Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Éric Fuchs Et c'est ainsi qu'une voie infinie... Labor et fides, 2009, 156 p.


Ce professeur honoraire de l'Université de Genève a beaucoup écrit sur les questions d'éthique dont il est l'un des spécialistes. Dans cet ouvrage, il nous livre des réflexions plus personnelles sur son itinéraire de croyant, et gageons que bien des sentiers de son cheminement rejoindront les nôtres !

Pour mener son questionnement de croyant, il convie tout d'abord le doute. Le doute, ce complice nécessaire de la foi (et non pas son adversaire) qui interroge avec pertinence l'expérience du croyant sans s'en laisser conter. C'est un ami exigeant qui peut et doit dialoguer avec la confiance et le "croire". Pour répondre aux perplexités du doute, Éric Fuchs s'appuie sur les trois sources de sa foi : " La foi est fondamentalement une expérience existentielle suscitée par la rencontre avec la Parole de Dieu, transmise par l'Écriture, donnée dans l'échange intime où la présence ce Dieu se fait sensible et réactivée dans la communauté cultuelle par la prédication et les sacrements. " (p. 34)

Puis afin de montrer qu'elle ne doit pas devenir crédulité ni infantilisation (je ne crois pas n'importe quoi), Éric Fuchs envisage le contenu de la foi et pour cela il convoque la raison qui est un autre allié de la foi. En homme d'aujourd'hui il examine tour à tour les affirmations du Credo et exprime notamment son scepticisme face à une certaine imagerie qu'engendrent notre imaginaire ou nos peurs. Comment par exemple penser la puissance de Dieu sans en faire un "bon dieu" paternaliste ? Et comment se situer soi-même comme créature face au Créateur ?

Alors que les difficultés de compréhension s'accumulent face à l'indicible (nous devons apprendre à perdre nos repères, à changer d'échelle, et cela nous est si difficile), l'auteur se tourne vers le langage eschatologique qui parle de royaume (le cœur de la prédication de Jésus) et de résurrection (l'affirmation centrale du Nouveau testament).
" La foi, elle, reste et restera toujours cette interrogation devant un tombeau vide et ce risque à oser dire avec Marie de Magdala j'ai vu le Seigneur et voici ce qu'il m'a dit. (p. 85)

Et Dieu dans toute cette étrange histoire ? Si on ne peut pas le représenter, s'il n'est pas à notre disposition, s'il se dérobe quand qu'on croit enfin le cerner, semblant même s'être retiré de notre monde, où faut-il le chercher ? "Ailleurs", répond Fuchs, et pas nécessairement dans les lieux où l'on parle de Lui. Dieu est caché sous la figure du pauvre qui a besoin de nous (car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger...) et ceci fonde notre souci de justice. Il est présent dans le silence mystérieux qui habite nos âmes (pour rencontrer Élie, Dieu se tient dans le bruissement d'un souffle) et ceci nous ouvre à l'altérité. Il est aussi dans la beauté de la Création et ceci invite à la foi : " Éthique, mystique, esthétique, trois expériences où se révèlent à la fois notre désir de dépasser notre enfermement naturel et notre difficulté d'y parvenir." (p. 97)

Après avoir montré de quelle manière la foi doit s'articuler avec l'éthique (la foi fournit à l'éthique des principes transcendants reconnus comme des absolus), Éric Fuchs montre ce que le Notre Père peut nous apprendre sur la foi. Il en lève certains malentendus qui peuvent déboucher sur une crédulité asservissante ou sur une soumission craintive. Tout au contraire, il nous fait voir comment cette prière nous détourne de nous-même et nous tourne vers le mystère de Dieu et vers les questions suscitées par nos relations à autrui : " (...) notre pratique envers le prochain sera l'attestation de notre confiance dans la pratique de Dieu à notre égard." (p. 128)

Si le Notre Père témoigne que la foi est un chemin d'espérance, que dire alors de la souffrance, cette réalité incontournable de notre existence qui témoigne de notre fragilité et qui dit aussi la mort inéluctable ? Ici aussi un chemin est lucidement proposé : se dépouiller de certaines idées (la souffrance comme punition divine, ou en tout cas imputable à autrui), abandonner les images idéales que nous nous forgeons de nous-même (je suis fort et je peux tout maîtriser), accepter que l'amour ne va jamais sans la souffrance (on ne fait pas le bien sans souffrir ou sans faire souffrir), reconnaître notre propre dépendance envers autrui, et faire place à un autre que soi, faire place à l'A(a)utre que nous nommons Dieu.
CW

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