Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Romans

Zoé Valdès Le paradis du néant. trad. Albert Bensoussan,
JC Lattès, 2011, 331 p.


Couverture de le paradis du néant
Après avoir relaté dans Le Néant quotidien la difficile et pesante vie des Cubains sous la dictature de Castro, voici qu'avec Le Paradis du Néant, Zoé Valdès retrouve son héroïne Yocandra pour raconter la difficulté des Cubains à vivre loin de leur île, et d'une certaine manière toujours sous la dictature de Castro.

Yocandra l'écrivaine a donc quitté son île, cette île qui a voulu construire le paradis et a créé l'enfer. Exilée à Paris après un passage à Miami, elle tente de subsister en écrivant des articles de journaux et habite un immeuble du Marais où vivent nombre de ses compatriotes. Et au sein de cette communauté d'expatriés, elle retrouve tout ce qu'elle avait fui, les potins qui grossissent, les ambiances tout à la fois malsaines et festives, les petits actes d'espionnage, le racisme au quotidien et le quotidien peuplé des fantômes d'autrefois, le chagrin, la peur, la colère, les désillusions, l'avenir incertain. Même les chiens de l'immeuble ont l'accent de Cuba.
Au son de la rumba, ce roman bouillonnant de vie nous tend une galerie de personnages pittoresques accompagnant le quotidien de Yocandra et qui, il faut bien l'avouer, nous font irrésistiblement bien rire : il y a Fidel Raùl le dragueur invétéré rencontré dans l'avion et qui offrira une sécurité trompeuse, les Norvégiens écolos forcenés, la Pustule, travesti sournois, Gravos l'indic', le Nihiliste, grand amour de l'héroïne resté à Cuba, Migdalia la voyante ; et puis il y a aussi Ida, la mère drôle, dure et exigeante qui déborde d'énergie, qu'on a réussi à faire sortir de Cuba et qui mourra libre, enterrée près de Colette et de Gérard de Nerval.

Yocandra vivra toutes sortes de péripéties et de déchirures aussi. De loin, elle suivra les événements de la guerre du Liban, l'attentat du 11 septembre, la maladie de Fidel Castro et l'élection de Barack Obama. Malgré l'amour qu'elle éprouve toujours pour le Nihiliste, elle se décidera à épouser Fidel Raùl qui se dit architecte. Elle découvre trop tard qu'il cache d'autres types d'activités, moins avouables. Et puis un jour l'immeuble sera vendu et transformé, chacun s'éparpillera mais tous se retrouveront...

Zoé Valdès, elle-même exilée après la parution de son premier roman, pose un regard aigu et très critique sur ces Cubains en exil dont elle dissèque les mentalités, et même l'héroïne instable en prendra pour son grade. Les expatriés sont tellement marqués par les années de dictature et tellement méfiants qu'ils reproduisent les groupes de surveillance qu'ils connurent à Cuba. Mais cette paranoïa qui les ronge n'est pas sans raison puisqu'il n'est pas rare que des espions soient envoyés pour surveiller les exilés.

Cet ouvrage est d'une certaine manière un témoignage tragicomique sur l'Exil des Cubains. Le style de la romancière est direct, fougueux, passionné et parfois même extravagant ou cru, un peu comme le monde insensé et tellement vivant de l'héroïne.
C.W. Retour vers L'as-tu-lu ?
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