Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Jean Zumstein Sauvez la Bible, plaidoyer pour une lecture renouvelée. Édition Du Moulin, 1994, Suisse, 79 p.


La Bible est l'un des livres le plus diffusé au monde, et le protestantisme a redonné à sa lecture une place centrale dans la vie des croyants. Mais le recul et la marginalisation des Églises en Europe amène à une désaffectation à l'égard des Écritures. Ce à quoi s'ajoute, nous le montre Jean Zumstein dans son ouvrage, des risques mortels encourus par la Bible, risques qui paradoxalement se cachent derrière de très bonnes intentions (l'enfer en est pavé !).


Ainsi quatre approches déformantes la mettent en danger et sont dénoncées fermement par l'auteur :

- L'intégrisme fondamentalisme, se défiant de tout ce qui est moderne, affirme le caractère sacré et absolu du texte biblique pour lequel il n'est plus nécessaire de faire un travail d'interprétation puisque Dieu paraît-il, parle immédiatement et directement au croyant. Une telle attitude de durcissement rassure devant la marginalisation des confessions traditionnelles, mais elle rend la Bible otage d'une forme de terrorisme spirituel, dit Jean Zumstein, en l'enfermant dans une seule lecture possible et excluante. Face à la lettre du texte érigé en idole, l'intelligence du lecteur doit s'effacer.

- Au contraire, le psychologisme des méthodes pédagogiques en vogue sacralise le lecteur des Écritures car on prend essentiellement en compte le moi singulier de chacun, le vécu du lecteur, son affectivité, sa personne prise dans toute sa complexité. S'il n'y a bien évidemment pas de lecture authentique de la Bible sans un échange constant entre la Parole adressée et celui qui la reçoit dans ce qu'il a de plus singulier, ce type d'approche psychologisante débouche sur un individualisme important, aux effets pervers : absence de sens critique et de distance créatrice, et surtout lecture enfermante et narcissique qui ne fait que mener de moi à moi, sans ouverture vers un Autre. Dans une telle approche, le lecteur ne s'expose as au grand vent de la Parole extérieure.

- Les documents ecclésiastiques (dont le Document de Lima) émis par les autorités qui visent à défendre "le dépôt de la foi" et à guider la pratique de l'Église, témoignent d'une pratique incertaine dans leur manière de se référer aux textes bibliques : l'autorité de la Bible s'efface, on y cite des versets bibliques sortis de leur contexte et donc sujets à la manipulation ; pour appuyer un point particulier, on les utilise d'une manière harmonisante et pointilliste qui est trompeuse car on écarte la pluralité féconde des textes néotestamentaires. On perd de vue l'Écriture dans son ensemble, on utilise la Bible pour cautionner les discours de l'Église et finalement la Bible n'est plus que le miroir de nos théologies et des présupposés dogmatiques des autorités ecclésiastiques. La critique par Jean Zumstein de ce biblicisme récupérateur est pour le moins sévère !

- La technicité des exégètes bibliques universitaires, aussi intéressante et nécessaire soit-elle, conduit quand elle est poussée trop loin, à un scientisme desséchant qui néglige la théologie. Ces spécialistes s'enferment dans leur tour d'ivoire et cessent de s'intéresser au sens théologique des textes, à leur portée et leur pertinence actuelles, à la manière dont les textes bibliques renouvellent la compréhension de la foi chrétienne. Ainsi, ils ne savent plus en faire éclater toutes les richesses et promesses.

Pour sauver la Bible de ces risques mortels, pour qu'elle puisse encore être ce qu'elle est et dire ce qu'elle dit, l'auteur en appelle avec passion à une sorte de code de bonne conduite qu'il appelle "la déontologie des quatre courages", courages grâce auxquels nous pourrons relire la Bible en profondeur. Le courage de la différence et de l'étrangeté permet de regarder en face la différence qui existe entre le monde biblique et le nôtre (différences historique, de langue, de destinataires...) Le courage de l'honnêteté intellectuelle où le lecteur mobilise les ressources de sa curiosité, de ses questionnements, son sens critique, permet de retrouver la force interpellante des textes bibliques. Le courage de la pertinence conçoit les Écritures non pas comme un monde à part, mais comme un Livre qui amène un dévoilement de mon existence et du monde dans lequel je vis. Enfin, le courage de l'universalité du langage permet que le message biblique soit communiqué dans un langage vivant et adapté qui permettra à la Parole de circuler et de faire sens encore aujourd'hui.

Sous la plume vigoureuse de son auteur, Sauvez la Bible, dénonce donc toute tentative de captation de la Bible, c'est un plaidoyer vif et extrêmement intéressant pour que nous puissions encore aujourd'hui entendre la Parole libératrice de Dieu.
C.W.    Retour vers L'as-tu-lu ?
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr