Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

BD

Juan Diaz Canales et José Luis Munuera  Fraternity, tomes 1+2   Dargaut, mai 2010 et oct 2011.

Couverture de Fraternity
Le fruit de la collaboration de ces deux auteurs espagnols est un récit en deux volumes particulièrement prenant et original, où les mots et les images se répondent en parfaite harmonie.

Vers le milieu du 19e siècle dans l'Indiana, un groupe audacieux d'hommes et de femmes se tient à l'écart de la guerre de Sécession. Grâce au riche idéaliste Mc Corman, ils fondent la communauté "New Fraternity" qui choisit de vivre selon des principes fraternels et égalitaristes. Ils vivent en autarcie, abolissent la propriété privée et partagent équitablement les biens et les tâches, abandonnant la religion et gèrant le groupe et les prises de décision de façon démocratique. Mais une pareille quête n'est-elle pas illusoire ? Une telle colonie peut-être vraiment survivre ?


Une mystérieuse bête dévore leurs poules et lors d'une partie de traque, les hommes du groupe tombent nez à nez avec un enfant sauvage qu'ils recueillent dans leur confrérie. Émile grandit parmi eux sans apprendre à parler et il se rend souvent dans la forêt pour rencontrer l'étrange créature qui y vit. Un jour il tombe nez à nez avec un groupe de soldats rescapés d'une embuscade et à qui la communauté, bien que partagée sur la question, offre son hospitalité. Malheureusement, l'équilibre commence à se révéler fragile dans cette société atypique qui semble prendre l'eau de plus en plus. Les divisions se font jour. Les tensions se renforcent entre ceux qui travaillent et ceux qui profitent du système ; les esprits s'échauffent avec l'arrivée de ces soldats déserteurs un peu louches ; les peurs grossissent également à cause de l' effrayante bête et du lien obscur qu'elle entretient avec Émile sur lequel elle semble veiller. Devant le risque de chamboulement et devant les peurs, les idéaux de la microsociété ont bien du mal à se maintenir, d'autant plus que le manque de nourriture se fait de plus en plus sentir.

L'histoire est servie par des décors somptueux et très fouillés, des angles de vue époustouflants, des effets de profondeur étonnants et des découpages extrêmement dynamiques. La mise en couleur fabuleuse joue astucieusement avec l'ombre et la lumière, créant savamment une ambiance mystérieuse ou même parfois effrayante. Comme de coutume, les dessins de visages de J.L. Munuera sont extraordinairement expressifs et nous pouvons y déchiffrer toute la palette des émotions humaines.

Cette histoire entremêlant des aspects historique, philosophique, et fantastique nous livre ici toute une réflexion sur les relations aux autres, sur les fondements d'une société et les rapports de pouvoir. Quand des peurs archaïques remontent à la surface et que menace la famine, les idéaux ne résistent pas et les fondements même des sociétés humaines sont fortement ébranlés.

Alors que le premier tome se prenait le temps de planter le décor et de présenter les multiples personnages, dans le second volume les événements se précipitent, sombres et accablants. Ça craque de toutes part. Les superstitions, la religiosité bigote, l'intolérance et le sectarisme détruisent complètement la belle unité qui existait au début de l'aventure. Le rêve bascule dans le cauchemar et seuls Émile et Marie semblent garder la tête froide, épargnés par les égarements du groupe. La mort du fondateur Mc Corman et la folie meurtrière de Josiah mettent le feu aux poudres, désormais il ne subsiste plus aucune lueur d'espoir pour sauver la communauté qui se voulait parfaite. Les habitants de la petite bourgade, sauf quelques uns, iront alors jusqu'à détruire leur propre cité et à renoncer à leurs rêves. Ici encore, les couleurs des dessins, la façon de les cadrer et les découper contribuent avec art à nous faire sentir la lente dégradation de New Fraternity dans une ambiance très tourmentée.

L'histoire est parfaitement menée et maîtrisée et la tension y monte page après page. Elle peut déplaire, dérouter ou mettre mal à l'aise à cause de sa noirceur, mais on ne peut s'empêcher, en fermant l'album, de se demander si la créature mystérieuse qui vit dans la forêt ne se trouve pas cachée au fond de chacun-e de nous... C.W.
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