Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Collectif à l'initiative de l'Église Réformée de France La tentation de l'extrême droite. Réveil Publications Les Bergers et les Mages, 2000, 192 p.


Cet ouvrage écrit à plusieurs voix, préfacé par Michel Bertrand et paru en 2000, trouve son origine dans un vœu émis par le synode national de l'Église réformée de France en 1997. Ce vœu demandait qu'une réflexion soit menée au sein de l'Église, sur la montée significative à l'époque, du Front National. Pourquoi dans l'Église ? Parce que cette dernière se doit de débusquer et dénoncer les tentations qui tourmentent notre société, les idoles que nous fabriquons, les idéologies de notre temps qui se cachent sous nos discours. Elle se doit de nous inciter à résister aux extrémismes racistes et xénophobes. Cette question de l'extrême droite n'est pas simple, on ne peut la traiter de manière superficielle et rapide ; c'est pourquoi elle est abordée ici dans une pluralité d'approches qui toutes, face à la montée des extrêmismes, veulent dépasser les silences complices et les imprécations contre-productives. Cet ouvrage reste encore d'actualité car nous n'en n'avons jamais fini avec la tentation du rejet de l'autre différent, tentation qui nous guette tous.

L'approche théologique, introduite par Antoine Nouis, est examinée de près par André Gounelle qui se demande comment les Églises peuvent intervenir dans le domaine politique et qui en propose quelques orientations. Si la fidélité au Christ se vit de diverses manières qui toutes relatives ne doivent pas être absolutisées, l'institution ecclésiale ne doit pourtant pas se désintéresser du politique.

Trois thèmes sont déployés dans ce registre théologique puisqu'ils apparaissent souvent lorsque l'on analyse les discours de l'extrême droite :
  • la pureté - La quête de pureté débouche inévitablement sur l'exclusion de celui qui est différent (pour lire l'extrait du texte de Jean-Daniel Causse repris dans la Gazette de M. Feuchou en page 6). Cette quête s'explique par nos difficultés à accueillir nos limites et imperfections, mais François Vouga montre que l'Évangile nous invite à nous accepter avec nos failles (aime ton prochain comme toi-même), ce qui nous permet d'aller à la rencontre des autres tout aussi faillibles et "impurs" que nous. L'humain n'a aucunement besoin d'être pur pour que Dieu l'aime.

  • la paternité - Le manque de repères et d'identité qui relève d'une certaine désintégration sociale et que l'on retrouve fréquemment dans l'électorat du Front national, a sûrement quelque chose à voir avec la crise de paternité qui sévit dans notre société. Dans les banlieues d'aujourd'hui, les fils ne peuvent prendre la place du père, et alors ils rêvent d'un père imaginaire (Olivier Abel) et leur identité va se construire autour des notions de clans, de race, de nationalité, de "d'abord nous". La question de l'identité touche également à la problématique "du droit du sol ou droit du sang" et Thomas Römer montre comment la bible hébraïque approche ce sujet et nous amène plutôt à penser ensemble les deux concepts au lieu de les opposer. Seul celui qui sait qui il est, peut accueillir l'autre, mais l'utilisation du droit du sang telle que l'extrême droite la conçoit n'a aucun appui dans les textes bibliques.

  • La peur - c'est le critère qui traverse tout l'électorat si diversifié de l'extrême droite qui ressent de l'insécurité. L'Évangile nous parle de nos peurs et nous invite à les mettre en mots afin de les combattre et de les dépasser.

L'approche psychologique, introduite par Élisabeth de Bourqueney, invite à comprendre les problèmes affectifs individuels et collectifs qui nous touchent tous dans notre humanité mais qui deviennent pour certaine une véritable identité :

- E. De Bourqueney développe le thème profondément universel de la haine en s'inspirant d'ouvrages de D. Sibony et s'attache à présenter la haine identitaire. Celle-ci se fonde sur un sentiment de vide et aide à vivre ceux qui manquent d'appui pour exister. Cette sorte de haine crée des liens (on hait ensemble) et devient source de rencontres. Elle a quelque chose à voir avec l'origine, ethnique, géographique, culturelle... Cette haine-là vient percuter la question de l'identité fragile qui se pose avec acuité dans les milieux d'extrême droite et s'articule avec la phobie de l'autre dans un jeu complexe. Face à ces terribles mécanismes, il y a des voies possibles de lutte, dont le débat qui fait place à la diversité d'idées, l'écoute des fragilités identitaires et le travail de discernement.

- Antoine Nouis montre comment René Girard, à partir des Écritures, dévoile le mécanisme de la victime émissaire qui est utilisé par l'extrême droite et qui fait croire de façon fausse et mortifère que tous les problèmes seront résolus quand la victime émissaire aura été chassée. Dans ces mécanismes, la question des étrangers est abordée sur un plan fantasmatique et non plus sur le plan de la réalité.

- E. de Bourqueney examine comment l'extrême droite fait croire à tort qu'elle pallie aux besoins fondamentaux de sécurité et de proximité lorsqu'ils sont défaillants. Mais en fait l'extrémisme enferme la personne dans une dépendance totalitaire. Les deux besoins dont il est question sont normalement comblés par nos parents durant notre enfance. Mais plus tard, les personnes en situation de grande fragilité aspirent à retrouver les deux figures parentales de leur enfance car elles ont besoin d'être portées et soutenues. Les extrémistes s'emparent de ces images parentales et les détournent : l'État ou le chef est perçu comme le Père portant les individus (en fait ils perdent leur autonomie), la terre devient la mère protectrice englobant l'individu (en fait elle l'enferme, les liens avec le reste sont coupés). Il faudrait donc prendre en compte ce besoin d'être soutenu dans un temps donné, afin que les personnes en situation de faiblesse passagère retrouvent leur autonomie et ne soient pas la proie des extrémistes. La foi dans un Dieu-Père peut aussi nous délivrer de ces dépendances-là.

- Avec son regard de psychanalyste, Simone Molina montre comment les discours de l'extrême droite entretiennent la haine toujours possible en nous et comment ils encouragent de façon manipulatrice, les passages à l'acte. Ils défont le lien social et se servent de nos besoins de sécurité pour faire réapparaître le désir infantile de toute puissance (désirer et fantasmer la maîtrise totale).

L'approche historique et socio politique propose de défricher ces deux champs qui sont les terres nourricières de l'extrême droite qui est à considérer comme un vrai phénomène sociétal. Cette approche pose trois questions :

- l'extrême droite est-elle un phénomène nouveau ? Non car elle puise ses racines dans l'histoire de France et s'inscrit dans une idéologie qui a pris forme il y a plus d'un siècle, notamment avec la crise boulangiste et l'affaire Dreyfus. Pour résoudre des situations complexes, elle a presque toujours préconisé des solutions illusoires et simplistes, exaltant les vertus patriotiques, familiales et traditionnelles et entretenant le culte du sang, du sol et de la race. À chaque fois, elle a pu se renforcer lors des grandes mutations sociales, alors que s'effondraient les grandes certitudes solidement établies. Dans cette histoire, les Fils de la Réforme ont plutôt agi en faveur du refus de l'intolérance et de la haine et ont fait bloc autour des valeurs républicaines, plus proches de leurs convictions religieuses.

- L'extrême droite constitue-t-elle un message d'avenir ? Elle appuie sur ce qui fait mal dans nos sociétés, sur tous ces phénomènes brutaux et complexes si difficiles à résoudre. Mais aux problèmes complexes de notre temps, (en particulier l'insécurité) elle n'offre que des réponses simplifiées et caricaturales, par exemple le tout sécuritaire qui ne rompt pas avec la violence, le repli sur soi qui détruit la relation aux autres, ou encore le rejet des institutions. L'extrême droite ne recourt en fait qu'à des valeurs du passé n'ouvrant aucune perspective d'action.

- l'extrême droite propose-t-elle un projet rassembleur ?

L'ouvrage se termine par une suite de textes très différents les uns des autres et qui se veulent des prises de parole publique destinées à faire réfléchir et à agir. Faits divers relatés, propos publics rapportés, message du Conseil œcuménique des Églises, déclarations synodales, témoignages recueillis parmi quelques Églises locales du sud de la France (Orange, Vitrolles) ou au sein du mouvement alsacien "Comprendre et s'engager", approche par la prédication, autant de pistes concrètes aptes à nous rendre vigilants.   CW

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