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Romans

Fouad Laroui Une année chez les Français. Julliard, août 2010, 306 p.


Couverture de Une année chez les Français Dans ce nouveau roman à tendance humaniste, Fouad Laroui raconte l'histoire de Mehdi Khatib, un enfant marocain issu d'un milieu modeste qui se trouve projeté, presque malgré lui, dans le très prestigieux lycée international Lyautey de Casablanca réservé aux enfants des hauts fonctionnaires français et des familles influentes marocaines.

Ébloui par ses talents prometteurs et par la boulimie de lecture de son élève, c'est son instituteur qui lui a fait bénéficier d'une bourse d'interne, à lui qui finalement ne demandait rien. Et voici donc le jeune garçon de dix ans, plutôt solitaire, chétif et boursier, débarquant de son bled au lycée, sans ses parents, muni modestement d'une valise en carton et encadré de deux dindons qu'il est censé offrir au proviseur. C'est la rencontre de deux mondes dissemblables... Et le choc des cultures sera rude pour Medhi qui a passé toute sa petite enfance au pied de l'Atlas, dans une famille où les mots sont plutôt rares, entre une mère imprégnée de culture ancestrale et un père rêvant de démocratie...
Dès son arrivée les ennuis commencent pour lui qui se voit affublé d'un surnom moqueur. Les situations étonnantes et comiques se succèdent, les malentendus s'accumulent, liés au changement de culture. Le jeune Mehdi n'arrête pas de surprendre les habitués des lieux et devient à leurs yeux une sorte de bête curieuse. Lui-même pose sur cette galerie de personnages un regard chargé d'étonnement et parfois de moquerie. Il y a le surveillant communiste Régnier qui a tendance à reconnaître ses frères parmi tous les "indigènes", le gaulliste amoureux des classiques et qui admire les valeurs "d'intégration " de la France, le pied-noir qui, entre mépris et générosité, n'a pas la langue dans sa poche.

Mais le vrai choc, pour Mehdi, le plus étrange et le plus difficile sans doute, provient du fait que le garçon vivait dans le monde des mots-refuge, et qu'il est jeté à présent dans le monde des choses concrètes, le monde des vraies personnes. Et Medhi, terrorisé par cette vie bien réelle et par ce milieu si éloignés du sien et de ses livres, se rend bien compte qu'il n'y comprend rien et que tous les mots qu'il avait appris dans les livres tant aimés, ne peuvent même pas l'aider à comprendre les choses. Il a tellement peur qu'il lui arrive parfois d'imaginer des situations fantastiquement effarantes mais qui ne se passent pas.
Une série d'événements lui fait découvrir la solitude qui vient de l'absence des autres. Il n'existe plus, et c'est cela être seul, car le paradis c'est les autres.

Pourtant, il s'accroche courageusement et il commence à aimer son nouvel univers et ce monde de la réalité française. Il mûrit, grandit, devient plus confiant, se socialise et petit à petit se fait une place parmi les autres élèves. Il trouve en Denis et ses parents une nouvelle famille avec qui partager week-ends et fêtes chrétiennes dans le luxe et la culture française. Il commence à aimer le monde français et à se construire une identité à partir de cette double culture, jusqu'à connaître la tentation de l'assimilation pure. Et très finement, Fouad Laroui montre comment durant cette année chez les Français, le petit Mehdi apprendra la juste et bonne distance qui n'est ni intégration totale annulant les différences, ni séparation infranchissable qui peut aboutir à l'exclusion.

Cette histoire raconte aussi les préjugés indécrottables à travers lesquels nous voyons le monde, et nos idées reçues qui nous collent tellement à la peau que nous n'en n'avons même pas conscience. Mais cette histoire, Fouad Laroui la raconte avec tendresse, intelligence et humour en mélangeant délicatement une certaine légèreté avec le tragique. C'est un régal car son style est très vivant, alerte, plein de jeux de mots et de références littéraires. L'auteur montre aussi combien la langue française est riche et combien on peut jouer avec ses mots de façon savoureuse.
CW

Extraits page 226 :
Denis continua :
- Même en classe, il sort des trucs bizarre. (Sans transition) Il est le premier en français...
Mme Berger, toujours pas revenue de son étonnement parnassien, interrompit Denis.
- Comment ça ? Tu veux dire qu'il est le premier des Marocains ?
- Non, c'est lui qui a les meilleures notes. De tous.
Elle fronça les sourcils.
- Mais alors, vous ne faites pas beaucoup d'efforts, toi, et la fille des Kirchhoff, et le fils Fetter, et les autres, Loviconi et la petite Bernadette...
- Non, maman, on fait tout ce qu'on peut, il est plus fort que nous.
Elle secoua la tête et fit la grimace pendant que M. Berger la regardait, l'air faussement scandalisé.
- Mais enfin, Ginette, pourquoi un petit Marocain ne pourrait-il pas être le premier de la classe ? Tu n'es quand même pas raciste ?
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