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Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Jean Teulé Mangez-le si vous voulez Julliard, 2009, 144 p.


Couverture de Mangez-le si vous voulez Entre gaîté d'un jour de fête, frénésie barbare et destin de bouc émissaire...
Il est terrible ce roman où Jean Teulé nous raconte de façon minutieuse, vivante et parfois drôle, un fait divers tragique qui s'est déroulé en plein Périgord, dans un contexte de guerre franco-prussienne et dans une France écrasée de chaleur vivant sous la menace d'une sécheresse exceptionnelle.

La journée du 16 août 1870 commençait pourtant bien pour Alain de Monèys, ce jeune homme de 28 ans connu pour son caractère joyeux et aimable, des projets généreux plein la tête, aimé de toute la population.
Mais arrivé à la foire de Hautefaye vers quatorze heures, deux heures plus tard il aura été lynché, torturé, énuclée, écartelé, brûlé vif et même mangé par une foule devenue complètement folle, qui " a pété les plombs ". Au détour d'une phrase mal interprétée et d'une accusation totalement infondée, la foule se met soudainement à voir en lui un prussien, un ennemi de la nation. La rumeur enfle, " venez on a chopé un prussien ! ", clame-t-on partout et veut-on bien croire. Et voilà que six cents personnes tout à fait paisibles en temps normal basculent dans la folie et la violence crues. Jusqu'à produire un acte collectif abominable en se livrant aux pires atrocités sur un Alain de Monèys que plus personne ne semble reconnaître pour ce qu'il est. Seuls quelques-uns garderont la tête froide et tenteront de s'interposer pour arracher la malheureuse victime des mains de ses bourreaux. Seule Anna, la jeune fille amoureuse, risquera sa vie pour le sauver. Mais le jeune homme n'aura pas la moindre chance face à cette foule ivre de colère qui a tellement besoin de son coupable et de sa victime.

Pas à pas, Jean Teulé raconte toutes les stations de cette mise à mort absurde et en restitue parfaitement l'atmosphère suffocante. L'intensité de son récit est accentuée par les paroles naïves du jeune homme dont la gentillesse excessive produit parfois des dialogues décalés, loufoques, quasi-surréalistes. Et plus le pauvre Alain avance sur son chemin de croix, plus on découvre l'étendue de l'abrutissement et de l'aveuglement des villageois.
Au lendemain de ce crime abominable, les participants hébétés n'auront qu'une seule réponse : "Je ne sais pas ce qui m'a pris". Plus tard au procès, aucun accusé ne chargera la victime et la justice ne poursuivra qu'une vingtaine de meneurs. Quatre seront condamnés à mort et les autres, envoyés aux travaux forcés.

Cet intéressant récit sans fioritures, à l'écriture percutante et à l'humour noir bien maîtrisé ne cherche pas à expliquer ou à interpréter les événements. Mais il évoque crûment le thème du bouc émissaire que René Girard a tant étudié. Dans les périodes charnière de grandes incertitudes et inquiétudes, tous les groupes humains ont besoin d'une victime expiatoire qu'ils jugent responsable de tous leurs maux et qu'il leur faut collectivement lyncher. Ce phénomène collectif permet au groupe de préserver son unité et de maintenir la paix... durant un certain temps.
CW

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