Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz
Jean Legrand : Guérison de laveugle-né

Miracles

"Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt."

Le mot
En hébreu : môphet. Dans l'Ancien testament : ôth, qui veut dire signe.
Dans les évangiles synoptiques, miracle est la traduction du mot grec dunamis qui exprime l'idée de "la puissance de Dieu en acte". Quant à l'évangéliste Jean, il utilise de préférence le mot grec sêmeion, signe.

En langue française "miracle" est la traduction du latin miraculum qui provient du verbe miror (être étonné, regarder avec admiration) et qui a donné "mirer" ; "merveilleux" est issu de la même racine. Tous ces termes renvoient donc à l'étonnement de la personne qui regarde le miracle. Or ce sens particulier où nous entendons ce vocable aujourd'hui ne se trouve ni en hébreu, ni en grec, car les mots utilisés dans les Écritures renvoient plutôt à l'auteur du "signe" ou à la manifestation de sa puissance, le plus souvent Dieu lui-même (ils ne renvoient pas à celui qui perçoit le miracle). Ce décalage étymologique laisse déjà entrevoir que le miracle biblique n'est pas donné pour que l'humain l'admire ou s'en émerveille, mais pour qu'il le découvre et qu'il s'applique à comprendre la signification du signe que Dieu lui adresse là.

Les miracles gênent l'homme moderne qui a du mal à croire toutes ces histoires inexplicables du point de vue rationnel et qui les considère plutôt comme un obstacle à la foi. Mais il est bon de replacer les textes bibliques dans leur contexte historique, dans la culture où ils ont été rédigés et selon les visées poursuivies par leurs rédacteurs. Ainsi les nombreux événements extraordinaires qui entourent l'Exode (conquête de la terre promise) ou ceux qui accompagnent l'histoire de Élie et d'Élisée (restauration de l'alliance mosaïque) sont relatés et peut-être amplifiés dans un but particulier, qui était de favoriser la nécessaire transmission et l'ancrage des souvenirs chez les générations successives. Il fallait insister sur la présence protectrice de Dieu dans les événements fondateurs d'Israël, c'est pourquoi sans doute certains prodiges ont-ils été retenus comme signes de la puissance d'un Dieu qui sauve son peuple.


À l'époque de Jésus en Palestine, on n'entretenait pas le même rapport au miracle que de nos jours en Europe. Les récits de cette époque, même ceux en dehors des Écritures, en abondent et attestent que les miracles étaient chose courante. Maisais on ne tenait pas pour messie tout auteur de prodiges. On décrit par exemple des audiences présidées par les empereurs romains, au cours desquelles on leur présentait des malades qui repartaient guéris une fois que l'empereur leur avait imposé les mains. Le Nouveau testament évoque aussi plusieurs personnes qui en Palestine pratiquaient miracles et guérisons (Simon le magicien, Ac 8/9 ; Mc 9/39). Jésus ne fut donc pas le seul à en accomplir. Par ailleurs des guérisons inexplicables sont évoquées dans toutes les spiritualités, dans tous les pays et toutes les religions.

Cependant même si en relatant des miracles, les évangélistes reprennent et utilisent les catégories indispensables qui avaient cours à l'époque, ils présentent un messie qui semble pourtant prendre de la distance par rapport à ces catégories, qui paraît ne pas vraiment les accepter. À plusieurs reprises les rédacteurs des évangiles veulent souligner l'aspect très ambivalent du miracle. Ils laissent entendre que celui-ci ne prouve rien et ne crée pas la foi. Et ils nous mettent en garde contre notre fascination pour le merveilleux, contre la confusion entre surnaturel et spirituel.

Ceci apparaît assez clairement dans les dialogues entre Jésus et les pharisiens qui sans cesse lui réclament des signes ayant valeur de preuve (Mc 8/11-12). Souvent Jésus refuse aux pharisiens (Mt 12/38) ou aux foules de réaliser des miracles de façon automatique, sur commande, à la demande, parce que le miracle ne doit pas être compris comme une démonstration convaincante de sa messianité, ni comme l'exercice d'un pouvoir. Bien plus, quand il opère une guérison inattendue, il recommande aux protagonistes de l'histoire de rester discret ou de ne rien en dire (Marc 5/43) parce qu'il repousse probablement l'idée que l'on se serve de ses miracles pour "faire naître une foi". D'ailleurs une fois l'enthousiasme du moment passé, que deviendrait une foi construite autour de l'exaltation et de l'admiration ? Sans doute aurait-elle constamment besoin d'être re-alimentée par de nouvelles prouesses extraordinaires.

Jésus ne veut donc pas passer pour un thaumaturge. Il renonce à nourrir par des gestes magiques le goût du merveilleux dont les humains sont friands. Il se détourne de tout exploit fabuleux qui pourrait enchanter ou séduire les humains. En s'abstenant de tout ce qui pourrait faire de lui un personnage hors norme ou même un dieu, il se garde de succomber à la tentation de la toute-puissance. Roland de Pury parle de "miracle-piège"... Les évangélistes rapportent à plusieurs reprises comment Jésus, après un acte miraculeux, se retire dans un lieu isolé pour prier seul, comme si prier et retrouver son lien de très grande proximité avec Dieu le préservaient du piège que constitue la tentation du pouvoir.

Mais alors si Jésus n'était pas le seul à accomplir des miracles, s'il refusait que ses miracles soient compris comme des "arguments publicitaires" pour convaincre et attirer les foules ou pour que les gens croient en lui, s'il minimisait tellement leur côté merveilleux, pourquoi les évangiles nous racontent-ils tout particulièrement les miracles accomplis par Jésus ?

Dans l'évangile de Jean où les récits de miracles sont plus rares mais plus développés qu'ailleurs, les miracles sont désignés par un terme qui signifie "signes", marquant ainsi que ces actes de Jésus renvoient à tout autre chose qu'à leur propre réalité, annonçant qu'ils sont porteurs d'une parole dépassant la simple apparence.

C'est pourquoi dit Alphonse Maillot, pour ne pas se tromper de signe, pour bien comprendre le sens du miracle et pour nous décentrer de sa matérialité, il nous faut "lire" la scène dans sa totalité, voir ce qui a précédé l'événement "extraordinaire", porter attention à ce qui a rendu possible la guérison. Souvent le miracle, la guérison, sont la signature d'un bouleversement préliminaire, ils contiennent en quelque sorte une charge subversive qui va entraîner des retournements, des nouveaux regards, des remises en route.

Par exemple certaines rencontres entre Jésus et des personnes marginalisées sont capables de guérir parce qu'elles rompent des peurs, des tabous ou des règles religieuses de l'époque (l'homme lépreux, Mc 1/40). Dans d'autres, c'est la foi des personnes qui les rend capables de transgresser les interdits (Marc 5/24) et de braver l'autorité de Jésus (la femme syro-phénicienne, Marc 7/24). Souvent aussi les miracles cassent le lien établi par la tradition entre péché et maladie (l'homme paralytique, Marc 2/1), entre souffrance et fatalité. À travers eux, Jésus fissure et brise certaines constructions théologiques, il remet en cause de mauvaises compréhensions de la Loi et de la justice de Dieu. Et toujours, les miracles-guérisons offrent l'extériorité d'une parole qui ne se trouve pas dans notre sphère habituelle d'existence (résurrection de la fille de Jaïrus).

Les miracles authentifient le message de Jésus. Ils sont le signe visible du salut pour tous et sans eux cette réalité du salut serait probablement passée inaperçue pour beaucoup de gens. Par exemple, en guérissant l'homme paralytique Jésus annonce concrètement le pardon gratuit que Dieu accorde aux humains en dehors de tout rite préalable.

Les miracles de Jésus agissent donc comme un déclic. Relié às la venue proche du royaume, ils sont au service de la grâce et du salut, c'est-à-dire d'une parole de vie, de libération et d'amour.

Sur le site, quelques prédications autour des textes relatant des miracles :
Lève-toi, prends tes frusques et va ta vie : l'homme paralytique
La vraie guérison n'est pas celle qu'on croit : l'homme lépreux
La prédication de Jésus dérange et fait fuir le démon qui est en nous : l'homme possédé
Quand Élie, Pierre et les foules se trompent de puissance : Jésus marche sur l'eau
Rien ne peut nous séparer de son amour : la multiplication des pains
Le jugement: n'est pas aveugle celui qu'on croit : l'aveugle de Siloé


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