Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Philippe Claudel  Le paquet  Stock, 2010, 87 p.

Couverture de le paquet Écrite et mise en scène par Philippe Claudel, cette pièce de théâtre est interprétée par Gérard Jugnot depuis janvier 2010 au Petit Théâtre de Paris.

Philippe Claudel nous dévoile ici un texte intéressant construit autour d'une histoire simple et originale et écrit dans une langue magnifique. Ce monologue, soutenu par des didascalies méticuleuses et précises, ne manque pas de finesse.

Un homme arrive sur scène en tirant un énorme paquet grossièrement ficelé et il engage face à son public, un bien étrange monologue. Tout se passe dans un drôle de corps à corps avec ce paquet que l'homme tente de redresser et dont on ne verra jamais le contenu, un corps à corps tantôt tendre et comique tantôt agressif et belliqueux, où l'homme s'éloigne du paquet, l'empoigne ou s'y accroche avidement, le frôle tendrement, le caresse ou le frappe avec violence, faisant parfois mine d'en relâcher les ficelles ou au contraire, les rattachant solidement. Et on peut imaginer que ces jeux de scènes font symboliquement écho au grand déballage que va nous offrir cet homme désespéré.

À voix haute, il raconte peu à peu sa vie bien remplie et médite sur son existence d'homme très occupé et très entouré. Pourtant ici il est si seul, et son grand déballage oscille entre tragique et ridicule, gravité et drôlerie, tournant parfois carrément au délire. Se raconte-t-il des histoires et s'invente-t-il de bons souvenirs pour cacher son impuissance et ses laideurs et pour tromper sa solitude ? Comme il nous ressemble au fond cet homme paumé et meurtri, avec ses pauvres illusions, ses abandons, ses lâchetés, sa démesure. Il nous émeut car devant l'effondrement de son monde, finalement au lieu de chercher à "sauver les meubles" il accepte de se dépouiller de ses mensonges vaniteux pour apparaître dans la vérité de ses fêlures et de sa vulnérabilité. Il repartira en trimballant son paquet derrière lui... Comment se débarrasser de ce que nous traînons parfois si lourdement et déposer enfin ses fardeaux ?
CW

Extrait p. 77
Je n'ai plus rien. Je n'ai plus que mes mots, et encore, souvent je n'ai pas les bons. Je prends ceux qui traînent. Ce ne sont pas les miens. Ce sont ceux des autres. Ceux que je trouve à droite à gauche, dans les cafés, sur les tables, sur les murs, les publicités qui jonchent les trottoirs, ceux que j'entends à la radio, dans les transports en commun, dans les rues, les journaux, les télévisions. Des lambeaux. L'écume sale du monde. J'emprunte. Je n'ai pas de parole. Rien ne m'appartient. J'ai tout perdu. On m'a foutu dehors, je veux dire en dehors du monde. Je suis un drôle de sattelite. Je rêve encore de la terre mais je m'éloigne sans cesse. Rien n'a été pensé par moi, créé par moi. Je suis tellement perméable. Je ne suis qu'un pauvre type sans intérêt, cousu avec la peau des autres.
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