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Romans

Henning Mankell   Les chaussures italiennes   Traduit par Anna Gibson Le Seuil, octobre 2009, 352 p.
Couverture de Les chaussures italiennes

Le temps de deux solstices d'hiver et d'un magnifique solstice d'été, Henning Mankell nous plonge ici dans une histoire sobre, profonde et touchante sur des hommes et des femmes ordinaires, des anti- héros qui tâchent de vivre leurs vies et que leurs solitudes, leurs peurs et leurs lâchetés rongent. Et c'est sans doute la plus belle œuvre de l'auteur suédois.

Depuis qu'une dramatique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, Fredrik Welin, soixante-six ans, vit en vieux grincheux renfrogné isolé des autres, sur une île toute blanche de la Baltique complètement cernée par la glace hivernale. En guerre contre tout le monde et surtout contre lui-même, il a pour seule compagnie un chat, une vieille chienne souffreteuse et une énorme fourmilière qui grignote tranquillement la nappe d'une table abandonnée depuis si longtemps ; et pour seules visites, les visites en hydrocoptère d'un facteur hypocondriaque de l'archipel. Fredrik creuse chaque matin un trou dans la glace et s'y immerge : "Je descends dans mon trou noir pour sentir que je suis encore en vie. Après le bain, c'est comme si la solitude refluait un peu".

Au solstice d'hiver, sa routine est rompue par l'arrivée inattendue de Harriet, la femme qu'il a jadis aimée et abandonnée. Elle survient dans sa vie avec son déambulateur, son cancer en phase terminale et le rappel âpre et têtu d'une ancienne promesse que l'homme lui avait faite quarante ans plus tôt, la seule belle promesse qu'on ne lui ait jamais faite. Fredrik l'ignore encore, mais sa vie vient juste de redémarrer sur les chapeaux de roue et c'est tout son destin qui s'en trouvera bouleversé au moment où il s'y attendait le moins.

Confronté douloureusement aux fantômes de son passé, il va de remise en route en remise en route et de surprise en surprise, entre un voyage difficile vers un lac, une quasi-noyade, la découverte bouleversante d'une descendance ignorée jusque là, la mort du chien et la disparition inexpliquée de la chatte, un autre voyage de rédemption vers la nageuse qu'il avait amputée par erreur ; et puis d'autres face-à-face encore le surprennent et le tirent de sa torpeur : il y cette rencontre savoureuse avec un vieux cordonnier italien de génie qui lui fournira finalement chaussures à son pied (d'où le titre), et la rencontre intense avec des orphelines en rupture de ban et auxquelles il finira par offrir le refuge de son île. Une grande scène du roman est la dernière fête organisée une belle nuit d'été pour Harriet sur l'île où elle va mourir. Le chemin du deuil vers la paix sera long et rude, mais l'amour, sous toutes ses formes permettra de recréer du lien et des ancrages affectifs qui donneront du sens à la vie.

Il faut souligner l'atmosphère très particulière de cette Suède profonde et rude dans laquelle Mankell nous plonge dès le début, avec les froidures, la glace, le brouillard, la forêt et les lumières ; tous ces éléments superbement évoqués sont bien davantage qu'un simple décor et jouent un rôle à part entière.

Cette histoire remarquablement belle est écrite dans une écriture sans fioritures, ciselée et subtilement nuancée. Pas de coup d'éclat ni d'étalement bruyant de sentiments, aucun d'attendrissement mièvre non plus. Juste une immense pudeur et de la délicatesse pour parler des infimes remous du quotidien.
CW

Extrait : La vie, au fond, c'est quelque chose de sérieux. Il y a un enjeu, je ne sais pas lequel, mais il faut tout de même croire qu'il existe, et que le sens caché se trouve un cran au-dessus des chèques-cadeaux et des tickets de grattage.
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