Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Andrea H. Japp   Le brasier de justice   Flammarion, oct 2011, 412 p.
Couverture de le brasier de justice

Le brasier de justice nous emmène sous le règne de Philippe Le Bel, dans le Perche superstitieux du début du 14e siècle, et plus précisément dans l'univers pesant des bourreaux du Moyen Âge. Ces parias solitaires dénommés "maîtres de Haute-Justice" se transmettaient la charge de père en fils, ils étaient à la fois craints méprisés et mis à l'écart. Chargés également de supplicier les accusés pour leur extorquer la vérité, certains d'entre eux étaient plus réputés que d'autres car plus habiles à appliquer la sentence mortelle vite et proprement. À cette époque de superstitions, on s'en remettait encore à Dieu avec les duels judiciaires, la personne qui mourrait durant ces duels étant censée avoir été désignée coupable par Dieu lui-même.

M. Justice de Mortagne, de son nom Hardouin cadet-Venelle, est le cadet d'une famille de bourreau, obligé d'endosser cette infâme profession léguée par son père. Bourreau de grande réputation, il remplit durant quelque temps son office sans toutefois être insensible, mais sans trop se poser de question non plus ; après tout, il ne fait que son travail et ce n'est pas lui qui a prononcé la sentence.

Mais voici que Marie de Salvin, accusée d'avoir gravement calomnié un noble en l'accusant de viol, est jugée de manière expéditive et envoyée sur le chafaud pour être brûlée vive. Elle hurle son innocence jusqu'au bout. Troublé, Hardouin la voit apparaître dans ses rêves, elle clame toujours son innocence de manière si sincère et réelle que notre bourreau se met à douter... Un jour qu'il passe dans une taverne, il surprend une conversation propre à innocenter avec certitude sa victime. Bouleversé, -combien de fois a-t-il été ainsi complice d'un tel meurtre-, son désir de rétablir la justice devient aigu et il devient urgent pour lui d'enquêter sur d'anciennes exécutions suspectes.

Écartelé entre son devoir funeste et sa conscience, hanté par le fantôme de sa dernière victime, troublé par des questions sur sa fonction et par des tourments d'ordre spirituel, il négocie alors une sorte de marché avec Arnaud de Tisans, le sous-bailli de Mortagne chargé de rendre la justice : il pourra retrouver l'ancien accusateur menteur pour le châtier et rétablir de façon posthume l'honneur de Marie, en échange de quoi il accepte de mener très discrètement une investigation délicate sur des meurtres sauvages d'enfants. Hardouin se plie aux conditions du sous-bailli et voilà notre détective hors norme lancé dans une enquête difficile, sans savoir à l'avance ce qu'il va trouver ni à qui tout cela profitera. Car sous une apparence d'honnête scrupule et de bons sentiments, le sous-bailli agit en fait pour le compte de son chef, le bailli, qui lui-même agit en faveur de sa maîtresse... Qui manipule qui ?

Ce thriller historique bien documenté vous emmène dans des jeux de pouvoir complexes, de complots en complots et de péripéties en péripéties avec une intrigue passionnante et fluide. On partage ces aventures, on s'interroge sur la nature des bourreaux, leur rôle dans la société, la possibilité de rester sain d'esprit quand on exécute les sentences.

Comme à son habitude, Andrea H. Japp sait planter son décor, créer des ambiances, restituer un environnement. Elle nous instruit sur les mœurs médiévaux, sur la vie quotidienne, l'organisation de la société féodale, les luttes ou trahisons politiques entre les puissants, les mentalités. On découvre aussi toute la violence qui régnait à cette époque cruelle et l'extrême pauvreté des nécessiteux.

L'auteur recourt brillamment au langage de l'époque, utilisant des expressions savoureuses et des mots désuets, complétant son texte par de précieuses notes en bas de page qui foisonnent d'explications étymologiques et historiques.
CW

Quelques passages :
Elle connaissait ces regards de noyé, cette pâleur cendrée. Son mari les manifestait parfois, lorsque le boniment consolateur qu'il se racontait chaque jour craquelait après un supplice de main coupée infligé à un encore presque enfant arrêté pour braconnage ou chapardage alors que son ventre creux le tiraillait...

Est-ce forfaiture que de permettre qu'éclate la vérité, que des innocents soient lavés d'odieuses accusations, que la ternissure qui a rejailli sur leurs familles soit enfin effacée ? Vaut-il mieux rompre le sceau d'une transcription ou envoyer au trépas un innocent ? Quant aux desperatis qui sont parfois, en réalité, des assassinés, ne doit-on pas rendre leurs biens à leur famille et leur restituer le sein de l'église ?

La souffrance, la mort des autres étaient devenue sa compagne, son métier. Leur condamnation à eux, exécuteurs, était autre : ils ne pouvaient exercer que des professions en rapport avec la mort, de père en fils.

- Quant à toi, prends garde ! On te mène, mon tout beau ! Mon tout beau couvert de sang. Tu crois et tu te trompes. Tu ne sais mais tu trouveras ce que tu ne cherchais pas. Levant soudain la voix de façon agressive, elle ordonna : Va-t'en, hors de ma vue, sitôt ! Les sbires de l'enfer sont accrochés à tes talons. Débarrasse-t'en avant qu'il ne soit trop tard.
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