Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Henri Matisse

Théologies féministes

Les théologies féministes, très développées aux États Unis et en Allemagne, correspondent à un courant qui porte un regard sur les traditions religieuses, le langage liturgique, les pratiques et les théologies des religions, dans une perspective féministe. Elles cherchent à faire infléchir l'incapacité des Églises à considérer les femmes comme des acteurs pleinement humains, adultes et moraux. Elles visent à augmenter la place des femmes au sein du clergé et des autorités religieuses, notamment dans le catholicisme (dans les Églises réformées et luthériennes, les femmes ont une égalité de droit avec les hommes).

Les théologiennes féministes estiment que les représentations collectives du masculin et du féminin qui sont véhiculées par les religions doivent être interrogées et remises en cause. La vision purement patriarcale de Dieu a justifié tant de dominations des hommes sur les femmes, les hommes étant vus comme "modèles parfaits de la création", plus proches par nature de Dieu. Elles dénoncent toutes le patriarcat qui est considéré par elles comme une construction sociale et non pas comme une institution naturelle. Elles dénoncent également la prévalence de l'autorité masculine dans la famille comme dans l'Église, et l'occultation du rôle essentiel des femmes dans la transmission de la foi.
Elles réinterprètent donc le propos religieux avec d'autres grilles de compréhension qui ne sont plus à dominante patriarcale, et plaident pour que le point de vue masculin ne soit pas la seule référence et la seule norme d'interprétation. Les approches théologiques plus approfondies doivent tout autant faire place aux femmes. Elles étudient tout particulièrement l'image de la femme dans les textes bibliques et proposent de redécouvrir certains textes oubliés ou écartés dans lesquels l'importance des femmes est évidente. Ainsi si on mentionne souvent la confession de Pierre à Césarée ( Matt 16,16), on passe très facilement sous silence celle de Marthe à Béthanie Jean 11,27)). Elles mettent aussi en évidence certains aspects féminins et maternels de Dieu. Enfin, les théologiennes féministes pensent pouvoir apporter une vision différente qui leur est propre, quant aux questions d'environnement, de justice, de systèmes économiques et sociaux...

Toutes les théologies féministes nées dans la tradition chrétienne ont ceci de commun qu'elles remettent en cause les fondements quasiment universels du système patriarcal et son corollaire, la soi disante supériorité du mâle ; mais elles se caractérisent aussi par une très grande diversité.

Certaines d'entre elles considèrent que le christianisme est un système si patriarcal qu'il est irréformable. Elles ont choisi de s'en éloigner et ont construit des thélogies féministes post-chrétiennes, voire même anti chrétiennes qui sont basées sur la suprématie du féminin. La figure marquante de cette radicalité est Mary Daly ou Dorothée Sölle en Allemagne.

La majorité des théologiennes féministes se situe clairement comme chrétiennes. Pensant que l'Église est réformable, elles cherchent à transformer l'approche théologique à partir de l'intérieur, par une nouvelle interprétation du texte évangélique dans un sens moins absolu. Elles relisent les Écritures sans occulter le rôle des femmes, revisitant l'histoire des "matriarches" (Sara, Rebecca) et celles des femmes sacrifiées (Tamar violée ou Agar sacrifiée à l'élection d'Israël), remettant à l'honneur Myriam, Déborah... Elles mettent également l'accent sur le rôle des femmes dans les premières communautés chrétiennes et sur leurs importantes responsabilités. Ce courant préfère plutôt entrer en dialogue avec la tradition chréienne classique afin d'éviter les affrontements qui excluent et parce qu'au fond les deux ont la volonté de favoriser l'épanouissement des femmes et des hommes.

En Afrique
Depuis plus d'une décennie, les théologiennes africaines mettent en lien les expériences de la vie quotidienne des femmes et la signification théologique de l'orientation de leurs luttes. Ainsi c'est de l'action même de cette vie que jaillit le discours théologique féminin en Afrique. Ces théologiennes cherchent à construire et à propager une dynamique ecclésiale et sociale, dynamique qui serait transformée par la conscience féminine au moyen de la lecture de la Bible et au moyen de la compréhension des théologies africaines de l'inculturation (manière d'adapter l'annonce de l'Évangile dans une culture donnée), de la libération, du bonheur partagé ou de la victoire sur les forces démoniaques. Cette théologie des femmes africaines, qui représente le cœur de leurs combats et de leurs espérances, comporte cinq principes, les cinq piliers d'une conviction concernant la place, le rôle et le statut des femmes : Quand l'Esprit de Dieu féconde la femme, le destin du monde change de fond en comble ; elle enfante le fils de Dieu et enfante également un monde solidaire ; la résurrection de la société est en jeu, et la Mission chrétienne devient un combat pour la liberté. Ces cinq principes sont compris comme un pacte entre les hommes et les femmes d'Afrique afin de bâtir un avenir d'espérance. Les grandes voix de la théologie féministe en Afrique sont Mercy Oduyoye, Musimbi Kanyoro, Nyambura Njoroge et Vibila Vuadi.

En Amérique latine
Vers 1960 la théologie féministe est d'abord partie d'une réflexion élaborée selon le point de vue des femmes, dans le contexte de l'Église des pauvres (mouvements en faveur des droits civiques...) ; elle se référait plutôt à la sphère de la théologie de la libération et visait à renforcer l'engagement politique et la participation à la vie de l'Église des femmes, dans la perspective d'une spiritualité du service. Puis vers 1980 elle a révisité ses concepts dans le cadre de la théorie du genre (le masculin et le féminin) et les femmes se sont plutôt impliquées dans une rélexion thélogique plus académique. Dans les instituts de théologie et les universités, les femmes exprimèrent une pensée plus spécifiquement "féminine", elles dirent une parole différente à propos de Dieu. L'essence des identités masculines et féminines était saisie sur la base d'une relation de complémentarité et non de confrontation et de tension : la théologie féminine se voulait complémentaire de celle masculine. En marge de cette tendance apparaissait aussi un courant de spiritualité s'efforçant de dépasser la représentation d'un Dieu patriarcal, distant et censeur, pour redonner à la Déesse sa place et sa valeur.
Enfin dans les années 90, les catégories liées au genre furent utilisées comme outil d'analyse spécifique pour étudier d'un point de vue théologique le sujet des identités masculines et féminines et leur construction, pour étudier aussi les relations de pouvoir entre hommes et femmes, les différences ethniques, la relation avec la nature... S'appuyant sur un travail biblico théologique, cette réflexion relative au genre vise à bousculer des présupposés théoriques traditionnels, à déconstruire certaines bases sur lesquels s'appuie le discours théologique patriarcal pour construire autre chose. Les théories relatives au genre ont aussi beaucoup apporté dans la reconnaissance de la richesse qui naît de la diversité existant parmi les femmes. La théologie féministe latino-américain, pluriculturelle et œcuménique, est aujourd'hui une théologie du quotidien, du corps et du cœur, et une théologie des retrouvailles avec l'univers.

De façon plus générale dans bien des pays, théologiennes féministes et théologiens de la libération se sentent proches car les premières éprouvent, en écho avec la Parole de Dieu, une solidarité active avec les femmes infériorisées, marginalisées ou opprimées. Le désir des unes souhaitant que l'Évangile aboutisse à l'accession de chacune au pouvoir de transformer les structures, rejoint la démarche des théologiens de la libération qui cherchent des perspectives pour le sens et la dignitéde l'être humain.

En France
En France, la thélogie féministe est très discrète selon Élisabeth Parmentier, et bien peu de femmes enseignant en faculté de théologie se déclarent franchement "féministes". Les Françaises apparemment se perçoivent en premier lieu comme des individus libres et égaux, c'est un héritage de l'humanisme à la française, et non pas comme une minorité sans pouvoir. La tendance correspond à une théologie du partenariat et de la réciprocité. En France la parole féministe passe plus facilement par d'autres voies, celle la sociologie, de l'histoire ou de la politique.
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