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Hagondange - Maizières-lès-Metz



Luc et son évangile


L'iconographie traditionnelle s'appuie sur une vision d'ézéchiel (Ez 1, 5-12) où quatre êtres vivants approchent la majesté divine, pour attribuer à Luc le symbole du taureau. Parce que Luc commence son récit par l'histoire du prêtre Zacharie dans le Temple et que le taureau était l'animal des sacrifices du Temple.

Depuis la fin du second siècle, le 3ème évangile et les Actes des Apôtres sont attribués à un même auteur. Traditionnellement, on considère qu'il s'agit de Luc, le médecin qui accompagnait Paul et qui est mentionné à trois reprises, en Phm 24, 2 Tm 4, 11 et en Col 4, 14. Mais l'auteur de cet écrit ne livre jamais son nom. Aujourd'hui beaucoup de spécialistes doutent que cette œuvre en deux volumes ait été écrite par un compagnon de Paul, car si même si on y trouve des idées pauliniennes, elle comporte aussi des points de vue qui diffèrent beaucoup de ceux de l'Apôtre, en particulier sur le jugement porté sur la loi juive, le caractère de la mort de Jésus et l'imminence de la Parousie.

Selon les auteurs chrétiens du 4ème siècle, Luc était originaire d'Antioche de Syrie et serait mort en Grèce. De nos jours d'autres pensent plutôt qu'il venait de Macédoine car dans le livre des Actes, on se rend compte qu'il connaissait bien l'organisation politique des villes de Philippes et de Thessalonique. Les caractéristiques de son œuvre, la qualité et la maîtrise du grec commun, l'art de raconter dans un style riche et varié, l'emprunt de certains procédés aux historiens et écrivains grecs sont autant d'indices laissant à penser que Luc est un homme cultivé du monde grec, un homme attiré par le judaïsme et qui s'est rapproché de la Synagogue. La géographie palestinienne ne lui semble pas familière et dans son texte il reste même parfois extérieur au monde juif quand il évoque par exemple "leurs synagogues" ou "leur coutume" (la Loi de Moïse). C'est donc au monde hellénique que Luc s'adresse et c'est un véritable défi que de vouloir transmettre le message du Christ de manière intelligible et crédible à des gens qui sont étrangers à l'univers biblique dans lequel Dieu s'est révélé.

Le lieu de la composition de son œuvre reste incertain. Antioche pour certains, Éphèse selon d'autres, ou encore la Macédoine, Corinthe ou Rome. Il s'agit probablement de l'une des communautés fondées par Paul. La date de la fin de la rédaction se situe sans doute vers 80-85, car d'une part la ruine de Jérusalem paraît être un événement du passé et d'autre part les Actes n'évoquent pas la persécution de Domitien qui a eu lieu vers 90.

Pour rédiger son évangile, Luc a puisé dans trois sources documentaires : l'évangile de Marc pour sa structure narrative de base, la Source des paroles de Jésus (source partagée avec Matthieu), et les nombreux souvenirs du milieu chrétien qu'il côtoyait.

L'évangile de Luc offre les pages les plus connues de notre enfance, ses récits évocateurs sont très riches et contrairement aux autres évangiles, ils comportent souvent des introductions et des conclusions. La vie ordinaire des gens y apparaît constamment, avec ses riches et ses pauvres, ses malades, ses mécréants et ses dévots, ses détresses et ses bonheurs, comme si Luc voulait enraciner la Bonne Nouvelle dans notre quotidien. Luc est également le seul évangéliste à débuter son livre par une dédicace à un ami auquel il explique les raisons de sa démarche ainsi que sa méthode.

La construction de ce récit ordonné en trois parties est originale car son auteur déplace plusieurs scènes à une place plus significative pour lui. Ainsi la prédication inaugurale de Jésus dans la synagogue de Nazareth (4, 16-30) se passe plus tôt que chez Matthieu et Marc, sans doute parce que Luc veut montrer dès le début, que le message de Jésus se fonde sur les prophéties et que Jésus est rejeté, refusé par son peuple.

Luc utilise les éléments de la tradition, mais il les choisit et les organise par un travail d'interprétation qui laisse deviner sa pensée. Il envisage les événements de son récit dans la perspective de l'histoire du salut du peuple de Dieu et il inscrit la Bonne Nouvelle dans l'universalité de son temps : par le recensement de César, il fait naître Jésus comme citoyen de l'Empire et il fait remonter la généalogie de Jésus jusqu'à Adam, et de Adam à Dieu (4,38). On peut dire que Luc est l'évangéliste de "l'aujourd'hui du salut" car ce dernier est une réalité toujours actuelle et efficace. Lee mot "aujourd'hui" apparaît 12 fois dans son texte et 10 fois dans les Actes.

Un autre point important de la pensée théologique lucanienne, c'est sa préoccupation constante pour la justice sociale au bénéfice des pauvres, captifs, aveugles, opprimés, lépreux. Ceux-ci sont les destinataires privilégiés de la Bonne Nouvelle. Pour lui, l'Esprit Saint est ce qui pousse à l'accomplissement du projet de Dieu et qui agit avec force en Jésus, et aussi en d'autres personnes. La Bonne Nouvelle, c'est que Dieu vient régner maintenant sur terre, par la miséricorde. Pour être un disciple authentique, il faut opérer des choix radicaux, renoncer aux richesses, prendre sa croix, vivre la charité fraternelle, accepter sa mission. Le verbe "faire route" revient fréquemment dans cet évangile.

La joie est un autre point important pour Luc, elle accompagne la vie communautaire et la vie personnelle de celles et ceux qui se laissent mener par l'Esprit. C'est dans ce sens que Luc souligne et développe la pratique de Jésus de la communauté de table qui est un signe d'accueil festif et réciproque.

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