Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Étienne Babut Le Dieu puissamment faible dans la Bible. Les Éditions de Cerf, 1999,
144 p.


Couverture de Dieu puissamment faible
L'affirmation d'un Dieu tout-puissant est commune aux catholiques, anglicans, orthodoxes, protestants... Et pourtant, constate Étienne Babut, cette affirmation nous met mal à l'aise : en effet, si Dieu est tout puissant, s'il maîtrise tout, s'il est capable d'accomplir n'importe quelle intervention salvatrice pour rétablir un ordre divin, comment alors comprendre l'existence du mal, des injustices graves, des détresses humaines ? Dieu en serait-il le complice ?

Dans cet ouvrage Étienne Babut propose une relecture attentive de la Bible qui s'éloigne quelque peu des enseignements traditionnels de l'Église, une lecture sans a priori doctrinal, libérée (autant que possible !) de toute idée reçue, et qui correspond à un effort de re-découverte des textes lus dans leurs diversités, leurs contradictions et convergences.

L'auteur constate d'abord l'absence de termes hébreux et grecs pour dire la toute-puissance : nulle part les témoins bibliques n'appellent le Dieu d'Israël et de Jésus "le Tout-Puissant", même si certaines versions ont rajouté arbitrairement cette idée à leur traduction. Il montre que les textes de la Bible hébraïque sont très ambigus vis-à-vis de la puissance tant divine qu'humaine, qu'ils ne font nullement son éloge et que bien au contraire, en discréditant les rapports de force ils visent à inciter à une certaine méfiance à l'égard de la force. De la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, tous les textes attestent un Dieu patient qui offre un accompagnement et une alliance appelant inlassablement à la réciprocité, un Dieu qui ne s'impose jamais et qui au bout du compte se laisse mettre en échec.

Mais bien sûr on ne peut nier que la Bible parle de la puissance de Dieu. Étienne Babut s'appuie sur les Écritures (Premier et Deuxième testament) pour s'interroger sur cette puissance propre à Yhwh et pour en discerner les manifestations parfois ambiguës. Il montre qu'elle est bien différente de ce que, à travers les siècles et les cultures, l'humanité désigne par puissance (une domination, une supériorité, une efficacité programmée). Difficile à définir (notamment dans les Révélations du Sinaï et du Mont Horeb), il est impossible de la localiser (enfermer) dans une institution, dans des personnages, une dynastie, une théologie spécifique. Dieu se manifeste essentiellement en venant, en rencontrant, en parlant, en dialoguant. La puissance propre à Yhwh ne peut pas être non plus assimilée à une force magique qui disposerait des événements et des êtres, aussi devons-nous lire les miracles de Jésus non pas comme des actes extraordinaires sans rapport avec la proclamation originelle de Jésus, mais comme des signes qui tous pointent vers le Royaume et la promesse de Salut.

À partir de ces constats, E. Babut propose de comprendre les Écritures à partir d'un autre postulat que celui de l'omnipotence de Dieu, il propose d'apprécier les choses à partir du présupposé étonnant d'un Dieu faible ; faible non pas par obligation mais parce qu'il l'a voulu ainsi dans son engagement dans l'histoire des vivants. Après avoir passé en revue les pièges dans lesquels ce concept de faiblesse risque de nous faire tomber, l'auteur parcourt de façon passionnante les grandes étapes de l'histoire d'Israël et en évoque les principaux personnages pour montrer à quel point le peuple élu est témoin de cette faiblesse : Dieu reste un Dieu qui entend les cris de détresse de son peuple, qui se laisse émouvoir et qui intervient à chaque fois non pas en force, mais par l'intermédiaire de personnages modestes, souvent obscurs, peu recommandables, faibles. Et de son côté, toute l'histoire de ce peuple invite à une foi qui fait confiance en un Dieu sans avoir la certitude que ce Dieu pourra assurer protection et délivrance.

Alors laissons Dieu être à sa manière, selon son choix ! Et ce choix, nous le connaissons grâce au Christ, révélateur par excellence de ce Dieu qui a bel et bien choisi la faiblesse comme l'expression juste de sa puissance. Et Dieu demande simplement aux siens de reconnaître cet amour, d'en vivre et d'en rayonner.
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