Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Réflexions théologiques

Thomas Römer Psaumes interdits, du silence à la violence de Dieu. Éditions du moulin, 2007, 94 p.


Dans cet ouvrage très facilement abordable, Thomas Römer nous éclaire sur certains psaumes dérangeants, ceux que les chrétiens d'aujourd'hui s'interdisent de lire dans leurs liturgies car théologiquement ils ne sont pas acceptables. Et en effet ils nous embarrassent bien, ces textes chargés de violence et de haine qui appellent à la vengeance divine contre toutes sortes d'ennemis ! Ou ceux qui expriment une souffrance et un désespoir alourdis par le silence d'un Dieu qui semble sourd et silencieux face à la détresse et à la prière des humains.

Dans une première partie, Thomas Römer suggère que les psaumes de détresse (et notamment les Psaumes 6 et 22 ) dessinent, traduisent un cheminement particulier et bienfaisant dans lequel nous pouvons toutes et tous nous retrouver. Il montre de quelle manière la lamentation humaine débouche sur la certitude d'un rétablissement et donc une proclamation de salut, et combien ces complaintes désespérées construisent toujours des messages d'espérance et de confiance. Bien plus, dire sa souffrance à Dieu (et Dieu supporte qu'on lui dise tout) a véritablement le pouvoir de transformer une situation porteuse de mort en une promesse, une perspective de guérison et de vie. Les psaumes de détresse, sans masquer la douloureuse expérience de la nuit noire, n'enferment jamais le croyant dans une souffrance narcissique qui le clorait sur lui-même. Au contraire ils permettent de restaurer la relation avec Dieu, envers et contre tout. L'exercice de la consolation appartient à Dieu.

La seconde partie aborde les psaumes de vengeance, des textes choquants car ils réclament âprement l'extermination et la vengeance divines (Psaumes 83, 58 et 137). Ces prières reflètent une ambivalence humaine fondamentale : face à un mal subi, l'homme espère ardemment une vengeance salutaire qui rétablirait la justice et le droit. Mais cette aspiration, comme nous le rappelle l'histoire de Caïn et Abel, dérive le plus souvent vers une violence incontrôlable (due souvent à un déficit de paroles et de communication) et vers des représailles qui explosent alors en un désir d'anéantir (tuer) totalement l'adversaire. L'intention de ces textes qui sollicitent une intervention guerrière de la part de Dieu est de
  • rappeler lucidement que la violence fait de toute façon partie de la vie des humains.
  • reconnaître la nécessité de ne pas laisser déferler sans mesure sa propre violence.
  • affirmer que d'autres voies sont possibles et que l'exercice de la justice appartient à Dieu et non à l'humain.
Ce transfert sur Dieu de l'exécution du châtiment possède une fonction thérapeutique car le psalmiste se déleste de son désir de vengeance et empêche que sa violence n'éclate matériellement. Ainsi la justice divine est affirmée contre toutes les évidences.

Il faut donc selon Thomas Römer, continuer à lire les psaumes, tous les psaumes, même et surtout ceux qui nous déconcertent. Ce sont des porte-parole grâce auxquels nous pouvons porter devant Dieu tout ce qui bouillonne en nous. Inévitablement, le chemin vers la confiance passe par l'énonciation de tout ce qui fait obstacle à cette confiance, car pour avancer vers la louange et la paix avec Dieu et avec les autres, il est nécessaire de surmonter la détresse et les sentiments de violence. Et les psaumes nous accompagnent sur ce chemin.
CW

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