Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

André Gounelle Parler de Dieu. Édition Van Dieren, collection du "Foyer de l'Âme" 2004,158 p.


Couverture de Parler de Dieu Dire quelque chose sur Dieu... Certains s'y refusent parce que selon eux Dieu est ineffable et nous les humains, nous ne pouvons pas même toucher du doigt sa réalité ultime : Dieu comme principe abstrait existerait indépendamment de nous et on ne pourrait rien en dire. D'autres encore ont exprimé l'idée conceptuelle d'un Dieu lointain sur lequel ils spéculent, le rendant alors complètement inerte, immuable et inaccessible.

Gounelle quant à lui se risque à parler de Dieu par touches successives et par questions interposées, dans un ouvrage passionnant et très accessible, même au-delà du cercle des Églises.

Il parle d'un Dieu qui agit et réagit, parle, se bat, réfléchit, délibère, éprouve des sentiments, se repend parfois, a des desseins, se fâche, souffre avec nous, nous rencontre. Ni fermé, ni figé, ni parfait (du moins pas au sens où on l'entend habituellement), c'est un Dieu vivant, en mouvement (le Survenant), qui possède un dynamisme interne et qui s'engage définitivement dans l'histoire des hommes en se liant à eux (l'Emmanuel). Dieu est un " mot-relation " qui ne traduit pas ce que Dieu est (son absolu m'échappe complètement), et qui exprime plutôt quelque chose du lien m'unissant à lui, qui dit comment il m'atteint et me rejoint dans ma propre histoire. L'anthropomorphisme pour le dire n'est pas condamnable en soi, d'une certaine manière l'anthropomorphisme est inévitable et nécessaire puisqu'il indique le pôle humain de Dieu.

On ne peut donc pas se passer d'images pour dire l'invisible, et le seul danger c'est de confondre ces images avec la réalité. Et voici ici une autre idée forte qui traverse tout cet ouvrage : les paroles évoquent mais ne définissent pas. Toute théologie est menacée par la tentation de se construire en totalités englobantes qui prétendent enfermer définitivement Dieu dans des catégories et des concepts. Et tout chrétien doit affronter cette difficile contradiction, parler nécessairement de Dieu sans y parvenir vraiment. Il y a d'ailleurs une sorte d'entrechoquement fructueux et vivifiant de nos représentations de Dieu qui nous protège de toute idolâtrie. Par exemple, dans la Bible Dieu est nommé de diverses manières, comme un père, il est parfois assimilé à un époux, ou décrit aussi avec des qualités féminines, ou encore comparé à un objet tel le rocher. Et chacune de ses appellations vient contester la totale adéquation des autres. Cette sage pluralité de langage, loin de nous perturber, doit nous empêcher d'absolutiser une seule de ces représentations : "Un élément d'agnosticisme, de scepticisme et de contestation s'impose toujours" affirme Gounelle qui ajoute finement : "un agnosticisme qui ne doute pas de lui-même cache et recouvre souvent un dogmatisme clandestin".

D'après son auteur lui-même, ce livre donc est un essai pour dire, un essai lacunaire et inachevé qui ne prétend en aucune manière affirmer de façon immuable. Mais les catégories philosophiques dont on s'est servi dans le passé pour penser Dieu ne fonctionnent plus, il faut donc s'engager dans une autre voie : penser et exprimer la réalité divine en fonction de notre situation présente et de notre culture contemporaine. Sans renier tout ce qui a été dit aux époques précédentes, Gounelle montre la nécessité d'inventer un discours crédible qui tisse des liens entre foi, science, culture et expérience, sans que l'un domine ou exclut l'autre. Et pour être crédible, la théologie doit savoir rejoindre les gens et leurs expériences. Par exemple, comment se nourrir aujourd'hui d'une théologie qui affirme que je suis complètement soumis à l'autorité supérieure divine, alors que je sais disposer dans ma vie d'une certaine liberté, certes relative et limitée, dans mes choix et mes décisions ? Comment s'approcher de l'idée d'un Dieu qui est responsable du mal (puisqu'il dirigerait toutes les affaires de ce monde), alors que cette idée percute contradictoirement mon vécu relationnel avec ce Dieu ?

Gounelle pose ainsi au sujet de Dieu des questions fondamentales et revisite des notions associées habituellement à Dieu : toute-puissance, omnipotence et pouvoir, perfection, parole et silence... Avec son incroyable don de pédagogue, avec aussi une infinie modestie, il avance ses affirmations et ses propositions de réponses de manière tranquille, positive et ouverte. Il aborde les diverses réponses que la théologie a pu apporter, les explique et les interroge en profondeur, en montre les aspects positifs, les carences, les excès et les dangers. Sa démarche de réflexion évite d'opposer les réponses possibles les unes aux autres car les faire se disqualifier mutuellement serait trop ruineux. Gounelle cherche plutôt à les équilibrer et à les associer, proposant des réponses qui se situent souvent en tension entre plusieurs positions différentes. CW

Un extrait :
"Tous les propos sur Dieu souffrent de défauts, de manques et risquent de le masquer ou de travestir sa vérité au lieu d'en témoigner. Les propositions auxquelles on aboutit ne sont que des hypothèses qu'on doit réformer ou reformuler. Si elles se prétendent définitives, au lieu de constituer des étapes dans un trajet, elle le pervertit. La Bible remplit ici une fonction critique déterminante. Elle ne nous impose pas une doctrine de Dieu, elle questionne, limite et transforme celles que nous proposons. (..) La présence vivante et active de Dieu se manifeste par ce qui dans l'explication demeure obscur et reste encore à déchiffrer, par ce qui détourne de fermer un système et oblige à le laisser ouvert et inachevé.
Dieu se situe dans la recherche des croyants et des humains, non dans leurs possessions. "
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