Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Théologie du Process


Le terme de "Process" s'applique à quelque chose qui est en train de se dérouler, de se faire, de se créer, quelque chose qui est en formation, en développement. C'est le flux de tout ce qui est en train de se passer. Ce terme est utilisé par ceux qui veulent mettre l'accent sur le caractère fluide et changeant du réel par opposition à l'immuable et au stable, ceux qui donnent priorité au mouvement. Selon André Gounelle, dans la langue française il n'existe pas vraiment de mot pour rendre compte de ces propriétés du réel.

La théologie du Process, appelée "théologie de l'évolution" dans les textes du Conseil œcuménique des Églises, s'est développée à l'Université de Chicago au début du XXe siècle où elle est encore très présente. Elle eut beaucoup de répercussions dans les pays anglophones, au Japon, en Corée et en Allemagne.
Elle se propose de réfléchir aux rapports entre Dieu et le monde et met en avant la nécessité d'en renouveler les conceptions pour prendre en compte les apports des sciences modernes (physique quantique et sciences naturelles). Elle s'appuie sur le courant philosophique impulsé par le mathématicien A.N. Whitehead qui repensa le réel à partir de sa formation de scientifique. Cette théologie tente de réconcilier foi et science.

Elle fut bien reçue tant du côté des physiciens que du côté des philosophes ou des théologiens libéraux puisqu'elle propose de repenser l'idée de Dieu avec les catégories du temps actuel. Les Églises chrétiennes plus traditionalistes la rejettent plutôt.
Les figures marquantes en sont John Cobb, David Griffin, Marjorie Suchocki à Boston... En France, c'est André Gounelle qui a fait connaître cette théologie et qui en a favorisé la diffusion. Raphaël Picon en est l'une des voix les plus importantes.

Selon cette théologie, le réel n'est pas formé d'entités stables, fixes et indépendantes, il constitue au contraire une totalité où tout est fluence. Cette totalité, à la fois diversifiée et homogène entre tous les êtres, se caractérise par un flux permanent de changements, d'évolutions, de transformations, d'interrelations et d'interdépendances. Cette réalité dynamique où de nombreux possibles s'ouvrent constamment, est en Process. Elle est la meilleure preuve qu'il existe un Dieu Créateur car une telle réalité ne peut provenir que d'un tel Dieu créateur.

À partir de ces propositions, la théologie du Process affirme que Dieu est la force qui pousse en avant, il est la puissance de l'avenir qui s'engage dans la transformation du réel et qui est aussi modifiée par elle. Dieu n'est pas une transcendance impossible, impassible et inaltérable, il s'inquiète et s'alarme pour le monde, il peut changer, évoluer. Et c'est probablement là que réside la plus grande originalité de cette théologie qui accorde aussi une place très importante au temps et à son écoulement. Le réel est déterminé en partie par Dieu, mais tout aussi déterminant pour lui. Ainsi Whitehead écrit dans Procès et Réalité : "Il est aussi vrai de dire que Dieu transcende le monde, que de dire que le monde transcende Dieu. Il est aussi vrai de dire que Dieu crée le monde que de dire que le monde crée Dieu."

De même, la Création n'est pas définitivement achevée et les êtres humains sont en constant devenir. Cette façon de concevoir le réel amène à repenser les interactions réciproques entre Dieu, l'homme, la nature. Dieu est conçu comme une force dynamique et créatrice à partir de laquelle une nouveauté peut survenir et qui loin d'être insensible, est profondément impliquée dans l'histoire du monde. Dieu cherche à faire progresser le bien chaque fois que c'est possible, en injectant du nouveau, en créant de nouvelles possibilités pour que le monde soit moins torturé et plus harmonieux. Mais rien n'est joué à l'avance, Dieu n'agit pas selon un plan préétabli de manière figée : "Le monde répond à Dieu et Dieu répond au monde dans un dialogue où l'un et l'autre ignorent quelle sera la prochaine réplique" (André Gounelle). Dieu n'agit pas vraiment "sur" les événements, mais plutôt il participe à la venue de chaque événement, étant entendu que chacun est influencé par celui qui le précède et a lui-même des répercussions sur le suivant. Dieu ne peut transformer le monde à sa guise, il n'intervient pas par la force ou par la contrainte, mais il agit principalement par la persuasion qui appelle l'adhésion et la participation humaines, si bien qu'il peut rencontrer des résistances, connaître des échecs et voir même échouer complètement son projet pour l'univers. Œuvrant plutôt dans le quotidien et le banal, (A. Gounelle parle de la théologie du Process comme d'une spiritualité de l'ordinaire) jamais il ne renonce ni n'abandonne la partie. Et ce sont tous les êtres de la Création, pas seulement les êtres humains mais aussi tous les animaux et tous les végétaux que Dieu incite et sollicite pour poursuivre son projet.

Dieu n'est donc pas totalement extérieur au monde et indépendant (comme dans le théisme), il lui est intimement lié car il y a entre lui et le monde, unité profonde et interrelation dynamique. Les théologiens du Process disent que Dieu est relatif. Et en même temps, Dieu ne se confond pas du tout avec ce monde (comme dans le panthéisme) car il n'est pas identifiable en lui-même à la créativité ; la distance est maintenue et il échappe à notre connaissance. Il est de ce point de vue, absolu. Ces deux aspects de Dieu sont signifiés dans le terme "pan-en-théisme".

Les théologiens du Process prennent soin de distinguer le Christ, qui désigne un titre (l'oint de Dieu), de Jésus de Nazareth qui renvoie à un personnage historique. Selon eux Christ désigne la puissance de créativité qui est à l'œuvre dans nos vies et correspond à toute intervention créatrice de Dieu, à toute action transformatrice : "À chaque fois que Dieu agit, l'événement Christ se produit", écrit Cobb. Jésus est essentiel pour la foi chrétienne car il nous rend sensible à l'action du Saint esprit. Ainsi il a été pleinement Christ parce que toute son existence a été structurée par la présence transformatrice de Dieu et parce qu'en lui Dieu a agi de façon décisive dans le monde, en suscitant chez les humains de profondes réorientations (conversion). Être sauvé, c'est être touché par cet élan, par cette force de transformation. La vie d'Église est un espace privilégié en ce qui concerne la présence divine. La prédication de l'Évangile, les sacrements et aussi la prière, nous aident à nous ouvrir à cette force qui amène des changements créateurs.
Selon les théologiens du Process, il peut aussi exister des événements, des manifestations ou des personnes christiques en dehors de Jésus de Nazareth, à l'extérieur de la sphère chrétienne. Ils sont dits "christiques" dans la mesure où ils mettent en route une transformation créatrice.


André Gounelle explique la théologie du Process en présentant une sorte de parabole : il présente Dieu comme un chef d'orchestre proposant de jouer sa symphonie (son projet). Pour cela il a besoin de musiciens (entreprise commune qui lie Dieu et les êtres) qui adhèrent à ses desseins ; il distribue à chacun une partition particulière (engagement de chacun) et les dynamise pour leur ouvrir de nouvelles perspectives d'interprétation. La compréhension des musiciens vient à son tour influencer le chef d'orchestre, l'enrichir, le modifier (Dieu change aussi). De même que Dieu n'est pas l'unique cause du monde, de même certaines fausses notes peuvent se produire à cause d'un instrument mal accordé ou de l'erreur d'un musicien (présence du mal). Entre musique idéale et musique jouée, il existe un écart.

Pour aller plus loin...
  • André Gounelle Le dynamisme créateur de Dieu. Van Dieren Éditeur, 2000, 231 p.
  • Alain Houziaux Le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu. Presses de la Renaissance, 1997, 194 p.
  • Raphaël Picon Dieu en procès. Les Éditions de l'Atelier, 2009, 117 p.

  • Sur la toile :
  • Protestants dans la Ville, le site du pasteur Gilles Castelnau, avec plusieurs textes traduits
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