
Avec les commencements de l'industrie sidérurgique les habitants de cette vallée qui étaient paysans ou bûcherons devinrent progressivement ouvriers d'usines. Les hauts fourneaux qui traitaient le minerai de fer originaire de Sainte Marie aux Chênes étaient alimentés en charbon bois. A Maizières on fabriquait de la fonte, et le métal en fusion était transporté par train jusqu'à l'usine de Rombas. L'exigence de main d'œuvre attira des ouvriers polonais et italiens, et aussi des alsaciens et quelques allemands de la Sarre qui étaient pour la plupart des protestants. Et c'est ainsi que de petites communautés protestantes virent le jour...
Vers 1820, la transformation des hauts fourneaux qui passèrent du bois au charbon donna un élan particulier à ces industries car il fallait de nouveaux ouvriers. L'immigration augmenta ainsi l'afflux de nouveaux protestants.
Ce mouvement de population s'intensifia en 1870 avec la guerre et l'arrivée massive des allemands. De très nombreuses familles alsaciennes et protestantes - des milliers de personnes -, vinrent essentiellement de la région de Bitche et de l'Alsace Bossue et peuplèrent la région de manière intense.
Dans ces familles dont les enfants étaient nombreux, les bûcherons devinrent mineurs et ouvriers d'usine. Ceux-ci commencèrent à s'implanter solidement dans la région, les paroisses protestantes de la vallée étaient désormais mures pour être constituées : Hagondange et Maizières-lès-Metz, et aussi Rombas, Amnéville, Moyeuvre Grande, qui toutes intégreraient l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine.

Le consistoire de Metz décida dans sa séance du 26 février 1913 que Hagondange et ses localités voisines formeraient une paroisse autonome à partir du 1er avril 1913. Jusqu'alors, la communauté protestante pouvait tenir son culte une fois par mois, dans une salle de classe à Hagondange et à Maizières. En devenant autonome, elle devait s'assurer les services d'un pasteur. Elle réussit à en engager un, M. Wintermann, grâce à l'aide fournie conjointement par le gouvernement impérial et par l'aciérie Thyssen. Ainsi chaque dimanche un culte était célébré et les enfants bénéficiaient d'une préparation à la confirmation. Mais très vite, les salles de classe ou plutôt salles de culte devinrent inadaptées pour accueillir le nombre croissant de fidèles ; en effet, seul un petit nombre de participants adultes avait une place assise, et faute de place le pasteur devait écarter les enfants du culte.
A Hagondange l'usine se proposa alors de résoudre le problème de place et mit à la disposition de la communauté un vieux hangar à locomotives qui pouvait être aménagé en église. Et c'est ainsi que le 16 novembre 1913, le nouveau " temple " protestant qui pouvait accueillir environ 150 personnes fut inauguré par le président du consistoire.
Nous célébrâmes alors le culte dans la nouvelle école. Aux jour de fête, la chaire se trouvait être la porte de la salle de classe. A droite se trouvait la salle de classe, à gauche le couloir et la cage d'escalier. Les auditeurs sur les bancs de classes, les rebords de fenêtres, les marches d'escalier, debout, assis. Cependant ils venaient et voulaient entendre et prier. Seul parfois le chant allait un peu de travers, car la cage d'escalier chantait dans un rythme différent de celui de la salle de classe.
Puis arriva Hagondange III, un hangar à locomotives en béton que nous laissa l'usine sidérurgique. Sa situation était excellente par rapport à la répartition de part et d'autre de la population locale.
Je fis maintes prédications dans les environs où je mendiais, mais sans porter la soutane des moines mendiants.
M. Kästner, notre responsable de paroisse occupait le poste de fondé de pouvoir à l'usine, il nous soutint fidèlement dans la recherche d'aide. La fondation Gustave-Adolphe, société spécialisée dans l'aide aux protestants disséminés (diaspora) aida aussi avec beaucoup d'amour.
Ainsi le premier jour de l'Avent 1913 on put inaugurer le hangar comme église. Les transformations et l'aménagement d'un petit clocher, la cloche, les fourneaux, l'autel, les lampes et une ancienne chaire offerte comme cadeau nous coûtèrent en tout et pour tout 8500 marks.
C'était ma première chaire personnelle. Qu'est-ce que j'y prêchais? Pas des choses extraordinaires, seulement une chose : l'Évangile de Jésus-Christ et du Royaume de Dieu."
Extrait de "Sur toutes sortes de choses", Darmstadt, 1962.

En 1978, la paroisse a racheté à l'usine Sacilor le terrain sur lequel se trouve le temple. Sur ce même terrain a été édifié en 1950 un foyer paroissial (une baraque en bois) qui a été détruit par un incendie en 1979 et reconstruit (bâtiment en dur) en 1982, en collaboration avec la communauté Pentecôtiste italienne qui co-ulilise les locaux. Grâce au legs généreux d'une paroissienne en 2006, ce foyer est tout récemment agrandi, embelli et remis aux normes de sécurité en vigueur.
Du côté de Maizières, après la libération qui fut destructrice, une baraque permit à la communauté de se rassembler jusqu'à la construction du temple.
La communauté de Maizières avait un pilier, un homme âgé responsable de paroisse, le père Moses. Notre père Moses avait sur la tête une sorte de kyste semblable à une corne et il ressemblait ainsi au Moïse biblique que certains artistes représentaient parfois avec une corne. Il était présent à chaque culte, s'occupait des collectes et veillait à l'ordre dans le local, lequel était au début une salle de café enfumée et plus tard une salle de classe. Il rendait visite aux nouveaux arrivants dans la paroisse, bref il jouait le rôle d'un diacre bénévole. Nous nous entendions bien. Il ne m'a fait qu'une seule fois des reproches à la suite d'une de mes prédications à propos de " Moïse et Jésus ". - " Comment avez-vous pu prêcher sur ce thème, Monsieur le Pasteur ? J'avais honte, car durant toute la prédication, les garnements n'ont cessé de me regarder en souriant malicieusement ". Je n'osais pas lui avouer que je l'avais remarqué aussi. Je ne pus que lui dire : " Allons, monsieur Moses, laissez cela, les garnements sont des garnements, vous pouvez être fier de porter un nom aussi célèbre ".
Une autre fois il me demanda si je ne pouvais pas lui procurer une épouse à son fils qui était tellement timide.
"Monsieur Moses, désirez-vous que j'adresse cette demande en chaire ?"
"Non, non, je mourrais de honte".
"Bien, je demanderai au pasteur Schwemling qui est plus compétent que moi dans ce domaine".
Mais je n'obtins aucun succès. Plus tard le fils succomba cependant aux charmes d'une Lorraine.
Extrait de "Sur différentes chaires" Ed. Darmstadt 1962.

A Hagondange, en 1934 une école primaire mixte ( c'était très rare à l'époque!) et protestante accueillait 163 élèves répartis dans 3 classes. Une autre école existait au " village ". Puis la commune décida la construction d'un groupe scolaire dans la cité. En fait, dès 1925, elle avait déposé un projet de construction et la direction de l'usine lui avait cédé dans ce but des terrains situés près de l'étang de la Ballastière, au prix de 10 000 francs l'hectare. Cependant à cause de divers problèmes, la construction de ce groupe scolaire fut sans cesse repoussée. Les enfants de la Cité de Hagondange durent donc attendre la rentrée de 1935-1936 pour disposer de bâtiments scolaires adaptés.
A Maizières, il y eut une école protestante jusqu'à la guerre. Puis, de nombreux d'enfants de la commune se rendaient à Hagondange grâce au tramway alors en service.

Les relations entre l'école protestante et la paroisse étaient étroites, en particulier pour ce qui concerne la catéchèse. L'école prêtait des salles de classe pour le catéchisme et pour l'école du dimanche. Cette dernière a d'ailleurs été longtemps assurée par des maîtres volontaires. En 1968 fut créée la première antenne décentralisée du centre de pratique pédagogique de la faculté de théologie protestante de Strasbourg et c'est à l'école protestante de la Ballastière que se déroulaient les cours.
L'enseignement qui était assuré dans cette école primaire ne concernait pas seulement le savoir scolaire, il touchait aussi à la formation humaine. Par ailleurs, la fréquentation d'une telle école par les enfants contribua largement à construire chez beaucoup d'entre eux ce qu'on pourrait bien appeler une identité protestante, en tout cas le sentiment très fort d'être rattaché à une communauté humaine.
Il n'est donc pas étonnant que cette école protestante a aussi été le creuset où bon nombre de cadres de l'Eglise et de la commune ont été formés.
A côté de l'école protestante mixte dont M. Rouh (qui fut aussi notre organiste pendant 60 ans) puis M. Wendenbaum ont été directeurs, il existait deux autres structures scolaires, l'école catholique des filles et celle des garçons. Ces trois écoles ont fusionné dans les années 80 pour ne constituer qu'une seule structure.
Dans les années 1983 la crise de la sidérurgie a par ricochet, profondément bouleversé la vie de la paroisse. Les salariés de plus de cinquante ans, encore dans la force de l'âge, durent cesser leur activité professionnelle, et disposèrent donc de temps pour s'investir largement dans la vie de la communauté ; quant aux plus jeunes, ils furent bien souvent obligés de partir pour trouver du travail. Cette forte hémorragie démographique fut longue à être comblée. Avant la crise tout l'équilibre social et religieux reposait sur les activités de l'usine. Après la crise cet équilibre fut brisé, générant un traumatisme difficile et long à surmonter.

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