Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz


Marc et son évangile



Les quatre évangélistes sont représentés sous forme allégorique et Marc est symbolisé par un lion à cause de Marc 1,3 (Une voix crie dans le désert...) et parce que le lion est l'animal du désert.
On sait peu de choses sur Marc. Son évangile demeure un écrit anonyme dont même une lecture attentive ne nous fournit aucun renseignement explicite sur son auteur.
On sait avec certitude que Marc n'a pas fait partie des Douze et qu'il jouissait probablement d'une grande autorité car jamais dans son récit il n'éprouve le besoin de se justifier. Sans doute n'était-il pas un inconnu pour l'Église primitive.

On ne récolte que quelques maigres informations chez les Pères de l'Église (mais contestées par certains), dont les premières se trouvent chez Papias, évêque d'Hiéropolis. Vers l'an 110, celui-ci établit un lien entre le Marc connu par le Nouveau testament et l'auteur du second évangile. Selon lui, Marc serait cet interprète de Pierre qui a reproduit des récits sur Jésus et dont l'expérience missionnaire s'est plutôt déroulée en terre païenne.

Un ouvrage de Hermas composé entre 100 et 150 se réfère également à Marc. Vers 180, Irénée évoque lui aussi ce personnage, affirmant qu'après la mort de Pierre et de Paul, Marc, disciple et interprète de Pierre, a transmis par écrit ce qui avait été prêché par Pierre.

Les traditions anciennes l'identifient au Jean (nom hébreu) Marc (surnom romain) dont parlent les Actes des Apôtres, qui était originaire de Jérusalem et dont la mère, une certaine Marie, abritait la première communauté chrétienne de Jérusalem au moment de la libération de Pierre (Ac 12,12, première référence où apparaît Jean Marc). Les Actes (Ac 12,25) racontent qu'il a accompagné son cousin Barnabé et Paul dans un premier voyage missionnaire ; puis il renonce à accomplir le voyage (Ac 13,5) et se sépare d'eux à Pergé (Ac 13,13). Pour la deuxième mission, Barnabé veut emmener Marc, mais Paul refuse (Ac 15, 36-40). Marc et Barnabé partent alors pour Chypre, tandis que Paul repart pour l'Asie Mineure avec Silas. On le retrouve plus tard à Rome aux côtés de Paul prisonnier (Phm 24), qui le charge probablement d'une mission en Asie mineure (Col 4,10) et finalement le rappelle auprès de lui (2 Tm 4,11). Il est de retour à Alexandrie en 61, trois ans avant la persécution néronienne à Rome. Selon 1Pi5/13, on le retrouve avec Pierre à Rome où on dit de lui qu'il était appelé le "fils très cher" de Pierre, ce qui correspond aux données traditionnelles faisant de lui le compagnon de Pierre et son interprète privilégié.

Eusèbe de Césarée rapporte que Marc aurait été le fondateur de l'Église d'Alexandrie.

L'évangile de Marc est le premier des trois évangiles synoptiques à avoir été écrit. Les renseignements dont on dispose laissent penser que l'évangile de Marc est né au moment de la mort de Pierre et en lien avec lui, c'est-à-dire à Rome, vers l'an 64 au moment de la persécution par Néron. D'autres éléments vont dans ce sens : Marc a l'air de s'adresser plutôt à des pagano chrétiens à qui il était nécessaire d'expliquer les usages juifs (laver les plats de telle manière...) et il traduit les expressions araméennes sans doute pour mieux se faire comprendre. Les persécutions tiennnent une grande place dans ses Écrits, ce qui suppose que la foi de Marc se vit dans un contexte d'opposition et de conflit. C'est une foi pour laquelle il faut prendre des risques.

Mais certains historiens penchent plutôt pour Antioche en Syrie comme lieu possible de sa rédaction.

D'autres spécialistes encore le datent plutôt vers 70 à cause du chapitre 13 où se dégage une grande fièvre apocalyptique, typique de l'an 70. Quant à savoir si l'évangile a été rédigé avant ou après la destruction du Temple de Jérusalem, la question est plus délicate.

Le Jésuite J. O'Callaghan a travaillé sur des fragments de manuscrits de Qumram qui reproduiraient Marc 4,28 et 6,52 et dont certaines caractéristiques (encre, écriture...) permettraient de les situer aux alentours de l'an 50. Cette hypothèse récente de datation reste encore très fragile, elle est discutée, acceptée par certains et rejetée par d'autres.

Les destinataires de Marc vivent une période de trouble et de mutation et Marc a voulu fixer le témoignage des premiers disciples. À cette époque en effet, le contact de l'Église avec les origines de l'Évangile risquait de se perdre parce que la vie des Églises se répandait hors de la Palestine et que la réflexion théologique était influencée par la rencontre de cultures étrangères.

Pendant très longtemps l'évangile de Marc, avec sa syntaxe peu élaborée, a été considéré comme le moins achevé et il fallu un certain temps pour que cet écrit trouve une certaine popularité dans nos Églises. Il ne comporte pas de récit de l'enfance ni de témoignage de l'apparition du Ressuscité, et renferme peu de discours de Jésus aussi développé que le sermon sur la montagne. De plus Marc utilise un grec populaire, un style haché et considéré comme maladroit. Pendant des siècles il fut peu cité par les Pères de l'Église et on pensait qu'il était un simple résumé des trois autres.
Puis à partir du 19e, la théorie des deux sources a conduit les exégètes à s'intéresser davantage au deuxième évangile. Selon l'hypothèse des deux sources, Matthieu et Luc s'appuieraient tous deux sur l'évangile de Marc indépendamment l'un de l'autre et comme on repère des similitudes entre Matthieu et Luc qu'on ne retrouve pas dans l'évangile de Marc, on peut aussi supposer l'existence d'une seconde source qu'on a dénommée source "Q" (Quelle en allemand signifie "source"). On a donc considéré les Écrits de Marc comme un document livrant des traditions dites authentiques pouvant servir à la reconstitution du Jésus historique. Du coup ils gagnèrent en crédibilité. Bien plus, on s'est rendu compte aussi que Marc n'est pas un simple compilateur de traditions, il développe une théologie précise qui lui est propre et il poursuit un but défini.

Ensuite dans la seconde moitié du 20e siècle, l'évangile de Marc est re-étudié et remis en valeur avec la méthode dite de critique rédactionnelle. De nos jours, considérant que Marc est plus proche de l'humanité de Jésus, on revient à lui car on a tendance à mettre entre parenthèses la divinité de Jésus pour s'intéresser plus à l'homme.

Le récit de Marc est plutôt un récit d'actions où les paroles de Jésus s'expriment aussi en actes. Il se présente sous la forme d'une succession de fragments courts dont l'unité ne réside pas tant dans une continuité thématique que dans une contiguïté narrative ; le récit avance par un jeu d'écarts, de déplacements, de progression brisée dans lesquelles on peut repérer les unités formelles faisant partie des récits de la tradition orale. Quand Matthieu reprendra le récit de Marc, il transformera cet agencement particulier du récit marcien, ce qui donnera une toute autre organisation et un récit très différent. Cette sorte de progression brisée typique de Marc se repère dans la gestion de l'espace : Jésus ne cesse de se déplacer, toujours en mouvement, toujours précédant les siens, passant des lieux déserts à la maison, du chemin à la synagogue, du rivage à la montagne. Chaque petit épisode se déroule dans un lieu différent, et ceci dès le début de l'évangile ; dans les dix premiers chapitres, on dénombre ainsi cinquante quatre changements de lieu. Il est fort possible que Marc veuille ainsi nous présenter un Jésus qui nous échappe constamment, un Jésus au sujet duquel la question de l'identité n'est jamais close.

Autre caractéristique de cet évangile, la présence marquée d'une christologie du secret : à chaque fois que les disciples semblent découvrir quelque chose de l'identité de Jésus, Jésus remet en cause leurs déclarations identitaires, devient énigmatique ou donne des consignes de silence, donnant à penser que sa messianité ne doit être révélée qu'après sa résurrection. Tout au long de son évangile, Marc pose la question des initiés, de ceux à qui la révélation est manifestée et rendue accessible, et ceux à qui elle reste cachée. Mais ce statut d'initié et de confident privilégié qu'il établit au début, il le déconstruit peu à peu (Daniel Marguerat) et les initiés deviennent des non-initiés. Il décrit souvent l'incompréhension des disciples face aux événements ou leur refus d'entendre annoncer la passion. Ou encore, quand ils pensent avoir compris quelque chose, Jésus redevient mystérieux. Allant dans le même sens, le mystère de l'identité de Jésus se répand aussi grâce à des personnages marginaux. Mais malgré cette déconstruction du statut d'initié, Jésus reste fidèle à l'égard des disciples.

Aux yeux de Marc, s'installer dans un savoir à propos de Jésus est contraire à l'Évangile. L'itinérance de Jésus et la christologie du secret jouent le même rôle, ils visent à soustraire Jésus de toute emprise. Pour Marc, la foi ne pourra vraiment se dire qu'à partir de la Passion et de la résurrection du Christ, si on la dit avant, on se trompe. Avant Pâques, on ne peut connaître Jésus comme "Christ Fils de Dieu", d'où sans doute cette théologie du secret.

Jean-Marc Babut Pour lire Marc Mots et thèmes Éditions du Cerf, 2004, 265 p.
Guy Bonneau Saint Marc Nouvelles lectures. Cahiers Évangile 117 Éditions du Cerf,
66 p.
Elian Cuvillier L'évangile de Marc. Labor et Fides, 2002, 320 p.
Jean Delorme Lecture de l'Évangile selon saint Marc. Cahiers Évangile 1/2 Éditions du Cerf, 122 p.
Daniel Marguerat L'aube du chistianisme. Labor et Fides, 2008, 525 p.
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