Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Valentine Goby Kinderzimmer Éditions Actes Sud, 224 p.


Couverture de Kinderzimmer Le projet de ce livre est né suite à la rencontre de l'auteure avec un homme qui fut l'un des trois enfants français nés à Ravensbrück et rescapés du camp

Suzanne Langlois est invitée dans un lycée pour témoigner de son expérience d'ancienne déportée et tandis qu'elle déroule pour la énième fois sa parole bien rôdée, une question inhabituelle lui est posée venant interrompre le cours habituel de son récit, comme un petit caillou dans la chaussure. Et la voilà qui s'aventure plus loin dans son récit et qui prend le risque de nommer l'innommable et de dire l'indicible, la voilà redevenue Mila, 22 ans, arrêtée sur dénonciation en 1944 avec sa cousine Lisette et déportée politique au camp de Ravensbrück.

La jeune femme y découvre toute l'horreur dont l'homme est capable, le supplice de l'interminable appel à 3h30 du matin sous un froid glacial, la puanteur insoutenable, les bagarres dans les baraquements, les infections de toutes sortes qui épuisent et finissent par emporter les femmes, la faim mordante, la cruauté et les brimades des Schwester et des Aufseherin, le corps qui proteste, qui se lâche, qui se vide. À coups de phrases d'une précision effroyable décodant dans les moindres détails toutes les perceptions de Mila, à coup de mots crus et charnels qui ne vous épargnent pas, nous voici entraînés dans un univers d'une noirceur extrême.

Mais l'extraordinaire de cette histoire, c'est que Valentine Goby nous donne aussi à voir l'élan de la vie et la prodigieuse force de vie qui trouve à s'accomplir dans ce lieu de tous les avilissements. Il y a là-bas l'amitié qui éclot derrière les barbelés, la solidarité qui vibre entre ces femmes, le partage qui donne jour après jour la force de continuer, il y a le bout de charbon volé pour quelqu'une, les recettes que l'on connaît encore par cœur, les vers de Corneille, le rudimentaire bonbon à la framboise auquel on se raccroche parce qu'il éclaire la suite des jours désespérément tristes, et les chiens qui n'ont pas attaqué. Il y a ce courage fou de l'accomplissement des gestes quotidiens et dérisoires, car tout est bon pour rester en vie.

Mila, avec l'aide de Lisette, de Georgette, d'Adèle, de Teresa devenue sa sœur de cœur, s'accroche au présent, à l'espoir et chaque instant de vie est arraché à la mort omniprésente dans le camp. "Le présent te sauve de l'idée du pire", affirme Mila à Adèle. Étrangement, le camp devient presque un lieu de vie quasi-ordinaire et -on se demande comment est-ce possible-, un lieu d'humanité.

La vie palpite aussi dans le ventre de Mila qui est enceinte quand elle arrive au camp. Elle ne sait rien de ces choses-là, mais elle tait ce secret aux surveillantes parce que c'est la seule manière de résister, la seule chose qui lui appartient sans partage : "Contre toute attente, ce qui arrive est une échappatoire, le ventre un lieu que personne, ni autorité, ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s'accaparer tant que Mila garde son secret". Ses compagnes d'infortune vont l'aider à supporter l'épreuve en dérobant du lait et en subtilisant des médicaments pour la faire tenir. Parvenue à terme, elle découvrira alors la Kinderzimmer, la chambre sombre et gelée des nourrissons qui ne vivent pas longtemps, chambre qui a réellement existé à Ravensbrück, comme une anomalie surprenante et un point de lumière dans la nuit.

Ce récit est douloureux, éprouvant, dérangeant, c'est aussi un récit de la lumière qui, à sa manière, raconte sans concession la capacité à la résistance et l'inébranlable foi en la vie. CW
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