Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

La trinité ( Russie, 19ème siècle)
Trinité

Le mot...

Le vocable Trinité ne se trouve pas dans les Écritures, il n'existait pas à l'époque et sera adopté plus tard dans le sens qu'on lui connaît.
L'Église primitive s'est efforcée de déclarer en quel Dieu elle croyait, dans des affirmations qui soient cohérentes avec la révélation des Écritures. Mais aucun mot n'existait pour dire la réalité d'un seul Dieu unique en trois personnes. C'est vers 180 dans les écrits de Théophile d'Antioche (Autolycus) qu'on trouve pour la première fois le mot grec Trias (trois) à propos des trois personnes divines. Puis Tertullien (v 155-v 222) introduisit le terme Trinitas (Trinité) dans son lexique théologique latin (Contre Praxeas) et en formula la doctrine de manière incomplète. Il montra d'ailleurs toute la complexité du concept de Trinité en l'associant à 590 substantifs, 284 adjectifs et 161 verbes qui essayaient de l'expliquer.

Un peu d'histoire...

La formulation de la Trinité est née très tôt, dans une toute jeune Église qui cherchait à équilibrer des positions doctrinales trop hellénistes, trop imprégnées par la philosophie grecque platonicienne qui insistait particulièrement sur la transcendance parfaite de Dieu. Il lui fallait aussi corriger des théologies rationalisantes qui niaient la divinité du Christ (arianisme)... Bref, elle devait lutter contre ce qu'elle considérait comme des hérésies.
Mais énoncer et développer la doctrine présenta de grandes difficultés et de nombreuses discussions et controverses théologiques eurent lieu dès les premiers siècles dans le christianisme. De nettes divergences opposèrent les théologiens quant aux trois personnes et quant à leurs interrelations : qui procède de qui, (Fils engendré par le Père, saint Esprit procédant du Père et du Fils ou seulement du Père etc...), qui est subordonné à qui, est-ce que les trois personnes diffèrent par le rang, toutes sont-elles d'essence divine ?...

L'Église trancha ces questions au quatrième siècle lors du Concile de Nicée (325) puis en 381 lors du concile de Constantinople où le dogme fut définitivement adopté. Ces conciles affirmèrent que Dieu est à la fois un (unique) dans son essence, et divisé en trois personnes : le Père, le Fils, le saint Esprit. Ces trois personnes sont unies sans se confondre, elles sont distinctes sans se séparer.
Plus tard encore, c'est Saint Augustin (354-430) à l'Ouest et Jean Damascene (v. 676-749) à l'Est qui ont développé le plus précisément ce dogme.

Au cours des siècles, cette question de la Trinité fit couler beaucoup d'encre et malheureusement aussi du sang : Michel Servet pour qui la croyance trinitaire n'était pas fondée sur l'enseignement biblique, fut condamné au bûcher en 1553.

Un point précis de la doctrine trinitaire est en partie responsable de la séparation des Églises orthodoxes d'Orient avec celles de l'Occident : c'est la question du filioque.

La Réforme n'a pas contesté le dogme trinitaire, seulement son indépendance vis-à-vis de l'autorité de l'Église a favorisé des lectures plus personnelles. Par exemple Schleiermacher (1768-1834) considérait que les trois personnes de la Trinité étaient simplement trois aspects particuliers de Dieu. Pendant longtemps, les théologiens se sont d'ailleurs désintéressés de la doctrine trinitaire et c'est Karl Barth en particulier (1886-1968) qui a de nouveau attiré l'attention sur son importance, en lui donnant une réinterprétation centrée sur la Révélation.

Baptême Yovhannès, musée arménien IspahanDans les Écritures...

Certains théologiens pensent que l'affirmation trinitaire ne trouve aucun fondement dans les Écritures et la rejettent (les Unitariens), tandis que pour d'autres elle est révélée peu à peu par Jésus et inscrite au cœur même de l'Évangile. Selon ces derniers, elle est tout particulièrement présente dans l'Évangile de Jean qui met très souvent en lien le Père, le Fils et l'Esprit (Prologue Jean 1/1-14). Ce mystère du Dieu trinitaire est aussi inscrit dans le signe du baptême instauré par Jésus: " Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du saint Esprit " (Mt 28/19). Quoique, certains théologiens pensent que ce "au nom du père du Fils et du saint Esprit" serait un rajout tardif.
Quant à Paul, il témoigne à plusieurs reprises que c'est par l'Esprit saint qu'il est devenu enfant du Père et qu'il est relié à Christ. Paul, comme Jean, rappelle aussi que Jésus n'est pas simplement un modèle à imiter, il est vraiment Visage de Dieu : Celui qui m'a vu a vu le père. (Jn 14/9)

Comment peut-on dire que Dieu est à la fois 3 personnes et qu'il est pourtant un être unique ?

La confession de la Trinité est une affirmation de la foi qui est difficile car elle est complexe et a débouché sur bien des malentendus. Difficile aussi car le symbole trinitaire présente une "définition" non logique de Dieu, rappelant de cette façon que Dieu échappe à nos catégories de pensée, qu'Il est au-delà de toutes nos définitions et au-dessus de tout raisonnement humain. S'Il se fait connaître, il ne se laisse pas pour autant enfermer dans des réponses rapides et demeure aussi un mystère.
La Trinité nous apprend quelque chose d'essentiel sur Dieu, mais c'est une tentative d'explication qui n'est pas la révélation. Elle exprime notre compréhension de Dieu en rendant compte des différentes façons dont Dieu entre en relation avec nous :
  • Dire que Dieu est Père, c'est le reconnaître comme le Dieu éternel dans sa transcendance et dans son mystère, comme le Tout autre surprenant dont nous sommes tous filles et fils et qui est à l'origine de la création du monde.

  • Dire que Dieu est Fils, c'est dire que Dieu s'est révélé par sa Parole (le Logos, le Verbe), il est le Tout proche qui nous rejoint dans notre humanité. Cela signifie que Dieu crée avec sa Parole et non par la contrainte, qu'il agit en entrant en relation avec les humains en les appelant à être, en toute liberté. Et c'est particulièrement en Christ que se joue cette proximité, Dieu se manifeste comme cette présence qui s'adresse à nous ainsi : Emmanuel, c'est Dieu-avec-nous.

    Mais même si nous disons que Jésus est le Fils de Dieu et que nous reconnaissons la dimension divine de Jésus Christ, il ne faut pas confondre Dieu-Fils avec Jésus Christ. C'est là l'un des malentendus d'un symbole trinitaire qui n'affirme pourtant pas que Jésus est Dieu :
    Dans la définition de la trinité, le Fils ne désigne pas Jésus, (la théologie des premiers grands conciles était claire sur ce point), le Fils caractérise la Parole de Dieu qui a agi bien avant Jésus Christ. Cela n'est pas sans rapport avec Jésus bien entendu, mais quand même, la doctrine de la trinité ne signifiait pas que Jésus était une des personnes de la trinité divine.
    Ainsi l'évangéliste Jean dit que le Logos (le Verbe) était au commencement avec Dieu, ce qui montre bien que pour Jean, Fils et Jésus (né du temps d'Hérode) ne sont pas exactement équivalents.
    Pourtant on peut dire comme Jean que Jésus est le Logos (ou Dieu le Fils) et croire cela, c'est reconnaître que toute la vie de Jésus révèle les caractéristiques du Logos, qu'elle révèle les aspects de l'action libératrice de Dieu dans le monde et les forces créatrices de guérison et de salut. La parole de Dieu s'est manifestée à diverses reprises dans l'Ancien testament (par la Création, par le don de la loi de Moïse appelée d'ailleurs " les 10 Paroles ") puis elle s'est faite chair en Christ.

  • L'Esprit, c'est Dieu qui rassemble en respectant les diversités, qui a suscité l'organisation de l'univers dans la Création, puis celle du peuple d'Israël, puis celle de l'Église à partir de la dispersion des disciples de Jésus. Il a donc agi bien avant la Pentecôte. Dieu Esprit, c'est le Dieu présent en nous qui nous inspire, c'est le dynamisme et l'énergie, la source de mouvement et de vie qui nous élève.
    C'est aussi ce qui nous pousse à chercher dans les Écritures une parole venue d'ailleurs et qui permet que cette parole devienne parole de Dieu lorsqu'elle est lue à la lumière de l'Esprit (c'est le sens de la prière d'Illumination du culte qui est dite avant la lecture des Écritures).
    " L'Esprit, c'est ce qui nous appelle à sauter plus haut que notre ombre, plus haut que nos limites, plus haut que notre chair. L'Esprit, c'est ce qui fait que nous avons les ailes plus grandes que notre nid. " Alain Houziaux dans les grandes énigmes du Credo, chez Desclée de Brouwer p. 275
Un des intérêts de la doctrine de la trinité, c'est de donner à ces 3 "dimensions" de Dieu la même importance sans en privilégier aucune, favorisant ainsi un certain équilibre et empêchant de tomber dans des excès et des dérives :
  • Si pour nous Dieu n'était que Père, il deviendrait un Dieu qui commande et qui attend que l'on se soumette. Trop soucieux de la relation à Dieu, trop fondamentalistes aussi (trop pharisiens?), nous risquerions d'oublier l'amour du prochain, la consolation et le soutien de l'Esprit.
  • Si pour nous Dieu n'était que Fils, peut-être aurions-nous tendance à nous limiter à un humanisme actif (risque d'activisme). Et que dire du risque d'utiliser l'Évangile pour justifier des engagements et des prises de positions !
  • Si pour nous Dieu n'était que saint Esprit, nous risquerions de nous concentrer sur ce que Dieu réalise en nous-mêmes, sur la force et la consolation que nous recevons. C'est la tentation du spiritualisme et de l'illuminisme qui oublient le matériel et qui surtout parfois mettent sur le compte de l'Esprit leurs propres fantaisies.
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