Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

L'histoire de la Réforme


L'Europe avant la Réforme

Si la Réforme s'est caractérisée par son ampleur, elle n'a pas été le seul mouvement de rénovation de l'Église et depuis les origines du christianisme, des hommes ont voulu transformer l'Église de l'intérieur. Mais malgré les secousses engendrées par ces diverses initiatives rien ne changeait vraiment car la structure romaine empêchait toute transformation profonde :

  • Saint Augustin (354-430) dessine la vocation universelle de l'Église et par sa lecture de la Bible précise la notion de prédestination. Il s'oppose vigoureusement à l'idée pélagienne que l'homme peut se sauver tout seul, car il pense que tout dépend de la grâce que Dieu accorde ou non.
  • Saint Hilaire de Poitiers (315-367) commente les Psaumes et combat l'arianisme adopté par le nouveau pape Libère qui ne reconnaissait pas la divinité du Christ.
  • Saint Ambroise de Milan (340-397) affirme la primauté du pouvoir spirituel et de celui de la Parole sur le pouvoir des Papes en tant que souverains sur leur territoire. Il défend l'idée d'une séparation des compétences : l'empereur a certes le devoir de protéger et de favoriser l'unique vraie religion, mais les questions de foi et les affaires intérieures de l'Église relèvent de la seule décision des autorités ecclésiastiques.
  • Saint Jérôme (340- 420) traduit la Bible en latin et permet sa vulgarisation, d'où le nom de "Vulgate" donné à cette première Bible en langage courant de l'époque. Cette version a une immense influence sur le développement ultérieur de l'Église.

D'autres mouvements précurseurs ont engendré de la dissidence et ont suscité des réponses violentes et meurtrières de la part des autorités ecclésiastiques ou civiles :

  • Le donatisme (entre 305 et 420 en Afrique) dont le principal point d'achoppement avec l'Église officielle concerne le refus de validité des sacrements délivrés par les évêques qui avaient failli lors des persécutions de Dèce.

  • Le priscillianisme (vers 380), l'une des premières hérésies condamnée par l'Église de Rome, mouvement espagnol ascétique qui a des revendications sociales très proches de celles des réformateurs.

  • La Table Vaudoise (nom initial que s'étaient donné les Églises Vaudoises) qui apparaît avec Pierre Valdo (ou Valdès). ) Après avoir vendu tous ses biens pour vivre selon son idéal de pauvreté ecclésiastique, ce riche marchand lyonnais (1140-1206) fait traduire le deuxième testament en langage vernaculaire et prêche dans les rues de Lyon l'unique fidélité à l'Évangile. Or seuls les prêtres et les clercs étaient autorisés à le faire. Par ailleurs Valdo et ses disciples, appelés les vaudois, ne reconnaissent que deux sacrements, le baptême et la sainte cène. Ils sont accusés de refus de soumission à la hiérarchie, excommuniés, chassés de Lyon et persécutés ; ils font rapidement des émules, en Provence, en Italie du Nord puis, plus tard durant le Moyen Age, en Bohême.
    Violemment persécutés, ils survivent essentiellement dans les hautes vallées alpines du Piémont jusqu'à la Réforme qu'ils rejoindront tout naturellement.

  • Panneau de la rue Jean Hus Le hussisme, initié par Jan HUS (1369-1415) : Ce doyen de l'université de Prague est brûlé vif pour avoir prononcé des sermons contre ce qu'il appelle les erreurs de l'Église de Rome. À la tête d'un mouvement national de réforme, il critique sévèrement la vente des indulgences et sa prédication évangélique entraîne un mouvement populaire très important.
    Les croisades contre les Hussites se poursuivent jusque vers 1434.

Le mouvement de la Réforme s'enracine donc dans une quantité de courants et de filons qui courent au cœur de l'histoire. Il trouve à se réaliser dans le temps si particulier de la Renaissance :

Durant les quatre siècles qui précèdent la Réforme, on ne pouvait être chrétien qu'en se soumettant fidèlement à l'Église qui ne tolérait aucune pensée personnelle ni surtout aucune déviance. Bien plus, tout est greffé sur l'Église, politiquement, socialement et culturellement. Gilles Castelnau montre bien comment l'art sans fantaisie de cette époque reflète cet état d'esprit, ne représentant que des attitudes convenues et respectueusement obéissantes.

À la Renaissance, période d'une intense curiosité intellectuelle associée à un formidable essor des sciences dans toute l'Europe, on a désormais le sentiment de vivre une époque nouvelle. On s'émancipe de la pensée officielle, on redécouvre l'Antiquité, on s'imprègne des idées humanistes qui placent avec confiance l'homme au centre de l'univers et qui visent à lutter contre l'ignorance ; l'art trouve une nouvelle inspiration et de nombreuses universités célèbres se créent. La circulation des professeurs et des étudiants d'université permettra d'ailleurs que se répandent les idées nouvelles et parfois hostiles à l'institution ecclésiastique.

impimerie En 1434 la découverte de l'imprimerie et l'utilisation du papier pour la réalisation des livres facilitent une plus large diffusion des idées et l'accès à la connaissance. Le retour aux textes originaux des Écritures prôné par les grands humanistes tels que Erasme (1469-1536) et Jacques Lefèvre d'Etaples (1460-1536) s'en trouve lui aussi favorisé, il débouche parfois sur la mise en question de dogmes et de lois de l'Église.

Mais dans ce paysage européen de l'époque, toutes ces grandes espérances s'associent à des réalités beaucoup plus sombres. Il règne une grande misère dans les couches sociales défavorisées, la mortalité infantile est omniprésente et le souvenir récent des pestes noires et des grandes épidémies est très prégnant. À cette époque où la vie est si fragile et si précaire, la peur de la mort est puissante et la seule préoccupation spirituelle des Européens est de savoir comment êre sauvé, comment échapper aux peines éternelles.
La riche et intrigante Église d'Occident n'apporte à ces questions que des réponses insuffisantes qui ne calment pas les angoisses des gens : il faut obéir à l'Église, lui faire confiance, se confesser ; elle développe la doctrine du Purgatoire et renforce de façon abusive l'ancienne pratique des indulgences qui véhicule l'idée que l'homme doit acheter son propre salut (ou celui de ses défunts) en réalisant des gestes méritants (aumônes, pélerinages, dévotions...).

C'est donc dans cette époque si troublée par des incertitudes inquiètes que va se dresser en Allemagne un témoin : Martin Luther

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