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Chagall : le village et moi
Parabole

Le mot "parabole" est relié au grec parabolê qui a donné le vocable parole (et aussi palabre). Ce mot grec (vraisemblablement introduit dans la tradition évangélique par Marc) est lui-même la traduction de l'hébreu mashal dont le sens est très étendu, puisqu'il pouvait désigner une image, comparaison, devinette, fable, énigme. Autant de paroles dont le sens caché reste réservé aux initiés.
Dans parabolê, para signifie "à côté" et ballein "lancer, jeter" ; la parabole correspond donc à la trajectoire d'un projectile lancé qui retombe à côté de la voie normale. C'est là l'origine du vocable dans le domaine de la géométrie, mais cette étymologie est aussi très intéressante pour notre parabole biblique à qui elle donne un sens tout à fait singulier :

La parabole fait dévier le cours normal des choses et effectivement ces histoires puisées à la vie banale des villes et des champs et qui font entrer en scène des personnages ordinaires, étonnent et piquent notre curiosité en créant souvent la surprise et en rompant avec nos habitudes de penser. Au cours du récit tout ne se passe pas comme prévu, quelque chose de déroutant vient se glisser, de l'inattendu survient au milieu du banal. Beaucoup de prédicateurs prêchent d'ailleurs en prenant comme point de départ cette sorte de surprise de l'histoire, car c'est bien souvent elle qui nous conduit vers les significations profondes de la parabole :
Un berger garde son troupeau et abandonne 99 brebis pour en sauver une seule, un patron embauche et accorde aux ouvriers derniers venus le même salaire qu'à ceux qui ont travaillé toute la journée, un maître de maison offre un dîner de fête et pourtant aucun des invités à la noce ne vient, l'époux d'une noce est très en retard, un Dieu-semeur (qui n'est pas roi !) gaspille la semence en la lançant à pleines poignées dans les endroits pierreux... Assez souvent aussi, l'histoire fait intervenir une sorte d'excès, de prodigalité ou de disproportion qui fait question.

La parabole est une histoire où rien ne se passe comme il serait normal que tout s'achève. André Dumas

Cette forme de récit nous rappelle bien sûr l'enseignement de Jésus qui a abondamment utilisé ce type de narration pour nous faire rentrer le plus loin possible dans le mystère de Dieu et de son royaume. Spécifiquement juive, (pourtant on la repère aussi dans d'autres religions), elle se trouve déjà dans l'Ancien testament qui emploie parfois des récits imagés. Ainsi en est-il de la fable des arbres qui veulent se choisir un roi (Juges 9) ou encore du récit de la brebis du pauvre, récit que Nathan raconte à David pour l'inciter à prendre conscience de certains de ses comportements (2 Samuel 12).
La parabole se différencie de l'allégorie qui elle, est plutôt grecque, et dans laquelle des éléments sont mis à la place d'autres choses pour les symboliser. On décode assez facilement l'histoire allégorique en dévoilant un jeu de correspondances convenues et assez rigides. Le maître c'est Dieu, le terrain ensemencé c'est le croyant, le fils perdu c'est le pécheur, la graine semée c'est la parole etc... Notons que les évangélistes imprégnés de culture grecque, ont parfois utilisé l'allégorie pour déchiffrer certaines des paraboles de Jésus (et l'Église aussi).

Le discours parabolique quant à lui présente une grande richesse. Complexe, pouvant être chargé de plusieurs significations possibles, il est rarement univoque. Son sens est porteur de nouveauté, il n'est ni figé, ni immédiatement donné comme il peut l'être dans l'explication allégorique. Ce sens, nous ne pouvons pas simplement l'entendre du dehors et en nous tenant à distance. Il nous faut le chercher en questionnant l'histoire (et nous-mêmes) ; il s'ouvre plutôt dans une lecture qui fait travailler le texte (et nous-même aussi !) de l'intérieur, comme s'il fallait entrer en résonance avec le récit.
La parabole ne se réduit donc pas à de simples conseils de vie, ou à des illustrations pédagogiques destinées à éclairer concrètement un enseignement. Elle n'est pas non plus un message simple que Jésus destinait aux gens simples pour que son message soit plus accessible.

Des paraboles qui cachent et dévoilent...
À qui s'adressaient ces paraboles ? C'est l'évangéliste Marc qui soulève le plus nettement l'ambiguïté de cette question, notamment dans son chapitre 4. Alors qu'à plusieurs reprises Jésus adresse directement son enseignement aux foules (versets 2 et 3), d'autres passages semblent dire que les paraboles restent des énigmes pour ceux de l'extérieur (versets 10-12), car leur explication du récit n'est accessible qu'aux seuls disciples (v 10 et v 34). Pourtant plus loin l'image de la lampe qui doit briller (v 21-25) suggère bien que la révélation doit s'adresser à tous. Et à plusieurs reprises Marc précise que les disciples, ces intimes initiés qui accompagnent Jésus au plus près, ne comprennent pas grand-chose au message de Jésus (4/41, 6/52, 8/18), ou ne peuvent en tout cas pas l'admettre. Bien plus, l'évangéliste raconte plusieurs épisodes où des personnes extérieures au groupe des Douze se distinguent de la foule et sont capables d'une profonde clairvoyance quant au message libérateur de Jésus (5/25-35 la femme hémorragique, 10/46-52 l'aveugle Bartimée).

Ainsi il semble bien que comprendre ou non la parabole n'est pas une affaire d'intellect ni d'appartenance à un cercle fermé d'éclairés. C'est plutôt une affaire de réception (et revoilà l'un des sens du mot parabole, l'antenne sur notre toit qui reçoit les signaux satellites...) où tout se passe dans la manière dont on entend et admet ce qui semble impossible parce que hors de notre logique : qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !

Non seulement la parabole révèle les mystères de Dieu à qui veut bien les accepter, mais elle fonctionne aussi comme un dévoilement de ce qui existe chez ses auditeurs. Ainsi en est-il pour les pharisiens, (Marc 12/12) qui parfois comprennent que le récit parabolique de Jésus est une sorte de lecture fidèle de leurs comportements, offrant peut-être alors la possibilité de changer radicalement et de se convertir.

La parabole (et non le symbole) en dit toujours plus que ce qu'elle en dit. Alphonse Maillot
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