Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Pablo Picasso : au repos
Sabbat

Le mot hébreu shabbath veut dire "se reposer", "cesser de travailler".
En grec, sabbaton ; en latin, zabbatum.

Selon la loi mosaïque, c'est le jour béni consacré au Seigneur et qui institue le repos que les juifs (et toutes les personnes de leur maison sans exception) observent du vendredi au coucher du soleil jusqu'au samedi au coucher du soleil. Ce jour de ressourcement mis à part (sanctifié) est compris comme un signe qui rappelle le repos de Dieu au terme de la Création (Gn 2, 2-3). Respecter ce jour de fête et de louange, c'est en quelque sorte "accuser réception" de l'alliance avec Dieu et c'est aussi garder cette alliance. Le sabbat est une indication directe de la consécration du Dieu d'Israël, ainsi que de sa création. Le Lévitique établit un lien entre sabbat et sanctuaire (Vous observerez mes sabbats et vous respecterez mon sanctuaire. 19,30), réservant ce jour pour l'assemblée cultuelle (Lv 23,3). Ainsi, le Psaume 92 célèbre la grâce qui procède du respect du sabbat dans la louange du Seigneur.

Le sabbat a pour fonction d'offrir un cadre à la vie commune entre les êtres humains, Dieu et sa Création. Il poursuit un projet salutaire pour l'être humain, il est ordonné pour l'humain, pour sa bénédiction et son profit (Dt 5,12-15). Aux yeux de Dieu, aucun homme ou animal ne doit être tenu de travailler sept jours par semaine et être réduit en esclavage comme les Israélites le furent en Égypte. Il est un repos béni et sanctifié, avec tous ses équivalents de repos, tels que la paix, la grâce, la rémission, la délivrance, bref tout ce qui impose une limite à l'empire du travail et des rapports de domination (Jean-Pierre Molina). Ce repos n'exclut donc pas l'activité qui libère l'homme de l'emprise des jours ouvrables, au contraire, il est consacré à tout ce qui peut édifier l'homme.
La Loi biblique, si elle organise le calendrier autour du 7e jour, lui donne d'autres extensions : à la 7e semaine, au 7e mois, à la 7e année (la terre était en friche pour du répit), à la 50e année (le Jubilé) où le temps de fête sabbatique et d'arrêt de la production culmine dans la suppression des inégalités.

D'un point de vue biblique...
Selon Genèse 2,1-3, Dieu, après avoir accompli toute son œuvre de création en six jours, s'est reposé au septième. Mais le mot "sabbat" n'apparaît pas à cet endroit. Le terme employé (shabat) signifie plutôt "cesser de travailler" sans idée explicite de repos.
Le décalogue d'Exode 20,11 construit la loi sabbatique en la rattachant à la création et au repos de Dieu, avec ce passage de Genèse 2,2-3 (également Dt 5,14-15 et Lv 23,3). Mais le verbe shabat de Genèse 2,2 est alors remplacé, dans ce passage, par un verbe qui ne peut être traduit que par "se reposer" (nuah, d'où est tiré le nom de Noé, "repos"). Plus loin, quand il est rappelé en Exode 31,17 qu'au bout de son labeur de six jours, Dieu le septième jour a cessé son travail, le terme utilisé pour désigner cet arrêt veut dire "reprendre son souffle" (du verbe npsh, apparenté au nom nepesh, "vie, être, soi, âme").
Mais ce n'est pas la première fois que ce mot shabat est utilisé car il apparaît aussi en Exode 16,23 dans l'histoire du ramassage de la manne au désert : la manne est recueillie durant six jours mais le jour du sabbat, il est interdit de la ramasser (v. 22-27). L'épisode de la manne au désert anticipe donc la loi sur le sabbat qui est donnée en Exode 20, le sabbat précède le don de la Loi et remonte bien à la création même si, dans les versets de la Genèse, il n'y a pas de commandement relatif à la manière dont l'homme doit observer le sabbat. C'est bien l'exemple du repos de Dieu qui sert de repère, de référence, avant même qu'en Exode un ordre ne soit donné à l'homme relatif au sabbat.

Un autre passage biblique, dans Deutéronome fait remonter le sabbat à la délivrance de l'esclavage en Égypte: Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte et que l'Éternel ton Dieu t'a tiré de là en intervenant avec puissance ; c'est pourquoi l'Éternel ton Dieu t'a demandé d'observer le jour du sabbat(Dt5,15.) Une seconde dimension est rajoutée là à la loi sabbatique, c'est celle du salut.
Par le biais du décalogue, deux motifs sont donc reliés au sabbat, la création et la libération (rédemption ou encore salut), cette dernière pouvant alors être comprise comme un chemin permettant que soit restaurée la création (Rm 8,20-21).

Il semble qu'avant l'exil (6e siècle avant JC), on célébrait le sabbat une fois par mois seulement et non une fois par semaine comme aujourd'hui, le jour de la pleine lune (Am 8,5 ; Is 1,13 ; R 4,23). C'est au retour de l'exil que le sabbat est célébré le septième jour car c'est à ce moment-là qu'est établi un lien avec le récit de la création du monde.

Au temps de Jésus, le sabbat était un inépuisable sujet de discussion. Les rabbins avaient surchargé cette loi en codifiant de manière très stricte la façon d'observer minutieusement le sabbat, en interdisant de faire tout ce qui ressemblait à un travail (porter des objets, commercer, ramasser du bois, cuire un repas...). On avait développé tout un tas de réglementations rigoureuses et contraignantes, empilé les obligations, multiplié les interdits. Tout était remanié, trituré, passé à la moulinette du sabbat. Et les plus pauvres n'avaient bien évidemment pas les moyens de suivre toutes ces prescriptions. Et du coup, le sens du sabbat s'en trouvait perdu de vue : donné comme un cadeau pour le repos et l'épanouissement de l'humain, il était devenu un fardeau, une corvée paralysante.
Jésus observait lui-même le sabbat, mais il lui est arrivé de guérir les malades ce jour-là. Ces disciples brisèrent eux aussi les règles en cueillant des épis pour se nourrir, ce qui était proscrit. Reprochant aux scribes et aux pharisiens de mettre une charge insupportable sur les épaules des hommes (Mt 23,4), Jésus donna au sabbat un sens moins légaliste et proclama que le sabbat avait été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. (Mc 2,27). Ainsi l'homme n'est pas obligé de respecter obsessionnellement les règles du sabbat lorsqu'elles entraînent une injustice, surtout pour les plus pauvres. Le sabbat doit être compris comme la restauration de la vie dans la providence divine (Lc 4,31-37, 6,6-11, 13,10-16, Jn 5,16-18).

Le sabbat depuis le temps de l'Église :
Avec l'avènement de la nouvelle alliance, le sabbat hebdomadaire s'est réalisé en Jésus-Christ.
Les premiers chrétiens, des Juifs croyant en Jésus Christ, suivaient l'ensemble de la loi juive et donc respectaient le sabbat. Puis ils en modifièrent la compréhension.. Rapidement ils relièrent le repos de la Torah associé à la création et à la rédemption, avec le repos en Jésus Christ qui par sa mort offre la rédemption. Ils vinrent à considérer que le repos du salut s'était réalisé en Christ et se mirent à célébrer le repos le 1er jour de la semaine au lieu du 7e jour, en mémoire du jour de la résurrection de Christ.

L'auteur de la lettre aux Hébreux développe toute une exhortation à entrer dans le repos du salut, affirmant que "celui qui entre dans le repos de Dieu se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu se repose des siennes" (Hé 4,10). Il souligne qu'il n'y a qu'une œuvre qui peut sauver, celle du Christ.
Pour l'apôtre Paul, toutes les fêtes sabbatiques sont une préfiguration du repos du salut en Jésus Christ, repos où l'on ne peut entrer que par l'obéissance de la foi en lui.

Sur le plan historique, ce changement de jour aurait été l'œuvre de l'empereur Constantin dans un décret de 321 proclamant que le dimanche devenait le jour de repos officiel du monde romain.

Calvin qualifiait le repos de Dieu de "règle perpétuelle" car il n'a pas de limite dans le temps et ne s'achève pas dans le récit de la création, comme les six autres jours, par un "Il y eut un soir et il y eut un matin ; ce fut le énième jour". Pour lui, ce qui dès le commencement a été commandé aux humains, doit durer jusqu'à la fin du monde. Selon le Réformateur, ce jour possède également une portée universelle qui lie les hommes de tous les temps : L'observance du sabbat, dit Calvin, ne concerne pas seulement une époque particulièreni ni un peuple, mais elle est commune à tout le genre humain (commentaire sur Gn 2,3).
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