Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Jacques Juillard Dieu, une invention ? Ou les divagations du creuseur solitaire
Van Dieren Éditeur, décembre 2011, 72 p.


Quel ouvrage étrange et singulier qui nous dé-route des chemins habituels ! D'une façon toute particulière, Jacques Juillard y entame un parcours dont le but est de faire le point sur ce qu'il croit, pense, sent et pressent à propos de ce qu'on appelle Dieu. Comment Dieu l'atteint-il et le touche-t-il dans sa vie ?
Mais il écarte soigneusement de son propos tout ce qui risque d'enclore Dieu, de le réduire, de le définir Lui l'innommable et l'indéfinissable. Ainsi, pas de dogme, pas de doctrine, ni de théorie hautement élaborée et savamment exposée qui pourrait "s'opposer aux rires des dieux". Mais une réflexion très personnelle et intime qui désinvente Dieu et qui se propose de creuser directement dans le champ de la toute petite parabole du trésor (Matthieu 13,44) ; c'est un parcours qui ne s'interdit aucune question à propos de Dieu en prise avec l'humain, à moins que cela ne soit plutôt l'humain en prise directe avec Dieu... Mais au fond n'est-ce pas la même chose ?

Jacques Juillard regarde donc tour à tour vers les acteurs de cette parabole et se demande qui peut bien être ce creuseur trouvant quelque chose qu'il ne cherchait pas. Est-ce Dieu, est-ce moi, ou bien encore est ce que nous nous cherchons et trouvons l'un l'autre dans la rencontre ?
Et quelle terre creuse-t-il ? Ainsi y a-t-il des lieux où l'on a plus de chances de trouver le trésor (les religions, le Livre, l'art, soi-même...) ? Avec quels instruments aratoires et selon quelles techniques performantes vaut-il mieux creuser (l'orthodoxie, l'orthopraxie, la prière, la Kabbale...) ? À tous les instruments possibles, l'auteur déclare préférer la bêche qui creuse le silence parce que refusant de définir par avance ce qu'elle peut trouver, cette bêche-là, contrairement à bien des façons de prier, m'ouvre à ce qui me dépasse.

Et ce trésor, n'est-il qu'un leurre, qu'une invention destinée à rendre ma vie plus facile et plus supportable, me permettant par exemple d'apaiser ma peur de la mort ou encore de combler mon désir d'unité ? Et d'où vient cette force de creuser ? C'est Dieu lui-même qui met entre mes mains cette force de créativité et cette énergie qui me pousse à creuser.

Les fragments de réponses possibles trouvées aux questions font surgir eux-mêmes d'autres questions qui sont alors examinées à leur tour, et Jacques Juillard poursuit comme cela ce curieux parcours, comme s'il sautillait de pierres en pierres, de questions en questions sans jamais théoriser. Mais il ne tourne pas en rond sans fin, loin de là ; et c'est ainsi qu'à la fin de cette exploration si personnelle, il nous dévoile le joyau de cette histoire : la joie, c'est-à-dire ce débordement, cette plénitude immédiate qui ne peut provenir que du creux, du vide, du silence. Voilà pourquoi il fallait creuser pour ouvrir ce chemin vers la dimension qui nous dépasse...
CW

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