Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Daniel Marguerat Résurrection, une histoire de vie Éditions du Moulin, 2001, 98 pp.


La question de la résurrection demeure au cœur des préoccupations humaines, qu'elle se pose de manière aigue lorsque nous sommes confrontés à la disparition douloureuse d'un proche, qu'elle corresponde à une interrogation plus intellectualisée ou bien encore qu'elle interpelle le centre de notre foi. Que s'est il passé après la Croix ? Et que se passera-t-il pour nous après la mort ? Ce petit ouvrage se propose de poser le problème une fois encore et il le fait de manière assez originale puisque Daniel Marguerat s'adresse à Alain, un ami qui vient de perdre sa mère et qui lui a demandé de lui parler de l'après-mort. S'engage alors entre les deux un dialogue par lettres interposées dont nous n'avons comme traces que les paroles de Marguerat. Dès les premiers mots le ton est donné, c'est par une offre de croire que l'auteur répondra au besoin de savoir de son ami. Chaque chapitre est en quelque sorte une réponse au scepticisme et aux objections de Alain quant à la résurrection.

Cet ouvrage s'adresse à un large public. Il est passionnant car l'auteur construit une réflexion qui tout en s'enracinant dans les textes évangéliques ou des textes plus anciens encore, s'appuie aussi sur la recherche moderne et tente de découvrir ce que le Nouveau Testament nous dit au-delà des mots. Sa stratégie narrative est ingénieuse car du coup l'objectif de l'auteur est d'offrir à son interlocuteur un discours valable et acceptable qui à aucun moment ne cherchera à convaincre.

Le premier chapitre évoque la profusion de langages qu'utilisent les évangiles pour dire de manière créative que Jésus est ressuscité, profusion bien différente du terme technique dans lequel nous parquons la résurrection. On relève le langage narratif de l'éveil (se lever, s'éveiller) qui raconte l'après Vendredi saint, celui plus poétique de l'exaltation (Serviteur de Dieu) qui célèbre le triomphe de Dieu sur la mort, et le langage ambigu de la vie qui permet d'argumenter la persistance de la vie au travers de la mort. Ces trois langages peuvent se combiner et chacun d'entre nous sera peut-être plus sensible à l'un plutôt qu'à l'autre.

Le deuxième chapitre aborde les questions de témoignage direct et objectif (absence de récit en "je"), de révélation (celle faite à Paul, c'est que la force de Dieu se fait connaître dans la fragilité de la croix) et de preuves impossibles et même indésirables : la résurrection n'est pas un objet de croyance, elle est le lieu où naît la foi et sa seule preuve authentique mais oh combien vulnérable, c'est l'Église.

Le troisième chapitre étudie le récit de Marc et sa fin si étrange, récit dont toutes les invraisemblances indiquent bien qu'il ne s'agit pas ni d'un compte-rendu scrupuleux d'historien ni même d'un reportage. Non, ce récit qui ne livre aucune information concrète, doit être compris selon une dimension divine toute nouvelle, celle du sens ultime des choses (la 4e dimension), dimension qui est attestée par la présence de l'ange. L'événement de la résurrection est de l'ordre de la signification. Les femmes venues au tombeau pour soigner un gisant sont brusquement conduites vers la vie et au lieu d'un corps, elles trouvent une parole. Marguerat préfère parler du "tombeau ouvert" plutôt que du "tombeau vide", car le Crucifié n'est pas une affaire classée et la fin n'en n'est pas une.

Dans le quatrième chapitre Daniel Marguerat jette un coup d'œil attentif sur les récits des manifestations du Crucifié (plutôt que les "apparitions") qui sont bien davantage des récits d'expériences vécues que des chroniques documentaires. Il y repère quatre traits communs : la manifestation s'adresse à des croyants, elle ne se passe qu'à l'initiative de Jésus, elle tourne autour de la question de l'identification du Crucifié (reconnaître que Celui qui est là est le Crucifié), et il y a envoi, remise en route des personnes et promesse. Daniel Marguerat passe alors en revue les textes de l'Évangile en rapport avec la tradition pascale, textes qui constituent ce qu'il appelle "le petit catéchisme du Ressuscité". Tous indiquent que la vie triomphe pour qui veut bien voir.

La réflexion se termine par la question de l'après-mort qui hante les humains depuis la nuit des temps et Daniel Marguerat montre tout d'abord que le Nouveau testament livre bien peu d'informations sur le sujet. La résurrection, si elle n'est pas une simple reproduction de la vie ici-bas, est aussi inimaginable que Dieu lui-même. Et toutes les images construites à son propos ne peuvent l'enclore, même si certains théologiens comme le génial Paul suggèrent quelques idées, des réprésentation et des images. L'auteur finit son ouvrage en insistant sur le caractère communautaire de la foi : la résurrection est un acte de communion ou elle n'est pas.
CW

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