : La sortie dEgypte Pour les auteurs de ces livres bibliques, toutes les révélations de Dieu forment une unité inséparable. La sortie d'Égypte et le don de la loi au Sinaï en sont les deux événements-clé, les deux faces de la même intervention libératrice de Dieu. Toutes les lois se réfèrent à la sortie d'Égypte, se fondent sur elle, toutes découlent directement de cet événement fondateur, de cette libération dont Israël a bénéficié : "C'est moi le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.", est-t-il rappelé en Exode 20/2 juste avant l'énoncé des 10 Paroles (ou Décalogue).
    La loi émane vraiment de la libération et si le peuple est délivré ce n'est pas en raison de son obéissance aux prescriptions, c'est parce que l'alliance engagée par Dieu avec son peuple a précédé la loi : "Parce que tu as été délivré, comporte toi ainsi, selon les paroles qui te sont données" est-il dit en quelque sorte. D'ailleurs les tables de la loi sont aussi appelées tables de l'alliance.

  • La loi ouvre sur un projet d'avenir, sur un futur, sur la promesse divine qui déjà à Abraham déclare que ce peuple choisi par Dieu aura une descendance et une terre, le pays de Canaan. Cette promesse est essentielle pour comprendre que certains interdits (notamment les interdits sexuels) visaient à protéger la descendance légitime, future héritière de la terre de Canaan, afin que l'identité du peuple ne soit pas mise en danger. Autre exemple, lorsque Moïse constate qu'après avoir mangé du porc en plein désert certaines personnes du peuple sont très malades, il crée une loi établissant que cette viande est impure et interdisant sa consommation pour protéger la vie physique de son peuple.
    En fait les commandements ne visent pas à assujettir un peuple à un Seigneur tyrannique, tous ont pour but de rendre possible, réelle et durable une vie de liberté. Et tous font sens selon cette perspective.

  • Dans le judaïsme, La loi n'est jamais séparée de Celui qui en a fait don. Elle figure la présence de Dieu, elle coïncide avec Dieu qui préside à son destin. Ce fut particulièrement vrai après la dispersion du peuple désormais privé de son royaume et de son Temple. Quand les Juifs revinrent de la captivité babylonienne et que leur identité fut mise en danger, ils se rassemblèrent pour une lecture communautaire et re-vitalisante de la loi (Néhémie 8).
Ainsi dans le Premier testament déjà, la loi ne forge pas un univers de légalisme pointilleux et rigide, elle équivaut à une libération offerte, et sa fonction même est de rendre possible la liberté : "Nous avons reçu le commandement d'être libres." affirme le théologien Maïmonide au douzième siècle.

Les deux dimensions la loi :

Du point de vue de son contenu, la loi de Dieu se rattache à une double dimension :
Vivre avec Dieu c'est accepter de le reconnaître comme seul Dieu, souverainement libre, (les autres dieux ne sont que des idoles, pâles reflets de nous-mêmes) qui n'est pas à la disposition des gens et qui échappe à toute prise. C'est aussi admettre que notre vie nous vient d'ailleurs que de nous-mêmes.
Vivre avec les autres selon la loi, c'est cesser de vouloir et de convoiter ce qu'ils possèdent, c'est sortir des rapports mimétiques de jalousie, de rivalité et de destruction d'autrui, c'est quitter la relation d'appropriation et entrer dans une relation de reconnaissance et de respect où les différences sont acceptées et préservées.

Mais le légalisme a perverti ces deux dimensions et la loi est devenue un joug

Les hommes, croyant de manière illusoire utiliser la loi pour être libérés et sauvés, se sont enfermés dans un strict légalisme étroit qui place les lois au-dessus de Dieu et des êtres humains. Quand le légalisme parle, il dit : tu dois, tu ne dois pas, tu seras béni si tu fais cela, tu seras maudit si tu ne fais pas cela. C'est contre cet univers sévère et exigeant que Jésus n'a cessé de se dresser. Et toute sa prédication déniche, déloge et dénonce subtilement et parfois durement les différentes formes que peut prendre ce légalisme, et notamment :
  • L'hypocrisie qui s'attache aux détails, qui prend la loi au pied de la lettre et fait semblant d'ignorer l'essentiel, la justice, la miséricorde, l'amour. À la suite de tous les prophètes, Jésus accuse ceux qui respectent formellement la loi mais font régner l'injustice : Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, vous qui versez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, alors que vous négligez ce qu'il y a de plus important dans la loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. C'est ceci qu'il fallait faire, sans négliger cela. (Mt 23/23)
  • Le moralisme qui dévoie le vrai sens de la morale : au nom de l'obéissance à la loi, il impose un joug insupportable aux autres sans s'y soumettre lui-même. Bien plus, le système rigide de prescriptions mis en place permet à ses adeptes si habiles dans l'art de la condamnation d'exercer un pouvoir sur les autres et de les dominer. De repère, la loi se transforme alors en absolu ou en instrument de pouvoir. Pourtant, "le Sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat" dit Jésus (Marc 2/27).
Cette question du Sabbat pour laquelle Jésus s'est tellement fâché montre bien comment la loi a pu devenir un moyen d'éviter la volonté de Dieu et de culpabiliser autrui. Le Sabbat a été offert au peuple pour le repos tranquille des hommes et pour fêter la libération de toute aliénation. Or il donne lieu à tout un tas de commandements, divisés eux-mêmes en sous commandements et interdictions compliquées. Il débouche même pour les scribes et les pharisiens sur des comportements d'espionnage et de condamnations des petites gens. Établi pour que l'humain puisse s'épanouir, il paralyse. La loi peut devenir ainsi une sorte de piège.

Dépasser la Loi

Toute la prédication de Jésus et toute son existence mettent donc en cause ces pratiques rituelles qui rendent le peuple esclave et captif. La loi a perdu sa vitalité originelle et produit le contraire de ce qu'elle vise. Et Jésus va plus loin. En poussant la loi jusqu'à ses extrémités les plus lointaines, en demandant par exemple au jeune homme riche de radicaliser sa pratique de la loi, il la rend inapplicable, comme au-delà de nos propres forces. Il veut ainsi détruire toute prétention humaine à l'accomplir réellement et totalement car elle ne peut pas être une fin en soi.

Jésus ne cherche pas à supprimer la loi, "je ne suis pas venu pour l'abolir" dit-il, il lui reconnaît sa fonction structurante de repère et de balise, mais il enseigne très vivement sa fonction mobilisatrice de mise en mouvement. La loi nous oblige à un déplacement, à un décentrement, elle nous détache de nous-mêmes et nous pousse à sortir de nos enfermements narcissiques pour nous tourner vers autrui. Elle doit se pratiquer dans un esprit d'amour : "tu aimeras ton Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi-même". En affirmant que le Fils de l'homme est Seigneur même du sabbat (Marc2/2,8), Jésus montre que quelque chose surpase le sabbat-loi : c'est l'autorité du Fils de l'homme qui est maître de la loi parce qu'il lui donne une dimension christologique (Elian Cuvillier).

L'apôtre Paul, dans ses Épîtres adressées plus tard à l'Église naissante, a fait tout particulièrement vibrer cette nouvelle compréhension de la loi, nous incitant, nous bousculant aussi quelque peu, à passer de "l'ancienneté de la Lettre" (ou loi du péché) à "la nouveauté de l'esprit". Cette loi de l'Esprit nous ouvre à une possible reconnaissance de la grâce de cet Autre qui m'apprend que je n'ai pas besoin d'être tout pour n'être plus rien. Grâce à Christ, elle nous ouvre un chemin de libération.

" Tout m'est permis, mais tout n'est pas utile ; tout m'est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit " 1 Corinthiens 6/12

Pour aller plus loin...

  • Prédication sur le site à propos du légalisme :"Heureux qui prendra part au repas dans le royaume de Dieu !
  • Prédication sur le site : La loi n'est pas à suivre aveuglément.
  • Eric Fuchs, Comment faire pour bien faire, Labor et Fidès, 1995 195 p.
  • Thomas Römer, le peuple élu et les autres ( l'AT entre exclusion et ouverture) Ed du moulin, 1997,90 p.

  • Et la fréquentation des Écritures...
Retour vers Lexico-théo
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr