Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Daniel Marguerat Admirable christianisme, Relire les Actes des apôtres. Éd. du Moulin, juin 2010, 88 pages


Couverture de Admirable christianisme
Au moment où Luc écrit ses deux récits, son évangile et les Actes des apôtres, l'Église chrétienne n'est formée que de petites communautés dispersées qui sont perdues dans l'immensité de l'empire romain. La chrétienté n'est pas structurée et ses orientations sont extrêmement diverses, voire même parfois discordantes : se côtoient les coteries gnostiques à la spiritualité élitiste, les spiritualités de l'Apocalypse, le judéo-christianisme de Jacques, les églises de Paul très ouvertes... De plus après la destruction du temple en l'an 70, le judaïsme adopte un régime de survie pour se reconstruire, ce qui l'amène à resserrer les rangs et à se montrer intolérant à l'égard des marginalités religieuses. C'est le déchirement douloureux entre judaïsme et christianisme qui est en train de se produire.
Le contexte n'est donc pas particulièrement favorable aux chrétiens inquiets, et pourtant Luc, avec une audace incroyable, va parier sur l'avenir de cette Église. Malgré tous les dangers qui la menacent...

Dans cet ouvrage très tonique au texte parfaitement accessible, Daniel Marguerat, considéré comme l'un des meilleurs spécialistes des Actes des Apôtres, montre comment Luc lègue l'image d'un christianisme dynamique, digne de respect et même admirable.

Luc s'intéresse au christianisme comme peuple et non comme institution, et pour redonner confiance aux chrétiens de l'époque, il les incite avant tout à revenir sur les traces de leur passé pour faire acte de mémoire. Car l'origine de leur foi se trouve bien évidemment dans l'histoire de Dieu avec Israël ; il ne faut pas en avoir honte, et mépriser cette origine ce serait altérer l'Évangile. Luc rappelle inlassablement la dignité du témoin qui nomme Dieu et il fait (re)découvrir l'admirable fécondité de la parole de Dieu, parole qui passe forcément par les paroles humaines de la multitude des témoins. Son livre des Actes est une sorte d'antidote à la résignation car tout le livre est traversé par la réalité de la résurrection ; celle-ci est donnée au lecteur comme clé de lecture qui doit lui permettre de discerner la force de vie œuvrant au creux même des difficultés et des fragilités humaines.
Luc, comme un historien-enquêteur, explore le passé et après avoir récolté dans les Églises la mémoire des événements fondateurs, il peut dresser de Paul une image qui en fait un témoin de toute première importance. Sans lui attribuer jamais le titre d'apôtre, il célèbre en lui l'homme grâce à qui le christianisme est parvenu à maturité.

Autre problématique troublante à laquelle fut confronté le christianisme naissant, ce fut le melting-pot religieux qui caractérisait l'empire romain aux premiers siècles. Comment les diffuseurs de l'Évangile pouvaient-ils agir dans ce contexte de rivalité idéologique et religieuse ? Ici encore dans sa manière de relater les événements, Luc apporte des réponses constructives et propose quatre modèles de confrontation possible entre l'Évangile et les religions : mettre fin à la confusion entre le divin et l'humain et rétablir ainsi la distance entre Dieu et ses créatures (la guérison à Lystre, Ac 14,8-18), rejoindre la religion des autres et s'appuyer sur leur culture pour affirmer la transcendance divine (le discours de Paul devant l'Aréopage, Ac 17), s'insurger contre la manipulation du sacré lorsque la foi devient recherche de pouvoir et auto affirmation (la confrontation avec le mage Simon, Ac 8,5-13), refuser clairement l'absorption dans le méli-mélo d'un marché religieux foisonnant, afin de ne pas engluer la prédication chrétienne dans le syncrétisme ambiant (la jeune esclave aux talents divinatoires, Ac 16,16-20).
Luc met aussi en garde contre toute manipulation économique du religieux. Et sa description -qui a provoqué tellement de commentaires- de la communion parfaite des biens dans les premières communautés ne viserait, selon D. Marguerat, qu'à désacraliser l'argent et le priver de son pouvoir de fascination.

Pour terminer, Daniel Marguerat montre comment Luc, avec l'histoire de Ananias (Ac 5) dénonce un grave danger, celui de croire de manière diabolique que la foi est réservée aux héros, qu'il faut se grandir aux yeux de Dieu et qu'on peut le faire en lui présentant le masque trompeur de la perfection. Autrement dit, le danger est d'oublier de faire confiance au Souffle.

On peut relever que l'état des religions dans les premiers siècles comporte bien des ressemblances avec celui que nous connaissons aujourd'hui, notamment avec l'effondrement des religions traditionnelles et l'explosion des offres religieuses. Et les tentations qui mettent en danger l'Église ne sont guère différentes non plus. Le texte de Marguerat, en suivant une trace vieille de dix-neuf siècles, nous fait découvrir toute l'actualité des paroles de Luc, toute leur pertinence et leur vitalité. Aujourd'hui encore, elles sont susceptibles de vivifier un christianisme usé et parfois découragé.
C.W.
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