Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Daniel Marguerat Dieu et l'argent, une parole à oser. Éditions Cabédita, 2013, 93 p.


Attention, danger de richesse ! Cet avertissement lancé à contre courant des valeurs prônées par notre monde moderne du "toujours plus", est développé par Daniel Marguerat en dehors de toute leçon de morale. Bien plus, avec brio et clarté, l'auteur montre justement combien Jésus fait de l'argent une question d'ordre spirituel plutôt que d'ordre moral, nous amenant à repenser notre rapport à l'économie. Pour quoi s'enrichir, demande D. Marguerat ? Quelle cohérence entre foi et gestion du porte-monnaie ? Les Écritures ont bien des choses à nous dire sur ce sujet !

Ne nous trompons pas, l'argent n'est pas mauvais en soi et il n'est pas honteux de posséder. Bien au contraire les biens sont souvent considérés comme un effet de la bénédiction divine. Ce qui est condamnable, c'est l'illusion de se croire propriétaire de ces dons et le refus de reconnaître la grâce divine. C'est la pauvreté qui fait scandale parce que la générosité du Dieu Créateur est destinée à tous et ne doit pas être accaparée par les uns au détriment des autres. C'est pourquoi le Deutéronome met en place une législation audacieuse, (année sabbatique et année jubilaire) qui vise à assurer aux pauvres ce qui leur revient de droit puisqu'ils sont membres du peuple, qui vise à les protéger de la spirale mortifère de la paupérisation afin de leur donner une seconde chance. Il ne s'agit pas de charité, mais de pacte social.

Ce que les prophètes dénoncent avec une extrême vigueur comme péché devant Dieu (et non comme faute morale), ce sont tous les système de pouvoir et toutes les formes de cupidité qui fragilisent et lèsent les pauvres. C'est l'abus de possession d'argent qui est pénalisée.

Pas plus que les prophètes, Jésus n'est l'ennemi des riches, mais il dévoile leur misère et leur mort spirituelles, montrant que les riches sont en danger mortel lorsque l'argent devient pour eux un dieu qu'il nomme Mamon. Mamon, c'est l'argent (trompeur en fait) destiné à m'offrir paix et sécurité. Mamon, c'est aussi la peur de manquer (Lc 12,16-20). Le grand changement apporté par Jésus, c'est donc d'amener la question de l'argent sur un terrain spirituel ("quel dieu se donne-t-on ?") et non plus moral ("bien faire"). La vraie question c'est "sur quoi est-ce que je fonde ma confiance" ?

C'est pourquoi les affaires d'argent ne sont pas bassement matérielles, dans la gestion des biens se joue toute l'orientation de notre vie. Ainsi, établir un budget est ... une occupation hautement spirituelle, qui reflète notre système de valeur, à qui je donne, qu'est-ce que je garde....

Mais alors comment se servir de l'argent ? L'auteur révèle quelques pistes tracées par l'Évangile : si l'argent est investi dans le partage, l'échange, l'attention portée aux autres, la construction de relations humanisantes, alors il se dépouille de toute sacralité, il devient source de vie et d'amitié, il vaut pour le royaume.

Ainsi le Christ nous rend libre à l'égard des biens en affirmant qu'il faut quasiment profaner l'argent. L'argent engendre une responsabilité qui oblige à en redistribuer une partie. Une lecture attentive des textes bibliques permet de dégager cinq modèles créatifs de liberté vis à vis des biens, modèles d'utopie (le dépouillement radical et la communauté de biens) ou modèles de participation. (l'offrande cultuelle, le mécénat responsable, et le bénévolat). Aucun de ces cinq modèles ne doit dominer les autres, il vaut mieux qu'ils existent en tension.

Quant au prêt à intérêt libéralisé par la Réforme et accusé d'être à l'origine du capitalisme (Max Weber), son usage a en fait été moralisé par Calvin qui a distingué le prêt à la consommation consenti aux plus nécessiteux et non rétribué, et le prêt de production qui lui doit être rémunéré parce que grâce à lui, le débiteur obtient un gain nouveau. L'argent doit circuler au profit du plus grand nombre.

Dans un dernier chapitre, Daniel Marguerat évoque la mendicité qui s'invite si souvent dans nos villes, soulignant combien elle déplace nos questionnements du "que dois-je faire ?" à un "quel rapport à l'autre s'exprime dans mon rapport à l'argent ?"
CW

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