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Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Bernard Reymond Le protestantisme et Calvin. Que faire d'un aïeul si encombrant ? Labor et Fides, 2008, 134 p.


Par ce sous-titre quelque peu étonnant en ces temps de commémoration collective (on fête les 500 ans de la naissance de Calvin), l'auteur entend donner immédiatement le ton de son ouvrage : Calvin reste un homme du passé qui certes a pesé sur la Réforme en apportant sa pierre à l'édifice, mais au sein de la diversité protestante il n'est qu'un personnage historique parmi d'autres. Il nous faut le regarder sous un angle différent de celui de la louange, cesser de lui attribuer des influences qui n'ont pas toujours été les siennes, reconnaître que d'autres courants que le calvinisme ont laissé leur marque sur le protestantisme réformé... bref, ne pas tomber dans la tentation de recréer une idole, ce qui serait un comble au regard du combat de Calvin contre toute forme d'idolâtrie.

Dans un texte piquant et clair au rythme tonique, Bernard Reymond, professeur de théologie pratique à l'Université de Lausanne, traverse les siècles à grandes enjambées pour examiner comment la tradition protestante a géré l'héritage de Calvin.

Bien sûr Calvin s'est particulièrement distingué et l'auteur retient bien volontiers ses extraordinaires capacités dans l'exégèse des Écritures, son intéressante compréhension de la loi divine vue non seulement comme révélatrice de nos péché mais aussi comme balise de la sanctification, ses connaissances étendues sur les textes patristiques, ses brillantes élaborations théologiques, les réformes genevoises qu'il a inspirées et qui ont fait émerger une nouvelle organisation ecclésiastique efficace et structurée... Mais un examen attentif de l'époque bouillonnante de la Réforme nous amène aussi à relativiser l'importance du Réformateur : même s'il fut au 16e siècle une figure incontournable et décisive dans le monde francophone, la Réforme s'implanta en bien des villes grâce à d'autres brillants Réformateurs qui présentèrent de surcroît un grand esprit d'ouverture. Au nord par exemple, le Zurichois Heinrich Bullinger (successeur de Zwingli) joua un rôle tout aussi déterminant.

Ultérieurement la pensée des théologiens s'est développée sans que ses successeurs se sentent obligés de rester rigoureusement fidèle à sa pensée. Pendant de longs siècles il disparaît même des références explicites et bon nombre de mouvements protestants n'accordent plus guère de place à son enseignement.

Ainsi après le passage difficile du 17e siècle où il se produit une "décalvinisation" avec de vives réactions contre l'étroitesse du dogme de Calvin, le 18e siècle voit s'installer le temps d'une "réforme sans Calvin" : un vent nouveau souffle sur les Églises, d'autres chefs de file apparaissent, (Turretini, Ostervald, Werenfelds) qui sont habités par de nouvelles manières de voir et qui s'efforcent de ne pas se crisper sur des points doctrinaux non essentiels pour le salut. Au siècle des Lumières, Calvin est donc perçu comme un théologien respectable mais pas toujours infaillible, comme un homme du passé qui n'a pas su saisir les exigences protestantes de tolérance, de liberté et de libre examen. Son implication dans la choquante exécution de Michel Servet (brûlé vif en 1553 pour avoir remis en cause le dogme de la Trinité) continue par d'ailleurs à troubler et à questionner.
Puis le 19e siècle poursuivra dans cette voie, malgré les orthodoxes qui se réclament encore des textes normatifs de la Réforme et qui amorcent l'important mouvement du Réveil (Bost).
Au 20e siècle le calvinisme reprend de la vigueur et se prolonge de façon dérivée grâce à A. Cerf ; celui-ci juge que les manières de penser des communautés de Réveil sont trop sentimentales et il s'appuie sur Calvin pour élaborer une théologie libérée de tout subjectivisme ; puis une autre manière de se réclamer de Calvin se répandra en Europe avec Karl Barth. Pour certains au-delà de Barth, le Réformateur marque la manière dont la modernité conçoit la politique, l'économie, les mœurs.

Aujourd'hui ceux que B. Reymond appelle les "calvineux " s'agrippent au Réformateur et recourent à son autorité de façon opportuniste, lorsque cela les arrange, pour confirmer certaines de leurs affirmations. Mais la plupart des protestants se sont distanciés de Calvin et ne sont plus des calvinistes, parce que pour se réclamer de lui tout en restant pertinent, il faudrait tellement transposer sa pensée dans un autre contexte que ce ne serait plus "du Calvin". Calvin était un homme de son temps qui a compris les choses comme un homme de son temps, en fonction des connaissances de l'époque ; mais l'histoire a avancé, des portes se sont ouvertes (les Lumières, néo-protestantisme), des savoirs se sont développés (psycho, socio, sciences), d'autres réalités humaines sont apparues (multi culturalité, laïcité). Et d'ailleurs il est fort probable qu'un homme de son intelligence se serait exprimé de nos jours d'une tout autre manière.
CW

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