Sola gratia Dieu échappant à toute tentative de captation, il est libre et souverain et il installe souverainement et librement l'homme dans une relation nouvelle avec lui ; sans condition, Dieu offre à tout être humain la possibilité de vivre devant lui et réconcilié avec lui ; c'est ce qu'on appelle la justice de Dieu.
Aux yeux de Dieu, la valeur d'une personne ne dépend pas de ses qualités, ni de son mérite, de son statut social, de ses "bonnes œuvres" ou de quelque autre critère que ce soit. Indépendamment de ce que nous sommes et de ce que nous faisons, le salut est donné gratuitement à l'humanité en Jésus Christ. L'être humain est sauvé par grâce en dehors de toute coopération humaine. Cette grâce, il ne peut que la recevoir.
L'Évangile proclame donc en premier lieu la bonne nouvelle de l'amour et de la grâce de Dieu qui vient nous "tirer d'affaire" et nous ouvrir un à-venir : Dieu n'abandonne jamais l'homme à lui-même ou à des fatalités et des déterminismes invincibles ; la grâce, dit Georges Casalis, c'est la fidélité d'un amour même s'il n'y a pas de réponse humaine, c'est l'offre d'une vie et la possibilité de repartir à zéro, c'est le pardon et la réconciliation rendus possibles et devenant le fondement d'existences libérées.
Les Réformateurs reconnaissent qu'en dehors de ce Dieu libre et souverain qui justifie l'être humain, on ne peut rien connaître d'autre de lui. C'est pourquoi sola gratia est bien plus qu'un simple point de doctrine, cette grâce est bien plus qu'un attribut ou un effet de Dieu, c'est Dieu lui-même ; ou plus justement écrit Laurent Schlumberger, on peut parler de " Dieu qui agit de manière gracieuse " ou encore, de " Dieu dans-sa-grâce ".
Cette justice divine bouscule nos façons habituelles de penser car elle ne répare ni ne punit, elle ne satisfait aucune requête et n'est la somme d'aucun calcul. Dieu n'est l'objet d'aucune tractation possible, sa grâce excède toute possibilité d'échange et brise l'idée que nous nous faisons de la justice (avoir ce qu'on mérite) puisqu'elle rompt le lien entre l'acte et la rétribution ; en ce sens on a pu dire d'elle qu'elle est arbitraire... ou injuste !
Cette affirmation de la seule grâce divine est partagée par d'autres confessions religieuses, seulement dans le protestantisme elle est comprise de manière radicale et joue un rôle tout à fait fondamental. Elle débouche sur de nombreuses singularités quant à la façon de se référer à Dieu, de concevoir le culte, de vivre sa foi :
Mais alors, si les œuvres sont vaines pour le salut, l'affirmation du salut par la grâce seule serait-elle "un oreiller de paresse" ?
Oui, répondent Gagnebin et Picon, si on considère les bonnes œuvres comme une condition au salut, non si on les considère comme le fruit de la grâce :
La mise en garde contre toute tentative de s'attribuer des mérites par ce que l'on fait (pas de glorification humaine possible) n'empêche nullement d'agir. Bien plus, grâce au salut gratuit, le chrétien est décentré par rapport à lui-même, délivré du souci de soi devant Dieu et de l'angoisse de son salut, libre d'investir son énergie dans sa vie chrétienne, professionnelle, familiale... Par son engagement, il est appelé à agir dans le monde et à y jouer un rôle pour le service des autres.
C'est cet amour inconditionnel de Dieu qui rend l'être humain apte, à son tour, à aimer gratuitement ses semblables et à essayer de témoigner chaque jour dans sa vie de cet amour divin. Alors la vie peut recevoir sa vraie coloration : sérénité, désintéressement, disponibilité et solidarité. La vraie liberté si chère aux protestants n'est pas de l'indépendance, je ne suis pas libre contre l'autre ou sans lui, je suis libre pour l'autre et avec lui.
"Nous, nous aimons, parce que lui, le premier, nous a aimés" 1 Jean 4/19 Retour vers Être protestant
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