Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Théologie libérale

Plutôt qu'un courant organisé, la théologie libérale est un mouvement multiple qui refuse de soumettre la foi des personnes à une formulation dogmatique, et qui relativise l'idée de vérité intangible contenue bien souvent dans la tradition. La pensée unique en matière de doctrine n'est pas acceptable, mieux vaut admettre les différences d'idées et s'ouvrir au débat. C'est pourquoi les théologiens libéraux militent en faveur de l'interrogation critique et défendent le bien-fondé de la divergence théologique ou ecclésiale. Ainsi déjà au 16e siècle Castellion déclarait à propos de la trinité : "Si je pouvais la défendre, je le ferais. Mais je dois confesser franchement que je ne puis. Si quelqu'un le peut, je l'approuverai de le faire... Si certains possèdent un esprit assez aigu pour saisir ce que moi et ceux qui me ressemblent ne saisissons pas, tant mieux, je n'en suis pas jaloux."

Le sens du mot
Classiquement, "libéral" signifie "généreux" et ne qualifie pas des idées. Le libéral au 17e siècle, c'est celui qui n'est pas avare mais qui ne gaspille pas non plus son bien. Puis dans un sens plus politique, le terme désigna au 19e siècle les modérés qui se méfiaient des doctrinaires et qui condamnaient tout radicalisme, celui des révolutionnaires aussi bien que celui des monarchistes. Plus tard encore le mot fit son entrée dans le domaine de la spiritualité, lorsque l'on nomma "libéraux" ceux qui dénonçaient les raideurs de la religion traditionnelle et qui aspiraient à une religion ouverte. De nos jours on utilise surtout le mot "libéralisme" (ou néo-libéralisme) dans le domaine de l'économie pour désigner l'opposition aux planifications et aux surveillances. Contrairement aux sens précédents, le mot ne renvoie plus à une position intermédiaire et modérée entre deux courants antagonistes.

Un peu d'histoire
L'histoire de la pensée libérale est complexe et multidirectionnelle car une pensée qui hier était considérée comme libérale, peut nous sembler aujourd'hui conservatrice. On considère que ce mouvement existe depuis très longtemps dans l'Église car toutes sortes de contestations s'y sont toujours exprimées d'une façon ou d'une autre, à chaque âge de la foi chrétienne. Ce courant a des sources au 16e siècle avec Castellion soutenant la pluralité de la vérité et avec Socin qui créa une Église unitarienne. Il s'est véritablement structuré vers la fin du 18e siècle comme mouvement de rupture, (Friedrich Scheiermacher ) en s'appuyant sur la philosophie des Lumières et sur la critique historique des textes bibliques qui s'accompagnait de nouvelles méthodes historico critiques d'analyse des textes. La lecture fondamentaliste de la Bible est fortement remise en cause, on ne perçoit plus les Écritures comme la révélation divine infaillible, mais comme un témoignage humain imparfait qui rend compte de la rencontre spirituelle avec Dieu. Les théologiens libéraux du 19e siècle (Adolph von Harnack, Ernst Troeltsch) estiment que la théologie doit se mettre en dialogue avec les découvertes archéologiques, historiques et philologiques et avec les évolutions scientifiques et culturelles.

En France la pensée libérale se développe surtout à la Faculté de Strasbourg et à la Faculté de Paris. Durant le 19e siècle dans les synodes de l'Église Réformée de France, les libéraux minoritaires s'opposent fermement aux tenants de la théologie évangélique née du mouvements du Réveil, tandis que ceux-ci reprochent aux libéraux de placer au centre l'homme et sa raison au lieu de Dieu. Il se produira alors de douloureuses déchirures au sein du protestantisme français, des scissions telles que de 1880 à 1938 on a compté jusqu'à trois Églises concurrentes. Le courant libéral fut aussi tout particulièrement défendu et renforcé par le pasteur Charles Wagner (1852-1916), fondateur de la paroisse libérale du Foyer de l'âme, qui insista sur la liberté de la foi individuelle et qui tenta aussi d'éviter les schismes entre Églises protestantes. Le libéralisme religieux, très critiqué parce qu'il fait trop confiance à l'humain et qu'il aurait trop soutenu la modernité, déclina entre les deux guerres mondiales.

De nos jours, il existe à Strasbourg une Union Protestante Libérale et dans la région parisienne un groupe de pasteurs travaille régulièrement pour réfléchir aux questions théologiques de manière libérale. Le site du pasteur Gilles Castelnau propose un regard libéral sur des questions les plus diverses. La revue Évangile et Liberté est un mensuel de l'association protestante libérale Évangile et Liberté, et la revue Théolib est une autre composante de l'horizon libéral. L'éditeur Van Dieren éprouvant personnellement l'urgente nécessité de favoriser les débats théologiques, fait une large place aux voix libérales.

La plupart des libéraux protestants partagent de grandes orientations, comme des chantiers de réflexion :
  • Il vaut mieux comprendre ce que l'on croit. La foi n'est pas l'adhésion à d'inexplicables mystères. Même si elle requiert les émotions et les sentiments, elle a besoin d'être mise en relation avec les savoirs humains, besoin d'être pensée et réfléchie tout en admettant que certaines choses échappent à la pensée. La vérité ne se possède pas, elle se cherche, et cette affirmation nous protège contre toute forme d'intégrisme.

  • Les libéraux affirment la relativité des doctrines. Ils refusent le dogme qui, objet de foi, correspond à une définition intangible de la vérité. Par contre ils acceptent les doctrines qui, expressions de la foi, sont des essais approximatifs, provisoires et donc révisables qui disent en un temps et en un lieu donnés, quelque chose de ce qui appartient au mystère de Dieu. Les théologiens libéraux considèrent que nos formules ne pourront jamais définir Dieu et que dans le dogmatisme se cache une forme d'idolâtrie. Aucune image de Dieu n'a de valeur absolue.

    Dans les débats théologiques, on a parfois "étiqueté" comme libérale toute pensée religieuse qui s'éloigne un tant soit peu des doctrines reconnues, le libéralisme se comprenant alors comme une opinion dissidente, non-conformiste, déviante. Mais parfois les personnes qui soutiennent ces opinions différentes ne font pas preuve d'un esprit d'ouverture et ne respectent pas elles-mêmes les autres façons de penser, attribuant à leurs croyances une valeur absolue. Le non-conformisme n'est pas une orientation qui a priori définit la démarche libérale. Ainsi des libéraux peuvent avoir des opinions au contenu orthodoxe, simplement ils ne les déclarent pas obligatoires (certains par exemple voient la trinité comme une option possible)

  • Pour discerner le véritable message de la Bible, son étude critique est nécessaire. Les libéraux pensent qu'il faut interpréter certains textes et certaines affirmations, tels les textes qui parlent de la création du monde en six jours ou ceux qui évoquent la naissance virginale de Jésus.

  • Le dialogue de la religion avec la culture est très important. Schleiermacher parlait d'un "christianisme barbare", en discordance avec les idées et les valeurs du monde moderne. Les théologiens doivent être capables de participer aux grands débats de société.

  • La naissance et la mort du Christ ne prennent leur sens qu'à la lumière de la prédication de Jésus. C'est la dimension prophétique de Jésus qui est à privilégier car le message compte tout autant que le messager. Les libéraux affirment aussi que l'écoute de l'enseignement du Christ a ses exigences, elle implique de le suivre et de lui obéir.

  • L'histoire biblique résiste à l'exclusivisme, c'est pourquoi les libéraux s'opposent fermement à la condamnation des religions non chrétiennes. Ils estiment que les autres religions peuvent enrichir le christianisme et ils militent pour l'ouverture aux autres religions et pour le dialogue interreligieux. Selon eux, Dieu agit et se manifeste partout dans le monde, et il existe d'autres itinéraires possibles que les nôtres chrétiens pour aller vers Dieu.

  • La théologie libérale défend un individualisme ouvert et positif : on lui a souvent reproché son individualisme, pourtant ses défenseurs ont toujours œuvré dans l'Église, se préoccupant de nombreuses questions sociales. Ils plaident pour la responsabilité personnelle : la foi étant une affaire personnelle, il faut prendre position pour son propre compte et ne pas laisser les autres le faire à notre place. Ils défendent le respect de la diversité des opinions et donc le respect d'autrui. Ils affirment la valeur relative des institutions : les appareils ecclésiastiques n'ont pas à réguler de façon normative les croyances et les pratiques, ils sont au service des personnes (et non l'inverse) pour les aider à réfléchir personnellement, à avancer, à vivre leur foi. Pour autant, les libéraux refusent toute permissivité anarchique.

Le libéralisme se définit plus par des interrogations et des orientations que des réponses ou des positions. C'est un mouvement, une démarche et un réseau ; car quand on croit avoir trouvé une réponse, on s'arrête de chercher et on n'écoute plus ce que les autres ont à proposer. Cette démarche théologique, faite d'effort et de mobilisation, souligne les limites humaines à appréhender la vérité. Elle considère que nous sommes toujours en route et que la vérité se découvre dans le cheminement et la vie.

Pour aller plus loin : André Gounelle, Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique.
Édition Van Dieren, 2006, 154 p
Retour vers théologie Retour vers Lexico-théo
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr