Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Matthieu et son évangile


L'évangéliste Matthieu est symboliquement représenté par un homme (souvent ailé) car son évangile débute par la généalogie humaine de Jésus. Cette représentation allégorique s'inspire de la première vision d'Ézéchiel (1,10) reprise ensuite dans Apocalypse. (chap 4)

Bien qu'occupant la première place dans la succession des quatre évangiles, le récit de Matthieu n'est pas le plus ancien, mais il est celui qui a été le plus souvent évoqué dans l'histoire chrétienne. Il ne fournit aucune information concernant son auteur. Selon le témoignage de Papias qui fut évêque de Hierapolis en Phrygie dans la première moitié du 2ème siècle, c'est Matthieu, l'un des douze apôtres du Christ, qui aurait réorganisé les paroles de Jésus en araméen, mais son texte n'a jamais été retrouvé. Papias pensait que cela autorisait à dire que notre version grecque découlait de ce texte araméen, ce qui revenait à conférer au livre la valeur d'un témoignage apostolique. Comme l'inscription "selon Matthieu" figure en tête des manuscrits grecs en circulation, les premiers chrétiens ont tout naturellement relié le plus souvent ce document à l'apôtre Matthieu. Les anciens Pères (Origène, Jérôme,...) allèrent dans ce sens, pensant donc que l'évangile avait été écrit par l'apôtre Matthieu/Lévi, fils d'Alphée et présenté comme un collecteur d'impôts (Mt 10,3).

Un certain nombre de personnes le pensent encore aujourd'hui, mais la question est complexe. L'hypothèse avancée par certains d'une école matthéenne qui aurait gardé et interprété des traditions évangéliques, ne peut pas être complètement écartée. Quoi qu'il en soit, même si le 1er évangile est emprunt de tradition juive, on ne peut affirmer avec certitude qu'il est d'origine palestinienne et le texte ne permet que de brosser quelques traits possibles de son auteur : Bien au fait des Écritures et des traditions juives, l'auteur connaît bien les chefs religieux de son peuple et il correspondrait assez bien à un lettré juif devenu chrétien.

Cet évangile pourrait avoir été écrit en Syrie, où la synagogue pharisienne était bien implantée et où la foi nouvelle avait aussi pris pied. Quant à sa datation, il n'y a pas de certitude absolue ; selon les exégètes contemporains, elle se situerait dans les années 80-85, parce que la polémique contre le judaïsme synagogal des pharisiens contenue dans ce 1er évangile est proche de celle qui se manifesta à l'assemblée synagogale de Jamnia dans les années 80.

L'évangile de Matthieu est le plus long des quatre évangiles, il comporte 28 chapitres soigneusement organisés qui racontent l'histoire du Jésus terrestre, loin de toute dérive spiritualiste. Parmi les biblistes, il est assez largement admis que Matthieu, comme Luc, a développé et réorganisé le texte écrit en premier par Marc, en y ajoutant des traditions sur les paroles de Jésus et en s'appuyant pour cela sur une autre source disparue, qu'il partage très probablement avec Luc mais indépendamment de lui (la source Q, de l'allemand Quelle, rédigée dans les années 30 à 70). Mais cela reste une hypothèse même si elle offre l'explication la plus satisfaisante. Le texte de Matthieu est une relecture personnelle de celui de Marc, il en livre un récit différent et ne reprend pas la structure fondamentale de la théologie marcienne.

Christ enseignant
Ainsi alors que le Jésus de Marc se déplace beaucoup et se révèle comme Seigneur insaisissable, le Jésus de Matthieu est présenté avec insistance comme le Maître par excellence, l'interprète ultime de la volonté de Dieu s'arrêtant souvent pour de longues stations au cours desquelles il enseigne ses disciples. Matthieu accorde beaucoup d'attention au thème de la suivance qui décrit pour lui la condition de croyant et qui se caractérise par l'écoute de l'enseignement, la communauté de destin avec Jésus et la rupture avec le monde. Tout lecteur de Matthieu se voit donc proposé l'idéal de la suivance dans la figure du disciple et informé des difficultés et des souffrances auxquelles il va être confronté. Pour affronter et assumer ces dernières, il pourra s'appuyer sur le savoir acquis auprès du maître de la Tora et sur sa promesse d'aide, sans perdre de vue la perspective de la conversion des nations païennes.

Matthieu isole deux groupes de personnes, d'une part les disciples occupant une place unique et à qui Dieu donne de connaître l'enseignement et les mystères du royaume des cieux, et d'autre part les autres, à qui la connaissance est refusée car ils refusent d'entendre. L'évangéliste souligne à de nombreuses reprises le lien particulier unissant Jésus à ses disciples qui sont appelés à participer pleinement à la proclamation du Royaume. Ici encore, le rédacteur du 1er évangile appréhende les choses d'une manière différente par rapport à Marc qui lui, ne cesse de déconstruire le statut d'initié privilégié.

Christ, le Seigneur de l'Église
À l'époque où Matthieu rédige son évangile, sa communauté est en quête de certitude car elle vient d'être rejetée de la Synagogue (l'évangéliste évoque à plusieurs reprises "leurs synagogues", "leurs scribes"). Les rapports entre le christianisme et le judaïsme tournent à la rivalité ; les chrétiens, en pleine crise identitaire sont traumatisés et fragilisés et Matthieu cherche à les réhabiliter et les affermir dans leur condition de disciples-lecteurs, gratifiés de la bénédiction de comprendre.

Il s'attache également à présenter les racines juives du christianisme en montrant avec beaucoup de soin que Jésus accomplit ce qu'ont annoncé les prophètes, et qu'il accomplit l'histoire d'Israël en récapitulant toute la destinée du peuple (fuite en Égypte, séjour au désert, ...). Ainsi dans cet évangile les citations du 1er testament sont particulièrement nombreuses, à douze reprises l'auteur interrompt son récit pour souligner que l'événement qu'il rapporte accomplit une prophétie particulière. Matthieu cherche à montrer avec insistance aux communautés destinataires, que le comportement de Jésus et ses paroles s'éclairent par les Écritures, et que Jésus est véritablement le Messie attendu par les Juifs, même si conformément aux Écritures il a été rejeté par les Juifs. Puisque Jésus s'enracine dans la spiritualité juive, ce n'est pas trahir Israël que d'adhérer au Christ.

Mais l'Évangile de Matthieu est aussi placé sous le signe de la nouveauté. La Loi, très souvent citée est soumise par Jésus à une réinterprétation radicale et complètement nouvelle notamment dans le Sermon sur la montagne. La Loi est également débattue lors des grandes discussions de Jésus avec les pharisiens, sur des questions de bonnes fréquentations, de respect du sabbat, de pureté, de répudiation. Pour Matthieu, la justice se cristallise dans un agir éthique humain.

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