Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Pur-Impur

Le sens du mot

En hébreu, la notion de pureté est reliée à la racine thr qui étymologiquement décrit ce qui brille, ce qui est clair. L'idée d'impureté est liée à la racine hébraïque tm' dont dérivent des mots signifiant "abominable, horreur..."
Dans le Deuxième testament, c'est le mot katharos (à partir duquel est formé le nom des "cathares", les purs) qui est utilisé le plus souvent pour désigner la pureté (physique ou rituelle).
Purus en latin veut dire "sans mélange, sans éléments étrangers".

De manière générale, est pur ce qui ne porte aucune trace de mélange, est impur ce qui est mélangé. Dans la culture hébraïque, ces deux réalités doivent nécessairement être tenues séparées.

Une grande partie du monde du judaïsme était ordonnée autour de la distinction pur/impur. Dans le contexte de l'Exil ou de la diaspora, les règles de pureté rituelle avaient pour fonction de séparer les Juifs des autres peuples qui les entouraient, afin de ne pas mettre en danger leur identité. Au premier siècle après JC, la Palestine est gouvernée par la puissance romaine et l'empire romain subit lui-même l'influence culturelle helléniste. Le risque d'assimilation est donc grand pour les Juifs aux yeux desquels il était vital d'affirmer leur indépendance et de préserver leur identité en s'enracinant clairement dans le judaïsme. D'autres prescriptions rituelles (dont alimentaires) sont venues se rajouter petit à petit à celles qui existaient dans la Bible hébraïque, afin que les textes de la torah soient adaptés aux conditions de vie nouvelle rencontrées depuis sa promulgation. Ainsi, tous les domaines de la vie quotidienne étaient réglementés. Certaines prescriptions, existant déjà dans les textes, ont fait l'objet d'évolutions ou de réinterprétations. Cette codification minutieuse empêchait que les non Juifs, attirés par le judaïsme, puissent se convertir au judaïsme. Ils pouvaient certes adhérer aux valeurs du judaïsme mais légalement, ils restaient des païens.

Mais avant tout, ce système de pensée construit autour de la distinction pur/impur répondait à un souci sincère de communion avec Dieu : toute personne, pour s'approcher du Dieu saint, devait être en état de pureté totale, d'où ces nombreux rites de purification évoqués dans le Premier testament. Nul ne devait s'approcher de Dieu sans être pur et propre, sous peine de sanction divine. Pour que les prêtres puissent intervenir dans le sanctuaire, ils devaient se purifier à l'aide d'un bassin leur permettant de se laver aussi souvent que nécessaire. Au jour du Grand Pardon, Aaron doit se couvrir le corps de vêtements de lin et puisque ces derniers sont sacrés, il doit se baigner avant de les revêtir (Lévitique 16/4). Les notions bibliques de pureté et d'impureté n'ont pas en soi de signification morale, elles sont à entendre dans un sens plutôt rituel qui désigne l'état d'aptitude (ou d'inaptitude) à rendre un culte à Dieu.
Progressivement, les rites de pureté se sont étendus à tout le peuple avec une jurisprudence très lourde sur ce qui était autorisé et interdit ; à l'époque de Jésus, les règles de pureté du judaïsme rabbinique voulaient, sous l'influence des scribes et des pharisiens, faire que le peuple de Dieu soit un peuple tout entier pur, à chaque instant de sa vie.

Il y avait trois grandes sources d'impuretés :
- ce qui est lié à la mort et au deuil
- ce qui est lié à la maladie (surtout la lèpre qui recouvre sans doute plusieurs types de maladies)
- les écoulements du corps : le sang et ceux liés à la sexualité et la procréation. Selon la conception biblique, ils correspondent à des forces vitales et mystérieuses qui échappent au contrôle humain et relèvent donc plutôt du monde divin. Après avoir été mis en contact avec ces forces, l'être humain doit se purifier non pas parce qu'il a commis un acte immoral, mais parce qu'il a été mis en contact avec le monde de Dieu.
La consommation du sang est interdite de façon absolue car le sang représente la vie. Or on ne peut mêler sa vie à celle d'un autre être vivant ; ainsi toute chair, pour être consommable, doit être vidée de son sang. (Lv 17)

Pouvaient devenir impurs des personnes (Lv 7.19, 1S20.26) et particulièrement les prêtres, des choses et notamment des offrandes (Ex 31.8), des lieux rendus impurs par des pratiques illégitimes (Lv 4.12.)

Selon les textes bibliques et dans de très nombreuses civilisations, le sacré et l'impur sont diamétralement opposés et ils ne doivent surtout pas entrer en contact l'un avec l'autre. Ainsi, le contact du sacré représente un danger de mort pour celui qui est en état d'impureté. À signaler toutefois qu'aux yeux de certains, impur et sacré sont plus liés qu'on ne l'imagine dans la mesure où tous deux sont marqués par l'interdit et le tabou.
La pureté est envisagée comme un ordre (la Création) qui est sans cesse menacé par un désordre qu'il ne pourra pas intégrer, d'où le refus de toute confusion. Certains interdits alimentaires pourraient ainsi s'expliquer par ce refus du "métissage" et du mélange : des animaux sont impropres à la consommation quand ils sont mixtes, présentant les caractéristiques d'une espèce à laquelle s'ajoutent les caractéristiques d'une autre espèce (Lv 11,9-12) ; par exemple, certains poissons (espèce aquatique) qui n'ont pas d'écailles mais des pattes (espèce terrestre). Cette logique du "non mêlé" pourrait être celle qui préside à l'interdiction des mélanges de certains textiles (Lv 19,19).

L'impureté se caractérise aussi par son pouvoir de contagion : tout ce qui entre en contact avec quelque chose d'impur, devient impur à son tour. La législation juive prévoit donc des rites de purification très précis par lesquels celui qui s'est rendu impur par contact, peut redevenir pur. L'eau y joue souvent un rôle (ablutions, lavages...), parfois le feu (Nb31.22), et tous deux peuvent également être associés à un rituel d'expiation ou à un sacrifice. Les pharisiens pratiquaient ainsi trois formes d'ablutions pour être sûrs qu'en mangeant, ils ne contractaient pas de souillure, ce qui les rendrait inaptes à adorer Dieu.

Comme dans d'autres religions, la loi du pur et de l'impur commande en particulier des prescriptions alimentaires très détaillées dans la torah. De longues listes précises déclarent consommables telles ou telles catégories d'aliments et interdisent la consommation d'autres catégories. Les textes fixent aussi la façon dont ces aliments doivent être préparés et servis. Ces pratiques ont évolué et au fil du temps les rabbins les ont adaptées aux situations nouvelles qui se présentaient. Elles sont des marqueurs identitaires fort de la communauté qui les met en application. Ces règles alimentaires imposaient inévitablement la séparation de table d'avec les pécheurs.

Cette question des règles de pureté a souvent été vivement débattue entre les religieux très pointilleux (surtout les pharisiens), et Jésus dont les disciples (ou lui-même) transgressaient les rituels. (Mc 2,13-17, 7,1-23). Dans ces controverses qui tournent aussi autour du système permis/défendu, Jésus leur reproche d'oublier l'essentiel, c'est-à-dire ce qui fait le cœur de la loi, son esprit. Son enseignement amène à changer de perspective en affirmant que l'accueil inconditionnel des pécheurs prime avant tout.
Ces débats relatifs à l'interprétation de la loi ont également agité les premières communautés chrétiennes, ils se critallisaient autour de la question de savoir s'il fallait (si on pouvait) intégrer les pagano-chrétiens. Les lois de pureté rituelles ont fini par perdre de leur importance et c'est l'idée de pureté morale et spirituelle qui est devenue prédominante, associée à la notion de sainteté.
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