Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Cormac McCarthy La route. Édition l'Olivier, 2008, 256 p.


Couverture de La route Dans ce roman étrange et impressionnant qui vous prend très vite aux tripes et qui vous serre infiniment la gorge, les humains semblent être redevenus des ombres, on ne sait plus où on est, tous les principaux repères de la vie humaine sont effacés.

Un homme et un petit garçon... Un père et un fils, dont on ignorera les noms jusqu'à la fin, seulement définis par les liens qui les unissent, et uniquement debout grâce à cette incroyable relation qui les soude. Transis et affamés, ils errent sur une route, dans un environnement désespérément gris. La peur au ventre, ils traversent des paysages dévastés recouverts d'une épaisse couche de cendre. Ils avancent pas à pas en poussant un caddy muni d'un rétroviseur chromé dans lequel sont entassées de dérisoires richesses, leur strict nécessaire. Afin de rejoindre la mer, ils s'avancent sur cette route qui serpente au milieu d'un monde effondré, détruit par une catastrophe dont nous ne saurons jamais rien. L'existence, où le moindre petit objet en bon état prend une valeur vitale, est réduite à l'essentiel : trouver un abri pour se protéger, se réchauffer, économiser ses forces, rechercher de quoi survivre. Et marcher, sans cesse, coûte que coûte, vers le Sud, par étapes.

Dans cette marche qui semble absurde, ils croisent des cadavres, des carcasses, des ruines, quelques survivants fantomatiques et flous, des pillards devenus anthropophages et auxquels il faut absolument échapper. On assiste à une terrible régression de l'humanité qui a retrouvé ses instincts primitifs, régression qui génère " les méchants ", ceux qui retournent au stade de chasseurs-cueilleurs, concurrents dans la course à la vie, prédateurs bourreaux ou victimes. Notre société de consommation poussée à l'extrême porte-t-elle déjà en germe ce monde dans lequel, après avoir fini de consommer nos dernières boîtes de conserves, il ne nous restera plus qu'à nous consommer nous-mêmes ?

Seuls contre tous, l'homme et l'enfant avancent sur la route, portés en avant par on ne sait quoi. Et la marche est lente, très lente, dans la nuit et le froid, avec l'idée permanente de la mort et le farouche espoir entièrement contenu dans cet effort ultime pour survivre. Et une terrible question ronge le père qui sait bien qu'il ne pourra pas protéger son fils éternellement de la férocité des barbares : Aurai-je le courage de le faire, d'utiliser le révolver et ses deux dernières balles ?
Sont-ils les derniers humains du monde connu ? Le dernier exemplaire de " gentils ", de ceux qui portent le feu et qui savent entretenir les flammes des bougies jusqu'à la dernière goutte de cire ?

Ce récit métaphorique fait alterner animalité et transcendance, corps et esprit, abstraction subtile et matérialité triviale. Le style incroyablement dépouillé, c'en est presque insupportable, associé à la justesse de dialogues très sobres, fait puissamment écho à l'existence douloureusement réduite de ces deux humains.

L'existence même de l'enfant devient un mystère : Symbolise-t-il un monde et une vie qui de toutes les manières ne mènent à rien ? Ou bien est-il le futur incarné ? Même dans d'effroyables conditions, quelque chose peut se transmettre entre les générations pour conserver l'étincelle. Et ce père, témoin et passeur infiniment émouvant, apprend à son enfant qu'il ne faut jamais renoncer : Quand tu rêveras d'un monde qui n'a jamais existé ou d'un monde qui n'existera jamais et qu'après tu te sentiras de nouveau heureux, alors c'est que tu auras renoncé. Et tu ne peux pas renoncer. Je ne le permettrai pas.
L'enfant avait déjà compris, il disait: C'est comme ça que font les gentils. Ils essaient toujours. Ils n'abandonnent jamais. Et lui qui n'avait jamais connu le monde disparu, l'espoir ne le désertera jamais complètement. Car peut-être, existe-t-il encore un autre homme et un autre enfant qui vivent ailleurs dans la même quête. Peut-être même au bout de cette route...

Quelques extraits :

" Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. "

" Aucune liste de choses à faire. Chaque jour en lui-même providentiel. Chaque heure. Il n'y a pas de plus tard. Plus tard c'est maintenant. "

" Sur cette route il n'y a pas d'homme du Verbe. Ils sont partis et m'ont laissé seul. Ils ont emporté le monde avec eux. Question : Quelle différence y a-t-il entre ne sera jamais et n'a jamais été ? "

" L'enfant lui posait parfois des questions sur le monde qui pour lui n'était même pas un souvenir. Il avait du mal à trouver une réponse. Il n'y a pas de passé. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Mais il avait renoncé à lui dire des choses de son invention parce que ces choses-là n'étaient pas vraies non plus et ça le mettait mal à l'aise de les dire. L'enfant avait ses propres illusions. Comment est-ce que ça serait au sud ? Y aurait-il d'autres enfants ? Il tentait d'y mettre un frein mais son cœur n'y était pas. Qui aurait eu le cœur à ça ? "
C.W. Retour vers L'as-tu-lu ?
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