Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Raphaël Picon Dieu en procès. Les Éditions de l'Atelier, 2009, 116 p.


Couverture de Dieu en procès
L'auteur est professeur et Doyen à la Faculté de théologie protestante de Paris, rédacteur en chef du mensuel Évangile et liberté, spécialiste de la théologie du Process.


À l'heure où la critique du religieux abonde et s'affirme grâce à des moyens d'expression très diversifiés et dans des contextes plus ou moins polémiques (ouvrages, caricatures, spectacles d'humoristes...), Raphaël Picon s'interroge sur les conditions et les limites de cette critique. Dieu en procès, c'est Dieu interrogé dans sa crédibilité, et aussi Dieu compris dans le contexte de la théologie du Process.

Dans cet ouvrage dense, tonique et clair, Raphaël Picon a l'art de faire vaciller de manière très audacieuse des façons de penser que l'on croyait inébranlables et immuables.

Dans un premier chapitre, après avoir exposé l'idée d'une analogie entre les religions et les langues (toutes deux rendent possible la description de réalités, la formulation de croyances, et l'expérience d'attitudes, d'émotions et de sentiments ; toutes deux possèdent aussi un aspect communautaire très marqué), l'auteur s'interroge sur la légitimité et la validité d'une critique de la religion (critique-t-on un système linguistique ?).
L'auteur conclut que le questionnement et la critique sont nécessaires (même si parfois ils sont douloureux) car ils évitent l'absolutisation en combattant l'idée que la religion puisse s'identifier au Dieu auquel elle se réfère. Ils mettent aussi l'accent sur l'écart inévitable entre l'expérience révélatrice qui fonde telle ou telle religion, et la façon dont nous comprenons et interprétons cette expérience : "toute religion déforme et révèle en même temps". De la même façon qu'un jeu de langage n'est jamais figé dans des règles immuables, toute religion ne cesse d'évoluer, de se renouveler et d'être transformée grâce à une critique (externe et interne) qui l'ouvre à des interrogations et à des attentes nouvelles. Mais cette critique, qui peut être mystique, éthique, rationnelle ou prophétique (selon Gounelle et Reymond) et aussi sociétale, doit être régulée par certains principes qui la rendent utile et recevable (méthodes, visées, limitation de son champ d'application liée au caractère intime et en partie inconnaissable de l'expérience religieuse...).

Après ces considérations sur la critique, l'auteur s'intéresse aux procès qui sont faits à la croyance en Dieu et suggère quelques chemins de conciliation :
  • le problème du mal : impossible d'accepter les souffrances injustes d'un Dieu tout puissant.
  • le blocage à l'émancipation humaine : croyance en Dieu et raison scientifique ne font pas bon ménage.
  • le décalage entre prédication et monde moderne : le message chrétien souvent n'est plus signifiant aujourd'hui.
  • le déterminisme total : l'articulation entre Dieu et le monde telle que la conçoit le christianisme n'est plus pertinente.
  • l'absence de preuve, et en particulier le déficit d'expérience.
  • la culture de la totalisation : elle donne à croire que l'accès "à tout" est possible alors que la foi en Dieu propose une logique du manque et du vide.
Certains théologiens tels que W. Monod, K. Barth, Cox, J. Cobb et J. Spong ont entendu ces remises en cause fondamentales issues principalement de l'athéisme et en ont fait un moteur vital de réflexion et de renouvellement, proposant d'autres élaborations théologiques. Ce faisant, ils ont contribué à réviser en profondeur les conceptions traditionnelles de la nature de Dieu et de son action dans le monde, permettant que se développe "une religion en critique, non seulement aux prises avec la critique, mais structurée par elle." D'ailleurs R. Picon fait très finement remarquer que certains théologiens poussent la critique bien plus loin que ne le font les détracteurs du christianisme, et que les plus dogmatiques ne sont pas sont ceux que l'on croit. La situation du croyant est parfois plus inconfortable que celle de l'athée car pour lui la question de Dieu n'est jamais résolue.

Dans sa troisième partie, Raphaël Picon nous amène au cœur de la question en s' (nous) interrogeant sur la crédibilité de Dieu. Il commence par poser une alternative qu'il décline brillamment ainsi : comment trouver le chemin de la foi entre un Dieu extravagant et un Dieu raisonnable, entre l'incroyable et le démontrable, l'impensé et l'indiscutable, entre le Dieu des croyants et le Dieu des philosophes, ou encore entre "l'excès du croire" et la rationalité du croire ? Autrement dit, est-ce que "croire excède tout argumentaire et toute compréhension rationnelle, je crois parce que c'est comme ça, cela me dépasse ", la foi, irréductible à tout système de compréhension, s'impose comme don de Dieu de manière irrépressible ? Ou bien est-ce que l'acte de croire doit être inféodée au déploiement de la raison humaine et aux exigences d'une justification rationnelle (Dieu démontrable est "objet de savoir") ? Avec talent, R. Picon nous montre à quel point aucune de ces positions n'est satisfaisante toute seule sans (et contre) l'autre. Il propose de dépasser l'alternative en nous tenant sur les deux versants à la fois :
  • d'un point de vue du raisonnable, Dieu est ce que nous en disons (Dieu comme invention humaine). Il se laisse dire à travers nos mots, il est relatif (au sens propre du terme), c'est-à-dire relié, en relation, non absolu. Et c'est tout le sens de l'incarnation en Jésus Christ : Dieu est pensé comme un Dieu intimement relié à la finitude humaine.
  • d'un point de vue de l'extravagance, Dieu n'est pas réduit à ce que nous en disons, il est aussi autre chose. Insoumis à ce qui prétend le définir, il pointe un au-delà, il est puissance du possible et en cela il nous décentre, nous transforme et nous ouvre à l'altérité. (Raphaël Picon, en compagnie de Laurent Gagnebin, développe largement cette notion d'insoumission de Dieu dans Le protestantisme, la foi insoumise Flammarion, 2001, 233 p.)
"C'est donc sur cette tension de l'incroyable et du raisonnable que Dieu se donne selon nous à penser comme Dieu crédible " (p 106)

" Au pli du raisonnable et de l'extravagance, de l'arbitraire et de l'inattendu, Dieu est selon nous cet au-delà inscrit au cœur de nous-mêmes, la part encore inouïe du monde, sa promesse. " (p. 108)

C.W. Retour vers L'as-tu-lu ?
Copyright © 2007 v.2 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr