Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

BD

François Schuiten et Benoît Peeters   La Tour   Castermann, mai 1993, 112 pages

Couverture de La Tour Avec cette plongée dans le monde parallèle des Cités Obscures, F. Schuiten et B. Peeters nous offrent un album remarquable au scénario original et inventif qui déroule une histoire pleine de paradoxes et de faux semblants.

Mainteneur de son état, le gardien Giovanni Battista vit seul depuis une trentaine d'années sous les voûtes des niveaux supérieurs de La Tour et il connaît son territoire dans les moindres recoins. Mais dans ce monde labyrinthique et absurde où chacun tient son rang, les individus semblent tournés vers un but qu'ils ont oublié depuis très longtemps. La fonction de Giovanni consiste à réparer les dégâts du temps qui endommagent le gigantesque édifice et à signaler les anomalies inquiétantes. Mais pas l'ombre d'un inspecteur de la Base... Il se sent abandonné par une administration bizarrement silencieuse devant ses messages d'alerte. Et d'ailleurs, il lui semble bien que son seul moyen de communication, une sorte de réseau pneumatique, ne fonctionne plus. Après un énième éboulement, il décide d'abandonner son poste et de quitter sa zone bien protégée, pour partir vers les niveaux inférieurs et informer quelqu'un de la situation alarmante. Commence alors pour lui une aventure étonnante qui l'amènera à briser un ordre insensé et à découvrir l'absurdité de cette construction illusoire qui se voulait idéale.



planche de La Tour Giovanni décide donc d'atteindre le sommet de la Tour et accompagné de l'insolente Milena, il est confronté à des événements étranges auxquels sont mêlés de mystérieux tableaux. Son périple dans la Tour se rapproche plutôt d'une errance physique et spirituelle qui l'amènera à comprendre le rêve métaphysique des hommes qui avaient bâti cette Tour pour qu'elle leur permette de s'approcher peu à peu du divin. Et justement c'est cette traversée de la Tour qui lui fera prendre conscience de l'échec de la quête de savoir et de sens.

La Tour comme impasse, symbole de l'orgueil humain et reflet d'un monde replié sur lui-même où toutes les communications sont problématiques, est omniprésente à toutes les planches ; et elle a ceci d'inquiétant qu'elle happe littéralement le lecteur. L'univers mis en image dans cet album est prenant, et le jeu habile entre le noir et blanc, présent dans tout l'album, contribue parfaitement à créer une ambiance étrange, captivante. La lumière, dans son aspect aussi bien réel que symbolique, joue elle aussi un rôle important puisqu'elle contribue à la destruction progressive de l'édifice qui ne peut survivre que dans l'obscurité. Les dessins de Schuiten sont surprenants par la minutie architecturale d'un assemblage hallucinant de murs, d'escaliers, de passerelles, de corridors, de tunnels. Mais de cet univers pesant qui entremêle réel et illusion, surgit parfois comme un "derrière le miroir" grâce auquel Giovanni Battista prendra vie autrement, se colorera et s'échappera enfin de cette Tour labyrinthique qui ne menait nulle part.
CW

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